Wajdi Mouawad : Le Sang des promesses (Littoral, Incendies, Forêts, Ciels)

En général, le théâtre m’intéresse assez peu, lorsqu’il ne m’ennuie pas profondément, mais lorsque, par hasard, j’ai découvert la pièce Incendies, j’ai été tellement frappé par la force d’évocation de son écriture que j’ai tout de suite voulu lire les 3 autres volumes de cette tétralogie, Le Sang des promesses. C’est avec ce sentiment incomparable de plaisir mêlé au vertige que j’ai découvert un auteur dont j’ai su d’emblée qu’il marquera durablement ma vie de lecteur… Ce billet est donc l’occasion de faire une retour sur cette œuvre, avec laquelle Wajdi Mouawad s’impose comme l’un des dramaturges majeurs de ce début de siècle. Lire la suite

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Vernon Subutex 3 de Virginie Despentes

Avec le dernier opus de sa trilogie de la « contemporanéité », Vernon Subutex, Virginie Despentes clôt la symphonie polyphonique rock qu’elle a entamée avec maestria il y a déjà deux ans (vous pouvez jeter un œil à mes chroniques du tome 1 et du tome 2). Dans les volumes précédents, l’écrivaine dressait avec véhémence et mordant une galerie de portraits acérés de nos contemporains, du trader cocaïnomane à la musulmane pieuse, en passant par le fasciste aigri ou la sulfureuse ex-star du X, qui tous vont s’organiser autour d’un ancien disquaire à la rue, Vernon Subutex : ce dernier deviendra à la fin du tome 2 une sorte de « messie branleur », pour reprendre l’expression de l’auteure, « messie branleur » qui a le don de tous les faire danser dans un esprit de communion halluciné. En parallèle à cette peinture de notre société hypercontemporaine et hyperréaliste, Despentes met en place différents éléments narratifs disparates empruntés au polar, qui vont trouver leur convergence dans ce dernier volume, réglant les enjeux narratifs de cette grande fresque sociale du Paris d’aujourd’hui. Lire la suite

3 autofictions à découvrir

Il arrive que, par un concours de circonstance ou grâce à une disposition d’esprit particulière, l’enchaînement a priori hasardeux de nos lectures crée des liens particuliers entre des livres que l’on n’avait pas forcément imaginé pouvoir rapprocher un jour. Récemment, le hasard m’a fait acheté, lire et aimer trois livres qui, bien que très différents dans le propos et l’écriture, semblent pourtant se rejoindre sur l’essentiel. 3 livres parus récemment : 3 auteurs différents, 3 styles différents, 3 histoires différentes, mais 3 biographies et/ou autobiographies, 3 mêmes volontés d’évoquer ce qui n’est plus, 3 quêtes identitaires, 3 textes se construisant en révélant leurs propres contradictions, 3 livres fascinants. Lire la suite

Article 353 du code pénal de Tanguy Viel

article353_tanguyvielArticle 353 du code pénal est le tout dernier opus de Tanguy Viel, sorti lors de la rentrée littéraire de janvier 2017, aux géniales Éditions de Minuit. Dévoré en quelques jours, l’ensemble du roman me laisse un peu perplexe, sinon hésitante quant au réel propos du texte. À première vue, Article 353 du code pénal est un polar bien ficelé, un huis clos entre un juge et un meurtrier parfaitement maîtrisé, un beau crescendo qui nous conduit à une chute déconcertante. Bref, Tanguy Viel manie à la perfection l’art du suspens et use des codes du roman noir avec brio. Néanmoins, cette fin absolument inadéquate m’a permis de mettre en lumière ce qui m’ont semblé être quelques pistes d’analyses un peu plus subtiles. Honnêtement, j’ai du mal à concevoir que Tanguy Viel n’ait écrit qu’un simple polar. Je préfère voir dans ce texte un jeu intertextuel sur la notion de fiction et de ses codes diégétiques et, surtout, un questionnement profond et légitime sur notre rapport à la justice. Lire la suite

Anguille sous roche d’Ali Zamir

anguille-sous-rocheAnguille sous roche est le premier roman d’Ali Zamir, auteur comorien francophone de 27 ans, publié aux éditions Le Tripode lors de la rentrée littéraire de septembre 2016. Je ne suis pas assidûment les rentrées littéraires, mais force est de reconnaître que ce titre m’a tapé dans l’œil… Pourquoi ? Le pitch est des plus alléchants : dans l’Océan Indien, une jeune femme se noie et, dans ce qui semble un dernier souffle, dresse le bilan de sa courte existence, le tout dans un roman composé d’une seule et unique phrase. Ambitieux, n’est-ce pas ? Ambitieux, original, insolite et prometteur… Tellement prometteur que j’anticipe des éléments d’analyse, imaginant une lecture-asphyxie, une longue et dernière phrase, comme un dernier souffle de vie qui étouffe, un rythme haletant, une expérience suffocante. Eh bien il n’en est rien… et si mes attentes ont été mises à mal, c’est pour finalement me surprendre par un travail sur la langue bien plus profond et bien plus talentueux que ce que j’espérais. Une surprise alors, très bonne et très inattendue ! Lire la suite

Thérèse Desqueyroux de François Mauriac

therese_desquerouxJe me suis dernièrement attaquée à un gros morceau de la littérature française, le roman le plus fameux du Prix Nobel François Mauriac, Thérèse Desqueyroux. Enfin, gros morceau… le roman ne fait que 150 pages, mais il est d’une densité telle que son statut de monument est parfaitement légitime. Paru en 1927, Thérèse Desqueyroux est le portrait d’une criminelle, mais au-delà du fait divers, le portrait d’une femme moderne, prisonnière des conventions familiales de son milieu social natal petit-bourgeois, et qui aspire à la liberté. Pour ce faire, Mauriac s’inspire de l’histoire vraie de Henriette-Blanche Canaby, accusée en 1905 d’avoir tenté d’empoisonner son mari ; cette accusation sera rejetée en raison du témoignage de la victime préférant sauver les sacro-saintes apparences que de voir son nom traîner dans l’opprobre. Dans son roman, Mauriac fait d’ailleurs une critique acerbe de la petite bourgeoisie de Province dans laquelle son (anti-)héroïne se débat à travers une narration brillante, innovante, profondément moderne, mettant en valeur les espoirs et les tourments d’une âme fascinante et torturée. Lire la suite

Georges Perec : L’Attentat de Sarajevo

attentat_sarajevoCe n’est un secret pour personne que nous sommes de grands admirateurs de Georges Perec. Romans, essais, poèmes, jeux en tous genres, son œuvre foisonnante, ludique, poignante, énigmatique et terriblement intelligente nous fascine. L’Attentat de Sarajevo est son tout premier roman, récemment retrouvé et jusqu’alors inédit. Nous nous sommes bien évidemment précipités, car ce n’est pas souvent que l’on a l’occasion d’acheter une première édition de Perec le jour de sa sortie…

Autant le dire tout de suite : L’Attentat de Sarajevo n’est pas un chef d’œuvre. Ce n’est même pas un roman particulièrement réussi : il y a des longueurs, beaucoup de maladresses, mais en bons perecophiles, perecophages, perecomanes voire perecolâtres que nous sommes, nous ne pouvions pas passer à côté de ce livre. Lire la suite

Eldorado de Laurent Gaudé

eldorado_gaudeBien qu’il soit notre contemporain, Laurent Gaudé m’apparaît déjà comme un auteur classique. Je le vois bien nommé académicien dans quelques années, il est déjà le chouchou des profs qui l’enseignent à leurs lycéens, son œuvre sera bientôt, si ce n’est déjà le cas, l’objet de nombreuses thèses universitaires… Bref, Laurent Gaudé fait de la belle littérature, de la grande littérature, avec des thèmes forts et universels, des références aux grands récits fondateurs, le tout avec une plume toute en élégance, en précision, en justesse et en modernité. Avec Eldorado, roman paru aux éditions Actes Sud en 2006, il aborde le thème de l’immigration clandestine en nous narrant, dans un souffle épique, le destin croisé de deux personnages entreprenant chacun un voyage périlleux et antagoniste, vers la vie et vers la mort. Lire la suite

Philippe Forest : Une Fatalité de bonheur

Une-fatalité-de-bonheur_ForestUne Fatalité de bonheur est le dernier livre de Philippe Forest : un essai à la lisière de la philosophie, du roman, de la critique littéraire, de l’autobiographie et de la poésie. Le principe est le suivant : l’écrivain développe son écriture et sa pensée à partir de vingt-six mots trouvés dans la poésie de Rimbaud, classés par ordre alphabétique. Un postulat de départ arbitraire, quasiment oulipien, permettant pour Forest de se dévoiler dans le reflet du plus lumineux et du plus énigmatique des poètes français.
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Notre château d’Emmanuel Régniez

notre-chateauIl n’est pas dans mes habitudes de chroniquer des livres que je n’ai pas aimés. Souvent, les romans que je n’aime pas, je ne les finis pas et il m’est donc difficile d’en parler. Bien que j’ai achevé de lire Notre château, premier roman d’Emmanuel Régnier, paru au demeurant dans une très jolie édition chez Le Tripode, je ne l’ai pas aimé. Je n’aurais sans doute rien écrit sur ce roman si je n’avais pas le sentiment de m’être fait un tantinet abusée par l’éditeur, avec un texte hyper accrocheur en quatrième de couverture vraiment en-deçà de la réalité, à mon humble avis. Je vous explique pourquoi dans l’article… Lire la suite