Notre-Dame-de-Paris de Victor Hugo, illustrée par Benjamin Lacombe

Je vous parlais il y a quelques mois de la rencontre entre le dessinateur Benjamin Lacombe et l’auteur Edgar Allan Poe dans une sublime édition intitulée Contes macabres. Aujourd’hui, je vais vous parler d’un autre livre, tout aussi remarquable, illustré également par Benjamin Lacombe qui s’attaque à un monument de la littérature française, Notre-Dame-de-Paris de Victor Hugo. Si je trouve au final que le dialogue fonctionne moins bien ici entre auteur et illustrateur, force est de reconnaître que l’objet-livre est magnifique, tant en termes éditoriaux (mise en page, ornements) qu’illustratifs, les dessins de Benjamin Lacombe venant humblement proposer une lecture personnel du chef-d’œuvre de Victor Hugo. Lire la suite

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Les Métamorphoses d’Ovide, par Marie Cosnay

J’ai découvert Les Métamorphoses d’Ovide, ce monument de la littérature antique, lors de mes études de lettres modernes car, je l’avoue honteusement, je ne vais pas spontanément vers les lettres classiques. Mais si je manque parfois de curiosité littéraire, je sais admettre quand un texte dépasse largement mon horizon d’attente, biaisé par mes sempiternelles craintes de m’ennuyer prodigieusement en lisant de la littérature d’avant les Lumières. Plusieurs auteurs et autrices m’ont déjà pourtant prouvé le contraire, comme Homère, bien sûr, mais aussi Chrétien de Troyes, Robert de Boron, Rabelais, Racine et pleins d’autres ! Évidemment, Les Métamorphoses d’Ovide m’ont surprise et enchantée, comme tant d’autres récits classiques, mais aujourd’hui encore, je ne me dis que trop rarement : « Tiens, je me ferais bien une petite épopée antique/tragédie classique/roman de chevalerie/recueil des Pléiades,etc. » et j’ai bien tort. Heureusement, j’apprends en vieillissant, et quand les Éditions de l’Ogre ont annoncé la parution d’une nouvelle traduction des Métamorphoses, j’ai trépigné d’impatience à l’idée de redécouvrir ce texte formidable ! Le livre est depuis octobre dernier disponible en librairie, un ouvrage d’une grande élégance pour un texte particulièrement bluffant, non par le fond – que l’on connaît tous – mais par la forme, précisément par la langue de la traductrice Marie Cosnay qui a modernisé Les Métamorphoses d’une manière inattendue. Lire la suite

De sang-froid de Truman Capote

Avec De sang-froid, paru aux États-Unis en 1966, Truman Capote signe le premier ouvrage de narrative non-fiction, genre qui deviendra très populaire outre-Atlantique et qui commence à faire son apparition en France. J’ai découvert récemment ce genre hybride, qui s’inspire du journalisme d’investigation dans le fond et du roman dans la forme, avec Tokyo Vice de Jack Adelstein, texte qui m’a tenue en haleine plusieurs jours ; aussi, j’ai souhaité découvrir le récit considéré comme le pionnier du genre, et par la même, comme un roman-culte auréolé du titre de chef-d’œuvre : De sang-froid de Truman Capote. Et force est de reconnaître qu’avec ce texte, l’auteur réussit un véritable tour de force, impressionnant par sa précision documentaire, captivant par sa narration… Lire la suite

Les Années de Virginia Woolf

Paru en 1937, Les Années sont le dernier roman que Virginia Woolf a publié de son vivant. Elle y retrace l’histoire de la famille Pargiter sur trois générations, de l’année 1880 au « temps présent », 1937. Une multitude de personnages est alors convoquée afin de faire le portrait impressionniste de cette famille issue de la bourgeoisie londonienne, portrait porté par quelques figures marquantes que le lecteur voit vieillir au fils des pages. Le lecteur découvre ainsi, par touches succinctes, par les détails du quotidien, les changements sociologiques qui s’opèrent au sein de cette famille, mais aussi et surtout, les sentiments intimes qui animent chacun de ses membres. Roman polyphonique, Les Années sont un exemple parfait de roman en monologues intérieurs initié au XXe siècle, Virginia Woolf usant et abusant avec virtuosité des fameux streams of consciousness, révélant des personnages en mal de vivre, jamais bien à leur place, présentés sans les artifices romanesques de l’intrigue ou de l’événement. Un roman où, somme toute, il ne se passe rien, rien d’autre que le temps qui passe, et c’est absolument passionnant ! Lire la suite

Thérèse Desqueyroux de François Mauriac

therese_desquerouxJe me suis dernièrement attaquée à un gros morceau de la littérature française, le roman le plus fameux du Prix Nobel François Mauriac, Thérèse Desqueyroux. Enfin, gros morceau… le roman ne fait que 150 pages, mais il est d’une densité telle que son statut de monument est parfaitement légitime. Paru en 1927, Thérèse Desqueyroux est le portrait d’une criminelle, mais au-delà du fait divers, le portrait d’une femme moderne, prisonnière des conventions familiales de son milieu social natal petit-bourgeois, et qui aspire à la liberté. Pour ce faire, Mauriac s’inspire de l’histoire vraie de Henriette-Blanche Canaby, accusée en 1905 d’avoir tenté d’empoisonner son mari ; cette accusation sera rejetée en raison du témoignage de la victime préférant sauver les sacro-saintes apparences que de voir son nom traîner dans l’opprobre. Dans son roman, Mauriac fait d’ailleurs une critique acerbe de la petite bourgeoisie de Province dans laquelle son (anti-)héroïne se débat à travers une narration brillante, innovante, profondément moderne, mettant en valeur les espoirs et les tourments d’une âme fascinante et torturée. Lire la suite

Bel-Ami, Guy de Maupassant

bel-ami_MaupassantBel-Ami, le roman le plus célèbre de Guy de Maupassant, raconte l’itinéraire d’un homme obsédé par l’argent et la réussite sociale. Un ancien soldat peu recommandable, un client régulier de prostituées, un séducteur sans scrupules, un arriviste, un journaliste à la déontologie particulièrement douteuse, un manipulateur : Georges Duroy, dit « Bel-Ami » est tout cela… Une histoire d’ascension sociale, une critique acerbe de la politique, du journalisme et des hypocrisies quotidiennes, un roman feuilleton qui tient le lecteur en haleine, Bel-Ami est encore un peu plus que cela…
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Georges Perec : L’Attentat de Sarajevo

attentat_sarajevoCe n’est un secret pour personne que nous sommes de grands admirateurs de Georges Perec. Romans, essais, poèmes, jeux en tous genres, son œuvre foisonnante, ludique, poignante, énigmatique et terriblement intelligente nous fascine. L’Attentat de Sarajevo est son tout premier roman, récemment retrouvé et jusqu’alors inédit. Nous nous sommes bien évidemment précipités, car ce n’est pas souvent que l’on a l’occasion d’acheter une première édition de Perec le jour de sa sortie…

Autant le dire tout de suite : L’Attentat de Sarajevo n’est pas un chef d’œuvre. Ce n’est même pas un roman particulièrement réussi : il y a des longueurs, beaucoup de maladresses, mais en bons perecophiles, perecophages, perecomanes voire perecolâtres que nous sommes, nous ne pouvions pas passer à côté de ce livre. Lire la suite

Last Exit to Brooklyn de Hubert Selby Junior

couv_last_exit_to_brooklynEntreprendre de chroniquer Last Exit to Brooklyn, considéré comme le chef d’œuvre trash de la littérature américaine des années 1960, n’est pas chose aisée. Ce roman ne ressemble à rien de ce que j’ai lu jusqu’alors : la construction n’obéit à aucune règle romanesque classique et le propos, à la limite du soutenable, nous plonge dans une violence et une surenchère dans le sordide le plus noir, le plus brutal et le plus incisif qui soit, le tout porté par une plume oscillant entre sublime, crudité et asphyxie. Premier roman de Hubert Selby Jr., Last Exit to Brooklyn nous parle du quartier portuaire de Red Hook à travers une panoplie de personnages, tous violents et désespérés, certains mis davantage en exergue que d’autres, dressant le portrait poisseux et accablant d’une population vouée à ne jamais s’en sortir. Lire la suite

La Conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole

conjuration_imbecilesAvec comme personnage principal le pire anti-héros de l’histoire de la littérature américaine, La Conjuration des imbéciles compose une histoire aussi rocambolesque que bavarde, aussi désopilante que réjouissante. Avec La Nouvelle-Orléans des années 1960 comme toile de fond, John Kennedy Tool s’amuse avec une panoplie de personnages tous aussi pittoresques qu’insupportables, les mettant dans des situations improbables mais parfaitement planifiées. Il en résulte une lecture jubilatoire et captivante, quelques fous rires effrénés et un bourdonnement persistant, comme l’empreinte des innombrables et tonitruantes scènes de ce roman hystérique. À lire, de toute évidence ! Lire la suite

Virginia Woolf : Les Vagues

Il est des livres qui marquent profondément une vie de lecteur, et la découverte d’un tel chef d’œuvre est toujours une émotion extraordinaire. De Virginia Woolf, je ne connaissais pas grand-chose : Mrs Dalloway, bien sûr, un livre qui ne m’avait pas passionné, même si les inventions narratives étaient intéressantes, et le film The Hours, tiré des Heures de M. Cunnigham – que je n’ai pas lu. Peu de choses, donc. Et puis, on m’a offert Les Vagues… Dès la fin de la lecture du premier chapitre, j’étais certain d’avoir trouvé dans un roman qui allait me suivre pendant des années – si ce n’est durant toute ma vie de lecteur. Retour sur une lecture inoubliable.
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