Vernon Subutex 2, et le SDF devient messie ?

Vernon_Subutex_2Sorti en juin dernier, le deuxième tome de la trilogie annoncée Vernon Subutex écrite par Virginie Despentes ne m’a pas déçu ! Après la lecture du premier volet (lire mon article sur Vernon Subutex 1 ici), j’ai eu un réel coup de cœur pour cet auteur et je me suis empressée de lire plusieurs de ses romans, en attendant le prochain. Aussi, étais-je impatiente de découvrir la direction prise par Despentes pour ce tome 2, souvent le plus décevant, le plus flottant, le plus faible des trilogies. Si l’on retrouve la même écriture, acérée, vive, que celle du premier volet, la même volonté de produire une galerie de portraits vitriolés, témoignages empathiques du Paris contemporain, le polar, jusqu’alors toile de fond, est mis en exergue, avec son lot de colère et de révolte qui prend le pas sur la mélancolie apaisée de la rue. Quant aux intentions de l’écrivain sur le tome 3, elles demeurent totalement ambigües et improbables…

Attention, pour ceux qui n’ont pas encore lu le roman, je révèle dans cette chronique quelques éléments de l’intrigue…

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L’Étranger et l’Autre : Meursault, contre-enquête.

Kamel_Daoud_par_Claude_Truong-Ngoc_février_2015Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud a obtenu récemment le prix Goncourt du premier roman. Le principe de ce livre est maintenant connu : il s’agit d’une relecture de L’Étranger d’Albert Camus du point de vue du frère de « l’Arabe », l’homme anonyme tué par Meursault, personnage principal du roman de Camus, auquel il redonnera un nom et une existence. Postulat de départ intéressant, puisqu’il promet une lecture originale d’un classique, mais qui se suffit pas en soi pour faire un bon roman. Alors au final, cette contre-enquête : simple principe astucieux ou véritable roman ?

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Baise-moi, récit d’une violence sociale

Alors que Virginie Despentes est sur le devant de la scène avec la sortie du premier tome de Vernon Subutex (notre critique à lire ici), il est bon de (re)lire les classiques de cet auteur qui a défrayé la chronique à maintes reprises ! Aussi, me suis-je attelée au sulfureux Baise-moi, un roman brutal, cru et dérangeant, à l’écriture vive et incisive… Bref, les prémices du style Despentes !

baise-moibisC’est l’histoire de Manu, « la petite » braillarde, et de Nadine, « la grosse » qui a l’air plus douce. Elles nous sont présentées, mornes, paumées, confrontée à une violence sociale et quotidienne dont elles font leur propre culture. Nadine passe ses journées à regarder des films pornographiques et écouter du rock dans son walkman, elle se prostitue le soir, pour payer le loyer de son appartement qu’elle partage avec Séverine, une jeune fille banale dont les capacités d’intégrations sociales lui semblent des bizarreries déconcertantes. Manu vit dans un quartier difficile, elle est confrontée à la misère sociale, l’injustice, le racisme, le meurtre de ses amis, elle se soulage avec le sexe et l’alcool. Ces deux anti-héroïnes sont présentées par leur incapacité à s’adapter socialement : Manu est dépourvue de savoir-vivre (elle parle mal, mange salement, braille), Nadine est isolée (ni famille, ni amis, elle écoute toujours son walkman). Elles sont présentées avec les caractéristiques qu’on attribue traditionnellement aux femmes : la soumission et la passivité. Lire la suite

Odyssées francophones : Aimé Césaire

Pour la semaine de la francophonie, je vous propose une série de dossiers sur quelques livres majeurs, qui font tous des relectures originales de l’Odyssée d’Homère. En effet, beaucoup d’écrivains étrangers, partis de chez eux pour la France, puis revenus après un long séjour d’errance dans leur pays natal, ont raconté ce voyage géographique et intellectuel en s’inspirant du parcours d’Ulysse, qui quitta Ithaque pendant 20 ans, retenu par une guerre et par le courroux d’un dieu vengeur…

Aimé Césaire

Premier livre de cette série : Cahier d’un retour au pays natal, Aimé Césaire, 1939.
Lire ici le deuxième livre de cette série : L’Ignorance, de milan Kundera, 2000.
Lire ici le troisième livre de cette série : Le Dit de Tianyi, François Cheng, 1998. Lire la suite

Vernon Subutex, une polyphonie rock

En juin dernier, est sorti le tant attendu tome 2 de Vernon Subutex, publié chez Grasset, l’occasion de revenir sur le premier volume qui fut, pour moi, un véritable coup de cœur, tant pour le roman que pour son auteur, Virginie Despentes.

Une galerie de portraits, panorama de la société contemporaine

VernonSubutex1Vernon Subutex raconte la dérive de son personnage éponyme, un ancien disquaire qui squatte d’appartement en appartement, chez d’anciens amis de la glorieuse époque punk des années 90. La narration de ses errements est l’occasion pour Despentes de peindre la société naissante du XXIe siècle, dématérialisée, qui enterre les dernières bribes du XXe siècle. Pour cela, elle reprend une structure déjà expérimentée dans Apocalypse Baby : chaque chapitre est consacré à un personnage narrateur dont le portrait se révèle à travers ses propres pensées. Vernon apparaît, directement ou non, d’ellipse en ellipse, à tous ces personnages narrateurs : son errance est le fil conducteur du roman. En ce sens, il apparaît comme le témoin de cette société dans laquelle il peine à s’intégrer et qui le rejette, tour à tour. Peu à peu, le roman prend également des allures de polar : Vernon possède les vidéos « testaments » d’une vedette pop récemment décédée et dont le contenu intrigue davantage certains personnages que le lecteur lui-même. Lire la suite