Pourquoi n’a-t-on pas envie de lire un classique et pourquoi a-t-on (parfois) tort ?

Tous les livres ne semblent pas attirants, au premier regard. C’est ce que les théoriciens de la littérature appellent « l’horizon d’attente » : ce que le lecteur pense savoir d’une œuvre avant de la lire. Ce jugement a priori peu être fondé sur la connaissance du genre auquel le livre appartient, de ses thèmes et des expériences quotidiennes du lecteur. Dans le cas d’un livre classique peu attirant, c’est un mélange de ces trois aspects qui est en jeu. La question se pose donc : qu’est-ce qui fait précisément qu’un livre ou qu’un auteur classique puisse nous rebuter a priori ? Et se pourrait-il que nous ayons tort ? Lire la suite

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Le Journal des Faux-Monnayeurs d’André Gide

le journal des faux monnayeursAu milieu du roman Les Faux-Monnayeurs, dont vous pouvez lire mon humble chronique ici, André Gide fait dire à Édouard, son personnage écrivain, ces mots à propos du livre qu’il est en train d’élaborer :

À vrai dire, du livre même, je n’ai pas encore écrit une ligne. Mais j’y ai déjà beaucoup travaillé. J’y pense chaque jour et sans cesse. J’y travaille d’une façon très curieuse, que je m’en vais vous dire : sur un carnet, je note au jour le jour l’état de ce roman dans mon esprit ; oui, c’est une sorte de journal que je tiens, comme on ferait celui d’un enfant… C’est-à-dire qu’au lieu de me contenter de résoudre, à mesure qu’elle se propose, chaque difficulté (et toute œuvre d’art n’est que la somme ou le produit des solutions d’une quantité de menues difficultés successives), chacune de ces difficultés, je l’expose, je l’étudie. Si vous voulez, ce carnet contient la critique de mon roman ; ou mieux : du roman en général. Songez à l’intérêt qu’aurait pour nous un semblable carnet tenu par Dickens, ou Balzac ; si nous avions le journal de L’Éducation sentimentale, ou des Frères Karamazov ! L’histoire de l’œuvre, de sa gestation ! Mais ce serait passionnant… plus intéressant que l’œuvre elle-même…

Et bien figurez-vous qu’André Gide a tenu un tel journal durant l’écriture des Faux-Monnayeurs, journal sorti de son vivant et qui nous laisse le passionnant témoignage de la genèse d’un chef d’œuvre de la littérature française ! Étant moi-même une admiratrice de ce remarquable roman, je me suis empressée de lire le journal que nous a laissé Gide et dont voici quelques mots… Lire la suite

Les Faux-Monnayeurs d’André Gide

gideIl est des livres qui vous marquent profondément, vous bouleversent, vous obsèdent, vous happent jusqu’à la dernière page et vous accompagnent pendant des années, parfois toute une vie. Les Faux-Monnayeurs d’André Gide est, en ce qui me concerne, de ceux-là. Déjà lu il y a une dizaine d’années, j’avais le souvenir d’une lecture passionnante, intense, d’une composition innovante, géniale, et enfin, d’une mise en abyme remarquable, d’une réflexion littéraire essentielle. Et puis rien. De quoi parle ce roman dont tu nous chantes les louanges ? Euh… Ben… Je sais plus… Mais je sais que j’ai adoré ! Alors, dix ans plus tard, j’ai voulu me souvenir des raisons pour lesquelles j’avais tant aimé ce livre. Les voici : Lire la suite

Avez-vous déjà lu… le premier écrivain au monde ?

L’histoire littéraire regorge de figures incontournables, mais connaissez-vous le nom du tout premier écrivain connu de l’histoire de l’humanité ? La réponse risque de bousculer certains a priori de ceux qui pensent que la littérature est d’abord une affaire d’hommes occidentaux, puisqu’il s’agit d’une femme, qui a vécu 2000 ans avant notre ère dans la région d’Akkad, au Moyen-Orient. Lire la suite

Avez-vous déjà lu… un OuLiPien du Moyen Âge ?

Nous aimons beaucoup sur ce blog l’OuLiPo, l’Ouvroir de littérature potentielle, et ses productions textuelles et expérimentales basées sur la contrainte littéraire (vous pouvez découvrir ici nos articles sur l’OuLiPo). Pour les membres de cet atelier, la création littéraire passe avant tout par une recherche formelle et des jeux sur le langage. Sans avoir la primeur de cet intérêt pour les formes littéraires, les OuLiPiens aiment à appeler ceux dont ils s’inspirent des « plagiaires par anticipation » ! Et il est, parmi ces « plagiaires », un groupe de poètes qui œuvraient dès le Moyen Âge à multiplier les contraintes et s’interroger sur les jeux d’écriture. Lire la suite

Avez-vous déjà lu… un poème boule de neige ?

La boule de neige est une contrainte littéraire définie ainsi par l’OuLiPo (Ouvroir de littérature potentiel) : « Une boule de neige de longueur n est un poème dont le premier vers est fait d’un mot d’une lettre, le second d’un mot de deux lettres, etc…. Le nième vers a n lettres. » Ainsi, un poème dit boule de neige (ou en avalanche) est visuellement reconnaissable par son gonflement à la base, lui donnant des allures de triangle ! Il existe des variantes à cette contrainte d’écriture, comme la boule de neige fondante, dont le nombre de lettres par vers croît puis décroît, la boule de neige de mots, ou encore la boule de neige métrique prenant en compte non pas le nombre de lettres dans un vers mais le nombre de syllabes. Il est d’ailleurs un poème remarquable d’un illustre écrivain du XIXe siècle, une boule de neige métrique fondante… Lire la suite

Avez-vous déjà lu… une pièce de théâtre injouable ?

Si comme moi vous pensez que l’intérêt d’une pièce de théâtre ne réside pas totalement dans son texte, mais aussi dans sa mise en scène, vous serez surpris d’apprendre qu’un grand dramaturge du XIXe siècle a écrit une pièce de théâtre injouable et injouée dans sa version originale. Mais en quoi une pièce de théâtre peut-elle être « injouable » ? Qu’est-ce qui peut bien empêcher un metteur en scène de la monter ? Et surtout, si son auteur ne peut la voir jouer sur scène, pourquoi l’avoir écrite ? Lire la suite

L’Étranger et l’Autre : Meursault, contre-enquête.

Kamel_Daoud_par_Claude_Truong-Ngoc_février_2015Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud a obtenu récemment le prix Goncourt du premier roman. Le principe de ce livre est maintenant connu : il s’agit d’une relecture de L’Étranger d’Albert Camus du point de vue du frère de « l’Arabe », l’homme anonyme tué par Meursault, personnage principal du roman de Camus, auquel il redonnera un nom et une existence. Postulat de départ intéressant, puisqu’il promet une lecture originale d’un classique, mais qui se suffit pas en soi pour faire un bon roman. Alors au final, cette contre-enquête : simple principe astucieux ou véritable roman ?

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Odyssées francophones : Aimé Césaire

Pour la semaine de la francophonie, je vous propose une série de dossiers sur quelques livres majeurs, qui font tous des relectures originales de l’Odyssée d’Homère. En effet, beaucoup d’écrivains étrangers, partis de chez eux pour la France, puis revenus après un long séjour d’errance dans leur pays natal, ont raconté ce voyage géographique et intellectuel en s’inspirant du parcours d’Ulysse, qui quitta Ithaque pendant 20 ans, retenu par une guerre et par le courroux d’un dieu vengeur…

Aimé Césaire

Premier livre de cette série : Cahier d’un retour au pays natal, Aimé Césaire, 1939.
Lire ici le deuxième livre de cette série : L’Ignorance, de milan Kundera, 2000.
Lire ici le troisième livre de cette série : Le Dit de Tianyi, François Cheng, 1998. Lire la suite