Vernon Subutex 3 de Virginie Despentes

Avec le dernier opus de sa trilogie de la « contemporanéité », Vernon Subutex, Virginie Despentes clôt la symphonie polyphonique rock qu’elle a entamée avec maestria il y a déjà deux ans (vous pouvez jeter un œil à mes chroniques du tome 1 et du tome 2). Dans les volumes précédents, l’écrivaine dressait avec véhémence et mordant une galerie de portraits acérés de nos contemporains, du trader cocaïnomane à la musulmane pieuse, en passant par le fasciste aigri ou la sulfureuse ex-star du X, qui tous vont s’organiser autour d’un ancien disquaire à la rue, Vernon Subutex : ce dernier deviendra à la fin du tome 2 une sorte de « messie branleur », pour reprendre l’expression de l’auteure, « messie branleur » qui a le don de tous les faire danser dans un esprit de communion halluciné. En parallèle à cette peinture de notre société hypercontemporaine et hyperréaliste, Despentes met en place différents éléments narratifs disparates empruntés au polar, qui vont trouver leur convergence dans ce dernier volume, réglant les enjeux narratifs de cette grande fresque sociale du Paris d’aujourd’hui. Lire la suite

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Last Exit to Brooklyn de Hubert Selby Junior

couv_last_exit_to_brooklynEntreprendre de chroniquer Last Exit to Brooklyn, considéré comme le chef d’œuvre trash de la littérature américaine des années 1960, n’est pas chose aisée. Ce roman ne ressemble à rien de ce que j’ai lu jusqu’alors : la construction n’obéit à aucune règle romanesque classique et le propos, à la limite du soutenable, nous plonge dans une violence et une surenchère dans le sordide le plus noir, le plus brutal et le plus incisif qui soit, le tout porté par une plume oscillant entre sublime, crudité et asphyxie. Premier roman de Hubert Selby Jr., Last Exit to Brooklyn nous parle du quartier portuaire de Red Hook à travers une panoplie de personnages, tous violents et désespérés, certains mis davantage en exergue que d’autres, dressant le portrait poisseux et accablant d’une population vouée à ne jamais s’en sortir. Lire la suite

Colline de Jean Giono

gionoColline est le premier roman de Jean Giono, écrit en 1929, alors que l’auteur est âgé de 34 ans. Il s’agit d’un récit court, mais très dense, d’un récit puissant, dérangeant, irradié par une écriture de toute beauté, de la vraie poésie panthéiste, rythmée, imagée, troublante. Il y est question de quelques hommes vivant dans un petit hameau, une micro-société isolée au cœur de la campagne, près d’une colline. Giono nous parle des hommes et de leur rapport à la nature, de leur cohabitation et de leurs affrontements, mais c’est surtout la nature des hommes qu’il révèle, amèrement, avec tristesse. C’est un roman marquant, qui nous mène vers des sentiers inattendus, nous dupe et nous dévoile. Un chef-d’œuvre, évidemment… Lire la suite