Vernon Subutex 3 de Virginie Despentes

Avec le dernier opus de sa trilogie de la « contemporanéité », Vernon Subutex, Virginie Despentes clôt la symphonie polyphonique rock qu’elle a entamée avec maestria il y a déjà deux ans (vous pouvez jeter un œil à mes chroniques du tome 1 et du tome 2). Dans les volumes précédents, l’écrivaine dressait avec véhémence et mordant une galerie de portraits acérés de nos contemporains, du trader cocaïnomane à la musulmane pieuse, en passant par le fasciste aigri ou la sulfureuse ex-star du X, qui tous vont s’organiser autour d’un ancien disquaire à la rue, Vernon Subutex : ce dernier deviendra à la fin du tome 2 une sorte de « messie branleur », pour reprendre l’expression de l’auteure, « messie branleur » qui a le don de tous les faire danser dans un esprit de communion halluciné. En parallèle à cette peinture de notre société hypercontemporaine et hyperréaliste, Despentes met en place différents éléments narratifs disparates empruntés au polar, qui vont trouver leur convergence dans ce dernier volume, réglant les enjeux narratifs de cette grande fresque sociale du Paris d’aujourd’hui. Lire la suite

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Vernon Subutex 2, et le SDF devient messie ?

Vernon_Subutex_2Sorti en juin dernier, le deuxième tome de la trilogie annoncée Vernon Subutex écrite par Virginie Despentes ne m’a pas déçu ! Après la lecture du premier volet (lire mon article sur Vernon Subutex 1 ici), j’ai eu un réel coup de cœur pour cet auteur et je me suis empressée de lire plusieurs de ses romans, en attendant le prochain. Aussi, étais-je impatiente de découvrir la direction prise par Despentes pour ce tome 2, souvent le plus décevant, le plus flottant, le plus faible des trilogies. Si l’on retrouve la même écriture, acérée, vive, que celle du premier volet, la même volonté de produire une galerie de portraits vitriolés, témoignages empathiques du Paris contemporain, le polar, jusqu’alors toile de fond, est mis en exergue, avec son lot de colère et de révolte qui prend le pas sur la mélancolie apaisée de la rue. Quant aux intentions de l’écrivain sur le tome 3, elles demeurent totalement ambigües et improbables…

Attention, pour ceux qui n’ont pas encore lu le roman, je révèle dans cette chronique quelques éléments de l’intrigue…

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Vernon Subutex, une polyphonie rock

En juin dernier, est sorti le tant attendu tome 2 de Vernon Subutex, publié chez Grasset, l’occasion de revenir sur le premier volume qui fut, pour moi, un véritable coup de cœur, tant pour le roman que pour son auteur, Virginie Despentes.

Une galerie de portraits, panorama de la société contemporaine

VernonSubutex1Vernon Subutex raconte la dérive de son personnage éponyme, un ancien disquaire qui squatte d’appartement en appartement, chez d’anciens amis de la glorieuse époque punk des années 90. La narration de ses errements est l’occasion pour Despentes de peindre la société naissante du XXIe siècle, dématérialisée, qui enterre les dernières bribes du XXe siècle. Pour cela, elle reprend une structure déjà expérimentée dans Apocalypse Baby : chaque chapitre est consacré à un personnage narrateur dont le portrait se révèle à travers ses propres pensées. Vernon apparaît, directement ou non, d’ellipse en ellipse, à tous ces personnages narrateurs : son errance est le fil conducteur du roman. En ce sens, il apparaît comme le témoin de cette société dans laquelle il peine à s’intégrer et qui le rejette, tour à tour. Peu à peu, le roman prend également des allures de polar : Vernon possède les vidéos « testaments » d’une vedette pop récemment décédée et dont le contenu intrigue davantage certains personnages que le lecteur lui-même. Lire la suite