Love de Toni Morrison

Avec Love, paru en 2004, Toni Morrison nous parle d’amour. Et comme c’est Toni Morrison, elle nous parle d’une haine à la fois terrible et magnifique entre deux femmes, tout aussi terribles et magnifiques. Love met en scène une petite communauté dans la ville de Silk, station balnéaire agonisante, hantée par le souvenir de feu Bill Cosey, patriarche à la tête d’un hôtel renommé et d’une petite fortune. Dans ce roman, l’autrice afro-américaine décline une nouvelle fois les grands thèmes de son œuvre, mettant en parallèle les fantômes d’histoires individuelles pris dans les méandres de la grande Histoire, ici la période du mouvement des droits civiques luttant pour l’abolition de la ségrégation aux États-Unis. Un récit en miettes, comme ses deux personnages principaux, que le lecteur va devoir reconstituer comme un puzzle afin de découvrir ses fantômes et sa vérité. Une lecture éprouvante, comme toujours avec la Grande Toni, mais d’une rare puissance. Lire la suite

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Délivrances de Toni Morrison

« Ce n’est pas ma faute. » Ainsi commence Délivrances, le dernier roman de Toni Morrison paru en 2015, annonçant d’emblée le thème majeur du récit : la culpabilité, celle qui nous construit, celle qui nous détruit, celle dont on doit se libérer. Il s’agit donc des récits de multiples délivrances, bâtissant un roman très dur, violent et pessimiste. Pour cela, la grande Toni reprend les grands motifs qui ont façonné son œuvre depuis L’œil le plus bleu, principalement le racisme, l’enfance et la violence qu’elle subit, le tout porté par les voix de plusieurs personnages, majoritairement féminins. À travers une galerie de portraits, l’auteure afro-américaine fait un triste mais indéniable constat, mettant en exergue les plus grandes culpabilités qui modèlent nos existences : nous sommes coupables de nos parents et, comme ces derniers l’ont été de nous, nous seront coupables de nos enfants… Lire la suite

Last Exit to Brooklyn de Hubert Selby Junior

couv_last_exit_to_brooklynEntreprendre de chroniquer Last Exit to Brooklyn, considéré comme le chef d’œuvre trash de la littérature américaine des années 1960, n’est pas chose aisée. Ce roman ne ressemble à rien de ce que j’ai lu jusqu’alors : la construction n’obéit à aucune règle romanesque classique et le propos, à la limite du soutenable, nous plonge dans une violence et une surenchère dans le sordide le plus noir, le plus brutal et le plus incisif qui soit, le tout porté par une plume oscillant entre sublime, crudité et asphyxie. Premier roman de Hubert Selby Jr., Last Exit to Brooklyn nous parle du quartier portuaire de Red Hook à travers une panoplie de personnages, tous violents et désespérés, certains mis davantage en exergue que d’autres, dressant le portrait poisseux et accablant d’une population vouée à ne jamais s’en sortir. Lire la suite

Baise-moi, récit d’une violence sociale

Alors que Virginie Despentes est sur le devant de la scène avec la sortie du premier tome de Vernon Subutex (notre critique à lire ici), il est bon de (re)lire les classiques de cet auteur qui a défrayé la chronique à maintes reprises ! Aussi, me suis-je attelée au sulfureux Baise-moi, un roman brutal, cru et dérangeant, à l’écriture vive et incisive… Bref, les prémices du style Despentes !

baise-moibisC’est l’histoire de Manu, « la petite » braillarde, et de Nadine, « la grosse » qui a l’air plus douce. Elles nous sont présentées, mornes, paumées, confrontée à une violence sociale et quotidienne dont elles font leur propre culture. Nadine passe ses journées à regarder des films pornographiques et écouter du rock dans son walkman, elle se prostitue le soir, pour payer le loyer de son appartement qu’elle partage avec Séverine, une jeune fille banale dont les capacités d’intégrations sociales lui semblent des bizarreries déconcertantes. Manu vit dans un quartier difficile, elle est confrontée à la misère sociale, l’injustice, le racisme, le meurtre de ses amis, elle se soulage avec le sexe et l’alcool. Ces deux anti-héroïnes sont présentées par leur incapacité à s’adapter socialement : Manu est dépourvue de savoir-vivre (elle parle mal, mange salement, braille), Nadine est isolée (ni famille, ni amis, elle écoute toujours son walkman). Elles sont présentées avec les caractéristiques qu’on attribue traditionnellement aux femmes : la soumission et la passivité. Lire la suite