De sang-froid de Truman Capote

Avec De sang-froid, paru aux États-Unis en 1966, Truman Capote signe le premier ouvrage de narrative non-fiction, genre qui deviendra très populaire outre-Atlantique et qui commence à faire son apparition en France. J’ai découvert récemment ce genre hybride, qui s’inspire du journalisme d’investigation dans le fond et du roman dans la forme, avec Tokyo Vice de Jack Adelstein, texte qui m’a tenue en haleine plusieurs jours ; aussi, j’ai souhaité découvrir le récit considéré comme le pionnier du genre, et par la même, comme un roman-culte auréolé du titre de chef-d’œuvre : De sang-froid de Truman Capote. Et force est de reconnaître qu’avec ce texte, l’auteur réussit un véritable tour de force, impressionnant par sa précision documentaire, captivant par sa narration… Lire la suite

Les Années de Virginia Woolf

Paru en 1937, Les Années sont le dernier roman que Virginia Woolf a publié de son vivant. Elle y retrace l’histoire de la famille Pargiter sur trois générations, de l’année 1880 au « temps présent », 1937. Une multitude de personnages est alors convoquée afin de faire le portrait impressionniste de cette famille issue de la bourgeoisie londonienne, portrait porté par quelques figures marquantes que le lecteur voit vieillir au fils des pages. Le lecteur découvre ainsi, par touches succinctes, par les détails du quotidien, les changements sociologiques qui s’opèrent au sein de cette famille, mais aussi et surtout, les sentiments intimes qui animent chacun de ses membres. Roman polyphonique, Les Années sont un exemple parfait de roman en monologues intérieurs initié au XXe siècle, Virginia Woolf usant et abusant avec virtuosité des fameux streams of consciousness, révélant des personnages en mal de vivre, jamais bien à leur place, présentés sans les artifices romanesques de l’intrigue ou de l’événement. Un roman où, somme toute, il ne se passe rien, rien d’autre que le temps qui passe, et c’est absolument passionnant ! Lire la suite

Thérèse Desqueyroux de François Mauriac

therese_desquerouxJe me suis dernièrement attaquée à un gros morceau de la littérature française, le roman le plus fameux du Prix Nobel François Mauriac, Thérèse Desqueyroux. Enfin, gros morceau… le roman ne fait que 150 pages, mais il est d’une densité telle que son statut de monument est parfaitement légitime. Paru en 1927, Thérèse Desqueyroux est le portrait d’une criminelle, mais au-delà du fait divers, le portrait d’une femme moderne, prisonnière des conventions familiales de son milieu social natal petit-bourgeois, et qui aspire à la liberté. Pour ce faire, Mauriac s’inspire de l’histoire vraie de Henriette-Blanche Canaby, accusée en 1905 d’avoir tenté d’empoisonner son mari ; cette accusation sera rejetée en raison du témoignage de la victime préférant sauver les sacro-saintes apparences que de voir son nom traîner dans l’opprobre. Dans son roman, Mauriac fait d’ailleurs une critique acerbe de la petite bourgeoisie de Province dans laquelle son (anti-)héroïne se débat à travers une narration brillante, innovante, profondément moderne, mettant en valeur les espoirs et les tourments d’une âme fascinante et torturée. Lire la suite

Bel-Ami, Guy de Maupassant

bel-ami_MaupassantBel-Ami, le roman le plus célèbre de Guy de Maupassant, raconte l’itinéraire d’un homme obsédé par l’argent et la réussite sociale. Un ancien soldat peu recommandable, un client régulier de prostituées, un séducteur sans scrupules, un arriviste, un journaliste à la déontologie particulièrement douteuse, un manipulateur : Georges Duroy, dit « Bel-Ami » est tout cela… Une histoire d’ascension sociale, une critique acerbe de la politique, du journalisme et des hypocrisies quotidiennes, un roman feuilleton qui tient le lecteur en haleine, Bel-Ami est encore un peu plus que cela…
Lire la suite

Georges Perec : L’Attentat de Sarajevo

attentat_sarajevoCe n’est un secret pour personne que nous sommes de grands admirateurs de Georges Perec. Romans, essais, poèmes, jeux en tous genres, son œuvre foisonnante, ludique, poignante, énigmatique et terriblement intelligente nous fascine. L’Attentat de Sarajevo est son tout premier roman, récemment retrouvé et jusqu’alors inédit. Nous nous sommes bien évidemment précipités, car ce n’est pas souvent que l’on a l’occasion d’acheter une première édition de Perec le jour de sa sortie…

Autant le dire tout de suite : L’Attentat de Sarajevo n’est pas un chef d’œuvre. Ce n’est même pas un roman particulièrement réussi : il y a des longueurs, beaucoup de maladresses, mais en bons perecophiles, perecophages, perecomanes voire perecolâtres que nous sommes, nous ne pouvions pas passer à côté de ce livre. Lire la suite

Last Exit to Brooklyn de Hubert Selby Junior

couv_last_exit_to_brooklynEntreprendre de chroniquer Last Exit to Brooklyn, considéré comme le chef d’œuvre trash de la littérature américaine des années 1960, n’est pas chose aisée. Ce roman ne ressemble à rien de ce que j’ai lu jusqu’alors : la construction n’obéit à aucune règle romanesque classique et le propos, à la limite du soutenable, nous plonge dans une violence et une surenchère dans le sordide le plus noir, le plus brutal et le plus incisif qui soit, le tout porté par une plume oscillant entre sublime, crudité et asphyxie. Premier roman de Hubert Selby Jr., Last Exit to Brooklyn nous parle du quartier portuaire de Red Hook à travers une panoplie de personnages, tous violents et désespérés, certains mis davantage en exergue que d’autres, dressant le portrait poisseux et accablant d’une population vouée à ne jamais s’en sortir. Lire la suite

La Conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole

conjuration_imbecilesAvec comme personnage principal le pire anti-héros de l’histoire de la littérature américaine, La Conjuration des imbéciles compose une histoire aussi rocambolesque que bavarde, aussi désopilante que réjouissante. Avec La Nouvelle-Orléans des années 1960 comme toile de fond, John Kennedy Tool s’amuse avec une panoplie de personnages tous aussi pittoresques qu’insupportables, les mettant dans des situations improbables mais parfaitement planifiées. Il en résulte une lecture jubilatoire et captivante, quelques fous rires effrénés et un bourdonnement persistant, comme l’empreinte des innombrables et tonitruantes scènes de ce roman hystérique. À lire, de toute évidence ! Lire la suite

Virginia Woolf : Les Vagues

Il est des livres qui marquent profondément une vie de lecteur, et la découverte d’un tel chef d’œuvre est toujours une émotion extraordinaire. De Virginia Woolf, je ne connaissais pas grand-chose : Mrs Dalloway, bien sûr, un livre qui ne m’avait pas passionné, même si les inventions narratives étaient intéressantes, et le film The Hours, tiré des Heures de M. Cunnigham – que je n’ai pas lu. Peu de choses, donc. Et puis, on m’a offert Les Vagues… Dès la fin de la lecture du premier chapitre, j’étais certain d’avoir trouvé dans un roman qui allait me suivre pendant des années – si ce n’est durant toute ma vie de lecteur. Retour sur une lecture inoubliable.
Lire la suite

Et quelquefois j’ai comme une grande idée de Ken Kesey

Et quelquefois j’ai comme une grande idée _Il est des livres qui vous happent, pleinement, qui vous accompagnent pendant des jours et vous quittent difficilement, marquant pour toujours votre vie de lecteur. Et quelquefois j’ai comme une grande idée, roman écrit en 1964 par Ken Kesey, est de ceux-là. Nombreux s’accordent à parler de ce roman en termes de « chef d’œuvre », chose dont je ne vais pas me priver dans cette chronique tant j’ai été séduite par l’écriture déconcertante de Kesey et son fabuleux don de conteur ! Cet écrivain halluciné de la Beat Generation, auteur du célébrissime Vol au-dessus d’un nid de coucou, nous raconte en effet une histoire très prenante, avec des personnages forts et attachants, le tout avec un discours pertinent sur la vie et la littérature. Un coup de maître dont on est en droit de se demander comment on a pu s’en passer en France pendant près de 50 ans ! Il aura d’ailleurs fallut 8 années d’acharnement pour qu’une version française, signée Antoine Cazé, paraisse dans un sublime ouvrage publié par les éditions Monsieur Toussaint Louverture dont on se doit de saluer le remarquable travail. Lire la suite

Romain Gary : La Promesse de l’aube, illustrée par Joann Sfar

À partir de quel moment une autobiographie devient-elle œuvre d’art ? Et à partir de quel moment illustrer une œuvre littéraire – qui est censée avoir suffisamment de puissance évocatrice en elle-même pour se passer d’images – devient un choix pertinent ? Je vous propose ici quelques éléments de réponse à l’occasion de la lecture de ce très beau livre.
Lire la suite