En lisant Ulysse – Chapitre 9 : Charybde et Scylla

Neuvième chapitre du dossier En lisant Ulysse consacré à une lecture personnelle du roman Ulysse de James Joyce : « Charybde et Scylla ». Leopold Bloom entre dans une bibliothèque, où Stephen Dedalus se lance dans des démonstrations de haute volée à propos de Shakespeare. L’occasion pour moi d’évoquer l’épaisseur d’une feuille de papier qui peut séparer un homme de la folie…
Lire la suite

Publicités

Soie d’Alessandro Baricco et Rébecca Dautremer

J’ai dernièrement découvert la plume d’Alessandro Baricco, auteur contemporain italien, à travers son « histoire », Soie, publiée dans un très bel ouvrage par les Éditions Tishina, spécialisées dans les romans illustrés pour adultes. Si je n’ai pas du tout été conquise par ce récit, force est de reconnaître que j’ai été, par contre, particulièrement sensible au remarquable travail des Éditions de Tishina ainsi qu’aux superbes illustrations signées Rébecca Dautremer. Le principe du roman illustré ajoute ici une valeur ajoutée indéniable au texte, le sublimant pleinement. Dans cette chronique, je vais donc concentrer mon propos autour de la beauté du livre et non de l’œuvre littéraire qu’elle contient, œuvre sur laquelle, je n’ai finalement pas grand-chose à dire tant elle m’a parue aussi facile qu’insignifiante. Lire la suite

Délivrances de Toni Morrison

« Ce n’est pas ma faute. » Ainsi commence Délivrances, le dernier roman de Toni Morrison paru en 2015, annonçant d’emblée le thème majeur du récit : la culpabilité, celle qui nous construit, celle qui nous détruit, celle dont on doit se libérer. Il s’agit donc des récits de multiples délivrances, bâtissant un roman très dur, violent et pessimiste. Pour cela, la grande Toni reprend les grands motifs qui ont façonné son œuvre depuis L’œil le plus bleu, principalement le racisme, l’enfance et la violence qu’elle subit, le tout porté par les voix de plusieurs personnages, majoritairement féminins. À travers une galerie de portraits, l’auteure afro-américaine fait un triste mais indéniable constat, mettant en exergue les plus grandes culpabilités qui modèlent nos existences : nous sommes coupables de nos parents et, comme ces derniers l’ont été de nous, nous seront coupables de nos enfants… Lire la suite

Edgar Allan Poe par Benjamin Lacombe

Benjamin Lacombe est une des figures majeures de l’illustration jeunesse contemporaine : il s’est illustré dès ses débuts, avec son projet de fin d’études, Cerise Griotte, publié chez Seuil Jeunesse en France et chez Walker Books aux États-Unis, ce qui lui a valu une consécration du New-York Times, rien que ça ! Depuis, il a signé nombre d’albums jeunesse et de BD, en tant qu’auteur et illustrateur, et expose régulièrement son travail de par le monde (je vous parle notamment de son travail sur le personnage d’Alice de Lewis Carroll dans cet article). Son style graphique est très reconnaissable, très précieux, entre gothique expressionniste et baroque foisonnant. L’influence des romantiques du XIXe, tant dans le style graphique que stylistique, ajoute à son œuvre un caractère singulier et délicat, empreint d’une noirceur mélancolique. Je suis très admirative de son travail et risque fort de vous en parler plus amplement, quand mes filles seront en âge de le lire. Depuis 2010, Benjamin Lacombe publie également des ouvrages à destination d’un public adulte, notamment Les Contes macabres qui nous intéressent, ouvrage richement illustré regroupant 8 nouvelles d’Edgar Allan Poe traduites par Charles Baudelaire. Lire la suite

Tokyo Vice de Jack Adelstein

Édité originellement en 2009 par les géniales éditions américaines Pantheon Books, Tokyo Vice, Un journaliste américain sur le terrain de la police japonaise de Jack Adelstein est le premier ouvrage édité par les toutes jeunes Éditions Marchialy (qui ont d’ailleurs fait un très beau travail éditorial, comme le laisse déjà supposer la couverture ci-contre). Sa traduction française, par Cyril Gay, a en effet été publiée en 2016. Il s’agit d’une narrative non-fiction, genre hybride assez populaire aux États-Unis et inventé en 1966 par Truman Capote, avec De sang froid : ce genre emprunte à la fois au journalisme d’investigation et au roman, comme ont pu le faire des auteurs comme Hunter S. Thompson, Tom Wolfe, ou encore David Foster Wallace. Tokyo Vice est la toute première narrative non-fiction que je lis, et j’ai été conquise par le style de l’auteur, percutant et littéraire, qui nous plonge dans un Japon underground empreint de noirceur, de violence et de décadence, au cœur d’enquêtes sur les yakuzas, ses figures criminelles recouvertes de tatouages tellement fascinantes par leur aura à la fois pittoresque et ultra-violente. Lire la suite

Avez-vous déjà lu… un poème de métro ?

Le métro (et d’une manière générale les transports en commun) est le lieu tout indiqué pour s’accorder une pause-lecture qui vient souvent ouvrir ou clore une journée de dur labeur. Mais le métro est aussi un support littéraire tout autre, un lieu non plus de lecture mais d’écriture ! Pour l’oulipien Jacques Jouet, le métro devient même une contrainte d’écriture poétique, obéissant à une codification très stricte auquel chacun, armé d’un carnet et d’un stylo, pourra s’adonner avec amusement et créativité, et que je vous laisse découvrir dans l’article qui suit… Lire la suite

3 autofictions à découvrir

Il arrive que, par un concours de circonstance ou grâce à une disposition d’esprit particulière, l’enchaînement a priori hasardeux de nos lectures crée des liens particuliers entre des livres que l’on n’avait pas forcément imaginé pouvoir rapprocher un jour. Récemment, le hasard m’a fait acheté, lire et aimer trois livres qui, bien que très différents dans le propos et l’écriture, semblent pourtant se rejoindre sur l’essentiel. 3 livres parus récemment : 3 auteurs différents, 3 styles différents, 3 histoires différentes, mais 3 biographies et/ou autobiographies, 3 mêmes volontés d’évoquer ce qui n’est plus, 3 quêtes identitaires, 3 textes se construisant en révélant leurs propres contradictions, 3 livres fascinants. Lire la suite

Culottées de Pénélope Bagieu

Respectivement parus en septembre 2016 et janvier 2017, les tomes 1 et 2 de Culottées, derniers opus de Pénélope Bagieu, reprennent les 30 portraits de femmes que l’auteure-dessinatrice a partagé avec ses lecteurs depuis plusieurs mois sur un blog dédié. Gallimard Bande Dessinée réunit ainsi en deux magnifiques volumes cette galerie de portraits féministes, à la fois pétillante, vive, fouillée, mais aussi véhémente et violente, mettant à l’honneur des destins extraordinaires de « femmes qui ne font que ce qu’elles veulent » et ce, à travers le monde et les époques. Lire la suite

En lisant Ulysse – Chapitre 8 : Les Lestrygons

Huitième chapitre du dossier En lisant Ulysse consacré à une lecture personnelle du roman Ulysse de James Joyce : « Les Lestrygons ». Il est 13 heures, et Leopold Bloom a faim. Après avoir rejeté l’idée de s’asseoir au restaurant Burton, une espèce de bouge infâme, il entre dans un bistrot à peu près correct tenu par un certain Davy Byrne. L’occasion pour moi d’évoquer l’esthétique de la dévoration…
Lire la suite

Les Années de Virginia Woolf

Paru en 1937, Les Années sont le dernier roman que Virginia Woolf a publié de son vivant. Elle y retrace l’histoire de la famille Pargiter sur trois générations, de l’année 1880 au « temps présent », 1937. Une multitude de personnages est alors convoquée afin de faire le portrait impressionniste de cette famille issue de la bourgeoisie londonienne, portrait porté par quelques figures marquantes que le lecteur voit vieillir au fils des pages. Le lecteur découvre ainsi, par touches succinctes, par les détails du quotidien, les changements sociologiques qui s’opèrent au sein de cette famille, mais aussi et surtout, les sentiments intimes qui animent chacun de ses membres. Roman polyphonique, Les Années sont un exemple parfait de roman en monologues intérieurs initié au XXe siècle, Virginia Woolf usant et abusant avec virtuosité des fameux streams of consciousness, révélant des personnages en mal de vivre, jamais bien à leur place, présentés sans les artifices romanesques de l’intrigue ou de l’événement. Un roman où, somme toute, il ne se passe rien, rien d’autre que le temps qui passe, et c’est absolument passionnant ! Lire la suite