Avez-vous-déjà lu… un poème synesthésique ?

La synesthésie est un phénomène neurologique défini comme une association involontaire de deux ou plusieurs sens. Concrètement, cela signifie que la stimulation d’un sens est perçue simultanément par un autre sens, les deux se superposant. Par exemple, une personne synesthète peut voir et entendre simultanément la couleur bleue, peut goûter en entendre simultanément un goût sucré, peut entendre et voir des formes géométriques, peut entendre et toucher des textures… Le type de synesthésie le plus courant est la synesthésie dite « graphèmes-couleurs » qui relève d’une perception des chiffres et des lettres en couleurs. Ce phénomène est dû a un excès de substance banche dans le cerveau qui favorise les connexions entres les zones du cortex et le transfert d’informations. Ces associations sensorielles, d’origine neurologique, vont cependant inspirer des poètes, qui utiliseront des métaphores synesthésiques pour rechercher de nouvelles formes poétiques… Lire la suite

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Les Métamorphoses d’Ovide, par Marie Cosnay

J’ai découvert Les Métamorphoses d’Ovide, ce monument de la littérature antique, lors de mes études de lettres modernes car, je l’avoue honteusement, je ne vais pas spontanément vers les lettres classiques. Mais si je manque parfois de curiosité littéraire, je sais admettre quand un texte dépasse largement mon horizon d’attente, biaisé par mes sempiternelles craintes de m’ennuyer prodigieusement en lisant de la littérature d’avant les Lumières. Plusieurs auteurs et autrices m’ont déjà pourtant prouvé le contraire, comme Homère, bien sûr, mais aussi Chrétien de Troyes, Robert de Boron, Rabelais, Racine et pleins d’autres ! Évidemment, Les Métamorphoses d’Ovide m’ont surprise et enchantée, comme tant d’autres récits classiques, mais aujourd’hui encore, je ne me dis que trop rarement : « Tiens, je me ferais bien une petite épopée antique/tragédie classique/roman de chevalerie/recueil des Pléiades,etc. » et j’ai bien tort. Heureusement, j’apprends en vieillissant, et quand les Éditions de l’Ogre ont annoncé la parution d’une nouvelle traduction des Métamorphoses, j’ai trépigné d’impatience à l’idée de redécouvrir ce texte formidable ! Le livre est depuis octobre dernier disponible en librairie, un ouvrage d’une grande élégance pour un texte particulièrement bluffant, non par le fond – que l’on connaît tous – mais par la forme, précisément par la langue de la traductrice Marie Cosnay qui a modernisé Les Métamorphoses d’une manière inattendue. Lire la suite

Article 353 du code pénal de Tanguy Viel

article353_tanguyvielArticle 353 du code pénal est le tout dernier opus de Tanguy Viel, sorti lors de la rentrée littéraire de janvier 2017, aux géniales Éditions de Minuit. Dévoré en quelques jours, l’ensemble du roman me laisse un peu perplexe, sinon hésitante quant au réel propos du texte. À première vue, Article 353 du code pénal est un polar bien ficelé, un huis clos entre un juge et un meurtrier parfaitement maîtrisé, un beau crescendo qui nous conduit à une chute déconcertante. Bref, Tanguy Viel manie à la perfection l’art du suspens et use des codes du roman noir avec brio. Néanmoins, cette fin absolument inadéquate m’a permis de mettre en lumière ce qui m’ont semblé être quelques pistes d’analyses un peu plus subtiles. Honnêtement, j’ai du mal à concevoir que Tanguy Viel n’ait écrit qu’un simple polar. Je préfère voir dans ce texte un jeu intertextuel sur la notion de fiction et de ses codes diégétiques et, surtout, un questionnement profond et légitime sur notre rapport à la justice. Lire la suite

Anguille sous roche d’Ali Zamir

anguille-sous-rocheAnguille sous roche est le premier roman d’Ali Zamir, auteur comorien francophone de 27 ans, publié aux éditions Le Tripode lors de la rentrée littéraire de septembre 2016. Je ne suis pas assidûment les rentrées littéraires, mais force est de reconnaître que ce titre m’a tapé dans l’œil… Pourquoi ? Le pitch est des plus alléchants : dans l’Océan Indien, une jeune femme se noie et, dans ce qui semble un dernier souffle, dresse le bilan de sa courte existence, le tout dans un roman composé d’une seule et unique phrase. Ambitieux, n’est-ce pas ? Ambitieux, original, insolite et prometteur… Tellement prometteur que j’anticipe des éléments d’analyse, imaginant une lecture-asphyxie, une longue et dernière phrase, comme un dernier souffle de vie qui étouffe, un rythme haletant, une expérience suffocante. Eh bien il n’en est rien… et si mes attentes ont été mises à mal, c’est pour finalement me surprendre par un travail sur la langue bien plus profond et bien plus talentueux que ce que j’espérais. Une surprise alors, très bonne et très inattendue ! Lire la suite