Stone Junction de Jim Dodge

J’ai découvert récemment Stone Junction paru en 1990 aux États-Unis, seulement traduit en 2008 en français par Nicolas Richard, roman encensé par l’illustre Thomas Pynchon qui dit à son propos : « Lire Stone Junction, c’est participer à une fête ininterrompue en l’honneur de tout ce qui compte ». Et effectivement, ce roman est une « fête », un récit jubilatoire, intelligent, malin, inattendu, fin et désopilant, profond et métaphysique, une « fête ininterrompue », sans temps morts, une « fête » où la contemplation est mise au même rang que l’action et, où, nourri d’un intertexte riche et d’une spiritualité certaine, Jim Dodge transporte ses lecteurs et ses lectrices dans un monde à la fois authentique et surnaturel, où la dimension fantastique vient s’inviter dans un univers terrien, encré dans la nature sauvage, élémentaire et secrète du monde et des humains, de manière subtile et vraisemblable. On y trouve effectivement « ce qui compte », un réseau d’entraide, des marginaux hauts en couleur et incroyablement attachants, l’explicable et l’inexplicable, la science et la magie, les forces et les faiblesses, l’humour, la poésie, l’amour, la folie et la liberté. Un énorme coup de cœur ! Lire la suite

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Les Métamorphoses d’Ovide, par Marie Cosnay

J’ai découvert Les Métamorphoses d’Ovide, ce monument de la littérature antique, lors de mes études de lettres modernes car, je l’avoue honteusement, je ne vais pas spontanément vers les lettres classiques. Mais si je manque parfois de curiosité littéraire, je sais admettre quand un texte dépasse largement mon horizon d’attente, biaisé par mes sempiternelles craintes de m’ennuyer prodigieusement en lisant de la littérature d’avant les Lumières. Plusieurs auteurs et autrices m’ont déjà pourtant prouvé le contraire, comme Homère, bien sûr, mais aussi Chrétien de Troyes, Robert de Boron, Rabelais, Racine et pleins d’autres ! Évidemment, Les Métamorphoses d’Ovide m’ont surprise et enchantée, comme tant d’autres récits classiques, mais aujourd’hui encore, je ne me dis que trop rarement : « Tiens, je me ferais bien une petite épopée antique/tragédie classique/roman de chevalerie/recueil des Pléiades,etc. » et j’ai bien tort. Heureusement, j’apprends en vieillissant, et quand les Éditions de l’Ogre ont annoncé la parution d’une nouvelle traduction des Métamorphoses, j’ai trépigné d’impatience à l’idée de redécouvrir ce texte formidable ! Le livre est depuis octobre dernier disponible en librairie, un ouvrage d’une grande élégance pour un texte particulièrement bluffant, non par le fond – que l’on connaît tous – mais par la forme, précisément par la langue de la traductrice Marie Cosnay qui a modernisé Les Métamorphoses d’une manière inattendue. Lire la suite

Lumikko de Pasi Ilmari Jääskeläinen

Pasi Ilmari Jääskeläinen est un auteur de littérature fantastique parmi les plus fameux de Finlande dont la réputation commence à s’étendre peu à peu au-delà des frontières de son pays. Lumikko, son premier roman publié en Finlande en 2006, est paru l’année dernière aux Éditions de l’Ogre – qui, semble-t-il, sont en train de devenir maîtresses dans l’art de dégotter des textes aussi inventifs que fascinants – dans la traduction française de Martin Carayol. J’ai découvert ce roman car cette jeune maison d’édition commence sérieusement à me faire de l’œil et je me penche de plus en plus sur son catalogue plus qu’alléchant. Lumikko est sorti en poche récemment, le premier poche des Éditions de l’Ogre, aux Éditions 10/18 (tant qu’à faire !), aussi, me suis-je laissée tenter par ce qui m’avait tout l’air d’un bon polar aux accents fantastiques autour des thèmes de l’écriture et de la lecture. Et évidemment, ce texte est bien plus qu’un bon polar aux accents fantastiques autour des thèmes de l’écriture et de la lecture ! Il s’agit davantage d’un roman jouant avec les codes génériques littéraires, confrontant la mythologie pittoresque finnoise à une mythologie plus moderne mais tout aussi fantasmagorique, sinon fantasmé : celle de l’écrivain·e, mais aussi de son lectorat que l’auteur décline avec une ironie aussi inattendue que délectable. Une très agréable surprise ! Lire la suite

Love de Toni Morrison

Avec Love, paru en 2004, Toni Morrison nous parle d’amour. Et comme c’est Toni Morrison, elle nous parle d’une haine à la fois terrible et magnifique entre deux femmes, tout aussi terribles et magnifiques. Love met en scène une petite communauté dans la ville de Silk, station balnéaire agonisante, hantée par le souvenir de feu Bill Cosey, patriarche à la tête d’un hôtel renommé et d’une petite fortune. Dans ce roman, l’autrice afro-américaine décline une nouvelle fois les grands thèmes de son œuvre, mettant en parallèle les fantômes d’histoires individuelles pris dans les méandres de la grande Histoire, ici la période du mouvement des droits civiques luttant pour l’abolition de la ségrégation aux États-Unis. Un récit en miettes, comme ses deux personnages principaux, que le lecteur va devoir reconstituer comme un puzzle afin de découvrir ses fantômes et sa vérité. Une lecture éprouvante, comme toujours avec la Grande Toni, mais d’une rare puissance. Lire la suite

Ça de Stephen King

Stephen King ne jouit pas d’une réputation d’excellence dans les hautes sphères de l’intelligencia: le maître de l’horreur a en effet fait ses gammes dans des genres romanesques snobés par l’institution littéraire qui les classe sous l’épouvantable substantif de « paralittérature », autrement dit, une fois qu’on dépouille ce terme de ces hypocrites euphémismes, de la sous-littérature. Je me souviens notamment d’une prof de français au collège qui m’assurait, devant mon engouement pour cet auteur, que Stephen King n’était pas un « écrivain », mais un « raconteur d’histoires ». Un « raconteur d’histoires »… Force est de reconnaître que chez Stephen King, tout est effectivement au service des histoires, des histoires qu’il raconte quand même fichtrement bien ! Adolescente, j’étais une grande lectrice de King, mon premier auteur-coup-de-cœur contemporain qui a ouvert chez moi un champ littéraire totalement neuf. Pendant 2/3 ans, je n’ai lu que lui, fascinée par l’univers fantastique franc et dense qu’il dépeignait, dans son Maine poisseux à l’ambiance si caractéristique. Et puis, la lectrice que j’étais a grandi, a choisi de nouveaux horizons et a fini par oublier le maître du fantastique. Mais voilà, à l’occasion d’un article d’Halloween pour le blog, Louis et moi avons tenté d’inventorier nos romans les plus effrayants : Stephen King a évidemment resurgi de ma mémoire et il a fallu faire un choix, car beaucoup de ses textes sont effrayants ! Toujours est-il que me remémorer ces lectures adolescentes m’a donné furieusement envie de relire Stephen King, histoire de voir comment je reçois aujourd’hui ces romans d’épouvante, histoire de jauger, avec l’expérience, si ma prof de français avait raison. Près de deux ans plus tard, j’ai donc relu Ça, paru en 3 tomes dans les années 1990, en 2 aujourd’hui. Mon verdict : ma prof de français était vraiment une snobinarde méprisante… Lire la suite

City on fire de Garth Risk Hallberg

Les vacances ont été pour moi l’occasion de me plonger dans quelques pavés conséquents, ce qui a l’indéniable avantage de mettre de côté, le temps des quelques semaines nécessaires à leur lecture, les inévitables et perpétuels questionnements de lecteurs du type : « Quel sera ma prochaine lecture ? », « De quoi vais-je avoir envie après ? », « Celui-là ou celui-ci ? ». Voilà : pendant que je me farcissais les quelques 1200 pages de City on fire, au moins, je n’ai pas trop échauffé mon cerveau en m’interrogeant sur ma prochaine lecture. D’ailleurs, je n’ai pas l’impression d’avoir particulièrement sollicité mon cerveau en lisant ce roman, dont le brio, au demeurant indiscutable, de sa construction, n’a d’égal que la terrible vacuité de son propos, aussi verbeux que creux. Je n’ai pas du tout, mais alors pas du tout aimé City on fire, je m’en explique dans la chronique qui va suivre. Lire la suite

Wajdi Mouawad : Le Sang des promesses (Littoral, Incendies, Forêts, Ciels)

En général, le théâtre m’intéresse assez peu, lorsqu’il ne m’ennuie pas profondément, mais lorsque, par hasard, j’ai découvert la pièce Incendies, j’ai été tellement frappé par la force d’évocation de son écriture que j’ai tout de suite voulu lire les 3 autres volumes de cette tétralogie, Le Sang des promesses. C’est avec ce sentiment incomparable de plaisir mêlé au vertige que j’ai découvert un auteur dont j’ai su d’emblée qu’il marquera durablement ma vie de lecteur… Ce billet est donc l’occasion de faire une retour sur cette œuvre, avec laquelle Wajdi Mouawad s’impose comme l’un des dramaturges majeurs de ce début de siècle. Lire la suite

Vernon Subutex 3 de Virginie Despentes

Avec le dernier opus de sa trilogie de la « contemporanéité », Vernon Subutex, Virginie Despentes clôt la symphonie polyphonique rock qu’elle a entamée avec maestria il y a déjà deux ans (vous pouvez jeter un œil à mes chroniques du tome 1 et du tome 2). Dans les volumes précédents, l’écrivaine dressait avec véhémence et mordant une galerie de portraits acérés de nos contemporains, du trader cocaïnomane à la musulmane pieuse, en passant par le fasciste aigri ou la sulfureuse ex-star du X, qui tous vont s’organiser autour d’un ancien disquaire à la rue, Vernon Subutex : ce dernier deviendra à la fin du tome 2 une sorte de « messie branleur », pour reprendre l’expression de l’auteure, « messie branleur » qui a le don de tous les faire danser dans un esprit de communion halluciné. En parallèle à cette peinture de notre société hypercontemporaine et hyperréaliste, Despentes met en place différents éléments narratifs disparates empruntés au polar, qui vont trouver leur convergence dans ce dernier volume, réglant les enjeux narratifs de cette grande fresque sociale du Paris d’aujourd’hui. Lire la suite

De sang-froid de Truman Capote

Avec De sang-froid, paru aux États-Unis en 1966, Truman Capote signe le premier ouvrage de narrative non-fiction, genre qui deviendra très populaire outre-Atlantique et qui commence à faire son apparition en France. J’ai découvert récemment ce genre hybride, qui s’inspire du journalisme d’investigation dans le fond et du roman dans la forme, avec Tokyo Vice de Jack Adelstein, texte qui m’a tenue en haleine plusieurs jours ; aussi, j’ai souhaité découvrir le récit considéré comme le pionnier du genre, et par la même, comme un roman-culte auréolé du titre de chef-d’œuvre : De sang-froid de Truman Capote. Et force est de reconnaître qu’avec ce texte, l’auteur réussit un véritable tour de force, impressionnant par sa précision documentaire, captivant par sa narration… Lire la suite

Soie d’Alessandro Baricco et Rébecca Dautremer

J’ai dernièrement découvert la plume d’Alessandro Baricco, auteur contemporain italien, à travers son « histoire », Soie, publiée dans un très bel ouvrage par les Éditions Tishina, spécialisées dans les romans illustrés pour adultes. Si je n’ai pas du tout été conquise par ce récit, force est de reconnaître que j’ai été, par contre, particulièrement sensible au remarquable travail des Éditions de Tishina ainsi qu’aux superbes illustrations signées Rébecca Dautremer. Le principe du roman illustré ajoute ici une valeur ajoutée indéniable au texte, le sublimant pleinement. Dans cette chronique, je vais donc concentrer mon propos autour de la beauté du livre et non de l’œuvre littéraire qu’elle contient, œuvre sur laquelle, je n’ai finalement pas grand-chose à dire tant elle m’a parue aussi facile qu’insignifiante. Lire la suite