Love de Toni Morrison

Avec Love, paru en 2004, Toni Morrison nous parle d’amour. Et comme c’est Toni Morrison, elle nous parle d’une haine à la fois terrible et magnifique entre deux femmes, tout aussi terribles et magnifiques. Love met en scène une petite communauté dans la ville de Silk, station balnéaire agonisante, hantée par le souvenir de feu Bill Cosey, patriarche à la tête d’un hôtel renommé et d’une petite fortune. Dans ce roman, l’autrice afro-américaine décline une nouvelle fois les grands thèmes de son œuvre, mettant en parallèle les fantômes d’histoires individuelles pris dans les méandres de la grande Histoire, ici la période du mouvement des droits civiques luttant pour l’abolition de la ségrégation aux États-Unis. Un récit en miettes, comme ses deux personnages principaux, que le lecteur va devoir reconstituer comme un puzzle afin de découvrir ses fantômes et sa vérité. Une lecture éprouvante, comme toujours avec la Grande Toni, mais d’une rare puissance. Lire la suite

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City on fire de Garth Risk Hallberg

Les vacances ont été pour moi l’occasion de me plonger dans quelques pavés conséquents, ce qui a l’indéniable avantage de mettre de côté, le temps des quelques semaines nécessaires à leur lecture, les inévitables et perpétuels questionnements de lecteurs du type : « Quel sera ma prochaine lecture ? », « De quoi vais-je avoir envie après ? », « Celui-là ou celui-ci ? ». Voilà : pendant que je me farcissais les quelques 1200 pages de City on fire, au moins, je n’ai pas trop échauffé mon cerveau en m’interrogeant sur ma prochaine lecture. D’ailleurs, je n’ai pas l’impression d’avoir particulièrement sollicité mon cerveau en lisant ce roman, dont le brio, au demeurant indiscutable, de sa construction, n’a d’égal que la terrible vacuité de son propos, aussi verbeux que creux. Je n’ai pas du tout, mais alors pas du tout aimé City on fire, je m’en explique dans la chronique qui va suivre. Lire la suite

Vernon Subutex 3 de Virginie Despentes

Avec le dernier opus de sa trilogie de la « contemporanéité », Vernon Subutex, Virginie Despentes clôt la symphonie polyphonique rock qu’elle a entamée avec maestria il y a déjà deux ans (vous pouvez jeter un œil à mes chroniques du tome 1 et du tome 2). Dans les volumes précédents, l’écrivaine dressait avec véhémence et mordant une galerie de portraits acérés de nos contemporains, du trader cocaïnomane à la musulmane pieuse, en passant par le fasciste aigri ou la sulfureuse ex-star du X, qui tous vont s’organiser autour d’un ancien disquaire à la rue, Vernon Subutex : ce dernier deviendra à la fin du tome 2 une sorte de « messie branleur », pour reprendre l’expression de l’auteure, « messie branleur » qui a le don de tous les faire danser dans un esprit de communion halluciné. En parallèle à cette peinture de notre société hypercontemporaine et hyperréaliste, Despentes met en place différents éléments narratifs disparates empruntés au polar, qui vont trouver leur convergence dans ce dernier volume, réglant les enjeux narratifs de cette grande fresque sociale du Paris d’aujourd’hui. Lire la suite

De sang-froid de Truman Capote

Avec De sang-froid, paru aux États-Unis en 1966, Truman Capote signe le premier ouvrage de narrative non-fiction, genre qui deviendra très populaire outre-Atlantique et qui commence à faire son apparition en France. J’ai découvert récemment ce genre hybride, qui s’inspire du journalisme d’investigation dans le fond et du roman dans la forme, avec Tokyo Vice de Jack Adelstein, texte qui m’a tenue en haleine plusieurs jours ; aussi, j’ai souhaité découvrir le récit considéré comme le pionnier du genre, et par la même, comme un roman-culte auréolé du titre de chef-d’œuvre : De sang-froid de Truman Capote. Et force est de reconnaître qu’avec ce texte, l’auteur réussit un véritable tour de force, impressionnant par sa précision documentaire, captivant par sa narration… Lire la suite

Délivrances de Toni Morrison

« Ce n’est pas ma faute. » Ainsi commence Délivrances, le dernier roman de Toni Morrison paru en 2015, annonçant d’emblée le thème majeur du récit : la culpabilité, celle qui nous construit, celle qui nous détruit, celle dont on doit se libérer. Il s’agit donc des récits de multiples délivrances, bâtissant un roman très dur, violent et pessimiste. Pour cela, la grande Toni reprend les grands motifs qui ont façonné son œuvre depuis L’œil le plus bleu, principalement le racisme, l’enfance et la violence qu’elle subit, le tout porté par les voix de plusieurs personnages, majoritairement féminins. À travers une galerie de portraits, l’auteure afro-américaine fait un triste mais indéniable constat, mettant en exergue les plus grandes culpabilités qui modèlent nos existences : nous sommes coupables de nos parents et, comme ces derniers l’ont été de nous, nous seront coupables de nos enfants… Lire la suite

Tokyo Vice de Jack Adelstein

Édité originellement en 2009 par les géniales éditions américaines Pantheon Books, Tokyo Vice, Un journaliste américain sur le terrain de la police japonaise de Jack Adelstein est le premier ouvrage édité par les toutes jeunes Éditions Marchialy (qui ont d’ailleurs fait un très beau travail éditorial, comme le laisse déjà supposer la couverture ci-contre). Sa traduction française, par Cyril Gay, a en effet été publiée en 2016. Il s’agit d’une narrative non-fiction, genre hybride assez populaire aux États-Unis et inventé en 1966 par Truman Capote, avec De sang froid : ce genre emprunte à la fois au journalisme d’investigation et au roman, comme ont pu le faire des auteurs comme Hunter S. Thompson, Tom Wolfe, ou encore David Foster Wallace. Tokyo Vice est la toute première narrative non-fiction que je lis, et j’ai été conquise par le style de l’auteur, percutant et littéraire, qui nous plonge dans un Japon underground empreint de noirceur, de violence et de décadence, au cœur d’enquêtes sur les yakuzas, ses figures criminelles recouvertes de tatouages tellement fascinantes par leur aura à la fois pittoresque et ultra-violente. Lire la suite

Avez-vous déjà lu… un poème de métro ?

Le métro (et d’une manière générale les transports en commun) est le lieu tout indiqué pour s’accorder une pause-lecture qui vient souvent ouvrir ou clore une journée de dur labeur. Mais le métro est aussi un support littéraire tout autre, un lieu non plus de lecture mais d’écriture ! Pour l’oulipien Jacques Jouet, le métro devient même une contrainte d’écriture poétique, obéissant à une codification très stricte auquel chacun, armé d’un carnet et d’un stylo, pourra s’adonner avec amusement et créativité, et que je vous laisse découvrir dans l’article qui suit… Lire la suite

Culottées de Pénélope Bagieu

Respectivement parus en septembre 2016 et janvier 2017, les tomes 1 et 2 de Culottées, derniers opus de Pénélope Bagieu, reprennent les 30 portraits de femmes que l’auteure-dessinatrice a partagé avec ses lecteurs depuis plusieurs mois sur un blog dédié. Gallimard Bande Dessinée réunit ainsi en deux magnifiques volumes cette galerie de portraits féministes, à la fois pétillante, vive, fouillée, mais aussi véhémente et violente, mettant à l’honneur des destins extraordinaires de « femmes qui ne font que ce qu’elles veulent » et ce, à travers le monde et les époques. Lire la suite

Les Années de Virginia Woolf

Paru en 1937, Les Années sont le dernier roman que Virginia Woolf a publié de son vivant. Elle y retrace l’histoire de la famille Pargiter sur trois générations, de l’année 1880 au « temps présent », 1937. Une multitude de personnages est alors convoquée afin de faire le portrait impressionniste de cette famille issue de la bourgeoisie londonienne, portrait porté par quelques figures marquantes que le lecteur voit vieillir au fils des pages. Le lecteur découvre ainsi, par touches succinctes, par les détails du quotidien, les changements sociologiques qui s’opèrent au sein de cette famille, mais aussi et surtout, les sentiments intimes qui animent chacun de ses membres. Roman polyphonique, Les Années sont un exemple parfait de roman en monologues intérieurs initié au XXe siècle, Virginia Woolf usant et abusant avec virtuosité des fameux streams of consciousness, révélant des personnages en mal de vivre, jamais bien à leur place, présentés sans les artifices romanesques de l’intrigue ou de l’événement. Un roman où, somme toute, il ne se passe rien, rien d’autre que le temps qui passe, et c’est absolument passionnant ! Lire la suite

Home de Toni Morrison

homeParu en 2012, Home de Toni Morrison raconte le douloureux retour d’un homme dans la ville où il a grandi, Lotus en Géorgie, taxée de « pire endroit du monde, pire que n’importe quel champ de bataille ». Pour ce faire, il traverse l’Amérique ségrégationniste des années 1950, violente et raciste, poursuivi par les redoutables fantômes de la Guerre de Corée et l’urgence de sauver sa jeune sœur. À travers ce court récit, Toni Morrison retrace le parcours d’une rédemption mettant en scène une galerie de portraits de femmes fortes et courageuses qui, à la veille de la lutte pour leurs droits civiques, sont en quête de liberté. Le fil de la narration est entrecoupé d’intermèdes où le personnage principal s’adresse directement au lecteur dans une confession poignante et salvatrice. Un très beau roman qui aborde, toujours avec justesse et intelligence, une période cruciale dans l’histoire des États-Unis. Lire la suite