Littérature, magie, mysticisme et anarchie

Pour cette chronique, je voulais vous parler d’un livre, puis de deux autres, puis de quelques lectures précédentes, puis… Finalement, j’en profite pour faire le bilan d’un parcours de lecture qui m’aura occupé pendant un bon moment sur Textualités. Comment résumer mon propos ? C’est l’histoire d’un type rationnel qui commence à s’intéresser à la magie et au mysticisme…

La magie est la métaphore du combat symbolique

Le dernier livre de l’essayiste-romancier-vidéaste-exégète Pacôme Thiellement est paru en janvier 2020 ; je l’ai acheté quelques jours après sa sortie, m’intéressant depuis quelque temps aux écrits iconoclastes de cet auteur. Pour faire très court, c’est un essai autobiographique qui évoque l’importance d’une forme très particulière de spiritualité dans la vie de l’auteur, assez proche, d’une certaine manière, de la lecture du Hagakure, le code d’honneur des guerriers samouraïs, par Ghost Dog dans le film éponyme de Jim Jarmusch. Je l’ai lu dans la foulée, une lecture hachée par les contraintes d’un emploi du temps serré, par la fatigue, par mes difficultés de concentration de plus en plus intenses. Je n’arrivais guère plus à me concentrer durablement sur une œuvre, mais, par un mécanisme inverse, ces lectures fragmentées s’instillaient en moi par touches, diffusant obstinément leur petite musique dans le cours de ma vie, accroissant d’autant plus la porosité entre le monde réel et celui des idées. Autant dire que cette expérience a été d’autant plus troublante que certaines des idées portées par le livre sont particulièrement étranges pour quelqu’un qui, comme moi, est a priori rétif à toute forme de mysticisme.

Le livre en question…

Comment pourrais-je un jour admettre une forme de spiritualité qui se manifesterait concrètement, que ce soit dans notre vie quotidienne ou dans les grands troubles de l’Histoire ? Assez tôt dans ma vie, je décidai que la spiritualité pouvait être une métaphore ; comme lorsque, découvrant les Pensées de Pascal, je trouvais que leur enseignement n’était intéressant pour l’athée que j’étais déjà qu’à partir du moment où « Dieu » pouvait être compris comme une métaphore de « l’absolue vérité ». Évidemment, ma compréhension de ce livre devait – et doit toujours – être tout à fait discutable, mais disons qu’à partir de ce livre, j’ai pris l’habitude de faire le tri entre les bondieuseries et ce qui peut m’intéresser, quitte à en « traduire » un sens plus littéral à partir d’une langue un peu frustre, car empreinte de religion. Pauvre Pascal, pensais-je du haut de mes 20 ans, qui s’emberlificote dans un folklore absurde au lieu d’aller directement à l’essentiel… Que quelqu’un de manifestement intelligent et sain d’esprit puisse se complaire à prouver que son ami imaginaire existe et que celui-ci lui dicte une conduite à suivre (quand il ne cherche pas à l’imposer aux autres…) m’a toujours semblé, au mieux, un enfantillage, au pire, un dangereux délire. Puis vinrent les sorcières, les poètes, et la magie.

2018 : je guette avidement la sortie de l’essai de Mona Chollet, Sorcières, la puissance invaincue des femmes, dont quelques pages parues sur le Net m’ont déjà convaincu. Le livre est bouleversant, pour au moins deux raisons : la première, c’est que Mona Chollet dresse un historique particulièrement accablant du système d’oppression que nos sociétés ont bâti contre les femmes. La deuxième, c’est cet extraordinaire « retournement du stigmate » qu’ont opéré les femmes à travers la figure de la sorcière : autrefois image-repoussoir de « la mauvaise femme » (hors de la société, hideuse, dangereuse…), la sorcière est devenue « la femme libre » (révoltée, remettant en cause les carcans de la beauté, assumant sa puissance…). Dans de nombreuses manifestations, des femmes se déclarent être « les petites-filles des sorcières que vous n’avez pas pu brûler », opposant une forme de magie ancestrale et collective contre un ordre qui les opprime. De magie ? Oui, ou de symbole, ou d’art, c’est la même chose… Mona Chollet écrit :

Je crois que la magie est de l’art, et que l’art est littéralement de la magie. L’art, comme la magie, consiste à manipuler les symboles, les mots ou les images pour produire des changements dans la conscience. En fait, jeter un sort, c’est simplement dire, manipuler les mots, pour changer la conscience des gens, et c’est pourquoi je crois qu’un artiste ou un écrivain est ce qu’il y a de plus proche, dans le monde contemporain, d’un chaman. » [citation d’Alan Moore lors d’une interview pour son roman Jerusalem] Aller débusquer, dans les strates d’images et de discours accumulés, ce que nous prenons pour des vérités immuables, mettre en évidence le caractère arbitraire et contingent des représentations qui nous emprisonnent à notre insu et leur en substituer d’autres, qui nous permettent d’exister pleinement et nous enveloppent d’approbation : voilà une forme de sorcellerie à laquelle je serais heureuse de m’exercer jusqu’à la fin de mes jours.

La puissance de l’art et de ses symboles, qui permet de faire exister ce qui était innommé, de faire changer le monde et les mentalités grâce à des images, des mots, des actes, peut être considéré comme une forme de « sorcellerie ». Cet importance de combat symbolique se retrouve aussi dans l’essai de vulgarisation linguistique de Maria Candea et Laélia Véron, Le français est à nous !, puisqu’elles affirment au début du chapitre intitulé « Langage, pouvoir et violence : la langue comme arme », que

« le langage peut être à la fois un reflet de nos représentations sociales et un instrument pour les changer. Les luttes ont souvent un aspect linguistique : se saisir des mots, c’est revendiquer non seulement un droit à la parole, mais une vision du monde. »

J’ai retrouvé ces thèmes dans le magnifique Moi, Tituba sorcière… de Maryse Condé, dans lequel j’avais essayé d’analyser l’utilisation du réalisme magique qui sert un combat afro-féministe : « Force de la littérature, écrivais-je, qui convoque des esprits surnaturels pour mieux parler de l’intime » et qui, dans le même temps, réhabilite et magnifie la figure de cette esclave, Tituba, pour en faire un esprit bienveillant et protecteur, qui fait naître les révoltes chez les opprimés. En effet, celle-ci, une fois morte, mais re-créée par la magie de la littérature, se donne une mission précise : « Aguerrir le cœur des hommes. L’alimenter de rêves de liberté. De victoire. Pas une révolte que je n’aie fait naître. Pas une insurrection. Pas une désobéissance. » Chez Maryse Condé, la magie est partout : dans la possibilité de discuter avec une esclave morte depuis plusieurs centaines d’années et d’en retracer l’histoire dans un roman ; dans l’acte d’écrire qui devient magie créatrice, dans tout le parcours si singulier de Tituba (lisez ce livre, vraiment!), et dans son devenir, celui d’esprit insurrectionnel, assoiffé de liberté.

La magie alchimique est la métaphore de la création poétique ; et la création poétique est une forme d’alchimie

Il y a eu aussi les récits de Lovecraft, qui m’ont fait redécouvrir tout un pan de notre culture horrifique, et qui m’ont fait prendre conscience du nouveau combat symbolique à mener. En découvrant ses récits, j’ai cru voir (c’est en tout cas le point de vue que je défendais ici) que son inspiration épique et horrifique provenait de son horreur de l’humanité : haine des Juifs, haine des étrangers basanés, haine des femmes, haine des homosexuels… Lovecraft a créé un monde si original et si saisissant, et avec un tel talent, qu’il a influencé un nombre incalculable d’artistes dans le monde entier, si bien qu’une fois que l’on a découvert ses récits, il est difficile de ne pas être pris de vertige face à ce qui est la clé de voûte de l’horreur moderne. Or, et c’est ce que j’appelais « le piège Lovecraft », comment est-il possible d’apprécier des œuvres ayant un substrat aussi moralement indéfendable ? En les reprenant à son compte, puisqu’on ne peut y échapper, et en menant un combat symbolique aux antipodes de celui de l’auteur, c’est à dire en luttant contre le racisme et toute forme de discrimination, et en honorant l’altérité, la différence. Surnaturel, magie et combat symbolique, encore une fois…

Dans la foulée, je reprends mes cours de littérature pour mes élèves de première, je leur fais étudier Tituba (l’année précédant la réforme du baccalauréat de 2019, ce cours était donc destiné à être donné une seule fois…) et je mets aussi en avant les poètes symbolistes, leur quête des symboles, leur volonté de sublimer le réel, de trouver une forme d’éternité dans les évocations fugitives, et d’accéder à l’absolu par l’art. Je montre à mes élèves qu’on peut considérer que la métaphore, en ce qu’elle fait fusionner deux images dissemblables pour créer un sens nouveau, est une sorte de processus alchimique – donc magique. Soient deux éléments ordinaires réunis par l’art du poète : ils deviennent précieux, et parfois éternels, puisqu’ils sont conservés par la mémoire collective. Soit Baudelaire, sublimant une « charogne » et parvenant ainsi à gard[er] la forme et l’essence divine / De [s]es amours décomposés » : d’une image putride, de la crasse la plus répugnante, il parvient à faire de l’or, c’est à dire du sublime, et accède à l’éternité en mettant en scène la marche de la mort…

La magie est institutionnelle

Puis le temps passe (vite), et la détestable réforme du lycée se met en marche… Et là, au milieu des absurdités révoltantes, cette partie du nouveau programme : « Baudelaire, Les Fleurs du mal : la boue et l’or ». « La boue et l’or » vient d’un projet de préface rédigé par Baudelaire : « Ô vous, soyez témoins que j’ai fait mon devoir / Comme un parfait chimiste et comme une âme sainte. / Car j’ai de chaque chose extrait la quintessence, / Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or. » L’alchimie poétique revenait vers moi (tant qu’à être égocentrique, autant faire les choses convenablement…), et avec elle, la magie de la création artistique, des symboles et des vérités occultes. Mais cette fois-ci, elle faisait son entrée par la grande porte, celle des programmes du bac.

Ne serait-ce qu’un délire de cerveau fatigué que de donner une part tangible à l’irrationnel ? Peut-être, mais, à partir du moment où le doute s’installe, les signes se dévoilent. Tenez, même à rebours : je me souviens à présent d’une intervention de Wajdi Mouawad dans la matinale de France Inter. Une matinale bien rodée : Nicolas Demorand (fils de diplomate) et Léa Salamé (fille de ministre) en maîtres d’œuvre, les chroniqueurs Dominique Seux (pour le libéralisme de droite) et Thomas Legrand (pour le libéralisme de gauche) : mise en scène de la pluralité des points de vue, quelques piques envoyées de temps en temps pour donner le change, et tout le monde en ressort conforté dans ses convictions. Que des gens raisonnables, en somme, dans une machine éditoriale qui fait de la culture, de la raison, de l’information, du débat, son credo. Puis arrive Mouawad, l’artiste, l’intrus qui renvoie tout ce beau monde dans les cordes infamantes de l’irrationnel : « On est passé d’une société « homélisée » à une société « chroniquisée », qui tourne autour des chroniques. Mais une chronique qu’est-ce que c’est si ce n’est une homélie déguisée ? » Stupeur amusée de l’intervieweuse, puis le dramaturge enfonce le clou à propos des éditorialistes de France Inter :

« Ils croient qu’ils pensent, mais ne savent pas qu’ils croient. Il y a une sorte de morale inconsciente d’autant plus vénéneuse qu’elle se pense être dégagée de la morale. »

Quelle bombe ! La raison des gens raisonnables se fonderait sur une croyance, donc sur de l’irrationnel ? Renvoyer leurs savoirs à de la croyance, leurs raisonnements à de la morale, leurs chroniques à des « homélies », dans le temple des Faits, des Analyses, des Lumières et de l’esprit Laïc… et dénoncer leur « venin » distillé par bienveillance… Religion du Savoir, qui ne dit pas son nom ; foi envers une logique libérale qui bousille tout, nous et notre environnement ; conviction que notre manière de penser le monde est la seule (n’a jamais été que la seule, ne sera jamais que la seule) pensée raisonnable : la pensée magique structure notre société, surtout chez les gens raisonnables, qui en sont les garants.

Renversement des valeurs : les hérauts de la Raison sont pétris de pensée magique ; les artistes, poètes et autres farfelus sont des personnes sensées, en ce qu’elles seules permettent ce pas de côté qu’exige la lucidité.

La magie est notre manière de dire la vérité

Magie et alchimie sont partout à partir du moment où on commence à prendre conscience de leur importance. Nancy Huston, dans son essai L’Espèce fabulatrice, où elle interroge l’importance de la fiction dans nos vies, rapproche la magie et l’alchimie de la fiction, qui sont sont, après tout, des processus permettant de créer, de faire exister du sens là où il en manquait cruellement, pour nous, humains, qui en avons désespérément besoin :

« Toute nomination est un acte magique.
Les êtres humains sont des magiciens qui s’ignorent.
L’argent est une fiction : de petits bouts de papier dont on a décrété qu’ils représentaient l’or. L’or est une fiction. Dans l’absolu il ne vaut pas plus que le sable. La Bourse est une gigantesque fiction.
Les êtres humains sont des alchimistes qui s’ignorent : par leurs fabulations, ils transforment tout en argent c’est-à-dire en or. »

Comme disait Lacan, « la vérité a structure de fiction », et c’est donc à partir de structures fictionnelles que nous pouvons appréhender ce que nous appelons « vérité ». Or, dit Nancy Huston, la création de fictions est un acte magique, ou alchimique : on crée quelque chose à partir du rien, afin de donner un sens à notre univers qui n’en a pas, et c’est sur ce sens inventé de toutes pièces que nous organisons notre vie.

Entre temps, je lis ou je relis aussi des trucs un peu dingues : des textes d’Alan Moore, je revois Twin Peaks et Lost, je découvre la musique chamanique de Swans, bref, je barbote dans la magie, dans le réalisme magique, dans l’occulte et le surnaturel, envisagés non plus comme des purs divertissements ou des jeux de l’esprit, mais surtout comme des formes de connaissance du réel. Bref, pour quelqu’un de très terre-à-terre et de peu disposé à la spiritualité, on peut dire que je prends des chemin détournés…

Et puis, donc, au début de l’année 2020, sort l’essai de Pacôme Thiellement. Je le lis, l’apprécie même, mais je n’ai absolument aucune idée de comment en rendre compte, mis à part pour dire « C’est dingue mais bien. Mais dingue. Mais bien. (ad lib.) » J’ai eu l’impression de traverser le livre – et d’y passer certes un bon moment – mais de n’en avoir rien retiré, de n’avoir pas pu saisir quoi que ce soit de vraiment tangible. Comme je le disais au début, c’est davantage le livre qui m’a traversé, qui a fait écho a beaucoup de mes questionnements du moment. Notez tout de même que vous pouvez tout à fait découvrir l’univers si singulier de cet auteur en commençant par ce livre, puisqu’il reste très accessible, mais je sentais qu’il me manquait un truc, et ce truc, c’était, je crois, le cheminement intellectuel qui l’avait amené à écrire un bouquin si étrange. Alors, je me suis penché dans deux de ses livres précédents.

Les Sans-Roi, anarchistes mystiques

L’histoire des Sans-Roi commence – ou plutôt recommence – en 1945, en Égypte. Près de Louksor, des paysans égyptiens creusent la terre, à la recherche de fertilisants naturels, et découvrent une jarre. Dans celle-ci, ils trouvent 45 ouvrages, enfouis entre le IVe et le Ve siècle de notre ère, et dont certains sont des copies de texte du IIe siècle. Dans le lot, de nombreux textes gnostiques. Je vous passe l’histoire rocambolesque de la publication de ces textes (on y trouvera notamment la peur d’un djinn, un meurtre, un cœur dévoré et des codex disséminés puis réunis… Ce qui a été ainsi révélé, c’est, pour ainsi dire, la puissance de la fiction dans le monde réel !) Ces ouvrages miraculeusement retrouvés après des siècles de sommeil sous la terre seront appelés la Bibliothèque de Nag Hammadi, du nom de la ville la plus proche du lieu de la découverte. Plus tôt dans l’Histoire, des textes en marge des textes canoniques chrétiens avaient été retrouvés, dont la Pistis Sofia, un des textes fondateurs du gnosticisme, et qui propose une version alternative à ce qui est habituellement enseigné par le dogme chrétien.

Mais en quoi ces écrits diffèrent-ils du dogme chrétien ? Le premier chapitre de La Victoire des Sans-Roi est particulièrement éloquent :

« Jésus a raté son coup. Deux mille ans plus tard, le constat est accablant. Qui aurait la malhonnêteté de prétendre que tout ce qui, dans l’Histoire, s’est affublé du nom de christianisme ait pu avoir un autre sens que celui de contrefaire la parole de Jésus, de l’empêcher d’être comprise et vécue ? Jésus n’a cessé de dire la façon dont nous devions agir pour combattre efficacement les puissances de mort. Les puissances de mort ont sans cesse détourné cette parole. Elle l’ont retourné jusqu’à la transformer en son contraire. »

Et de citer, pêle-mêle, toutes les paroles attribuées à Jésus dans L’Évangile de Thomas (déclaré apocryphe au IIIe siècle) et qui ont été détournées par l’Église :

Jésus voulait que la seule loi soit celle de l’amour des hommes pour leur Dieu et leur prochain / Paul réaffirme la Loi religieuse ;

Jésus meurt pour libérer les hommes de leurs péchés / Paul fait de la crucifixion la faute impardonnable des hommes ;

Jésus défend la femme adultère (le célèbre « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ») / Clément de Rome et Tertullien font de l’adultère un crime pire que le meurtre ;

Jésus ne s’intéresse pas à la réputation ou à la sexualité des hommes / Paul affirme que les « impudiques », « adultères », « dépravés » et « homosexuels » ne peuvent accéder au « Royaume de Dieu » ;

Jésus est pour l’égalité entre hommes et femmes / Paul instaure la misogynie comme principe fondateur de la société ;

Jésus refusait toute violence (le coup de la joue tendue…) / l’Église… eh bien… les persécutions, les croisades, les massacres en tous genres, les évangélisations forcées, tout ça tout ça ; etc, etc…

Je pense que l’affiche est parodique, mais elle exprime parfaitement le détournement de cette icône

Le principe des textes gnostiques est donc le suivant : la parole divine a été dévoyée, jusqu’à lui faire dire le contraire de ce qu’elle a dit en réalité, au point que Pacôme Thiellement pose ce constat implacable :

« Qu’à été l’Église si ce n’est précisément un pouvoir contre lequel Jésus s’est battu et qui a gagné contre lui ? Et qui, par un tour de passe-passe de génie maléfique, a décidé d’utiliser l’aura de son plus grand adversaire pour en faire son fétiche, son joujou, sa « star » ?

On dit que, chaque année, la messe donnée en l’honneur du juge Falcone à Palerme est financée par la Maffia qu’il avait combattue toute sa vie. L’Église, en continuation directe du Sanhédrin qui condamna Jésus, a agi comme n’importe quelle bonne officine maffieuse : elle s’est donnée comme l’héritière exclusive du message de celui qu’elle avait assassiné. Elle s’est donnée comme le fan-club d’un homme qui aurait refusé d’en être membre. »

Les gnostiques, quant à eux, se posent comme les continuateurs d’une foi et d’une pensée religieuse à contre-courant de dogmes jugés dévoyés, et vont même jusqu’à proposer une version alternative de la Genèse : par exemple, dans cette version, l’histoire d’Adam et d’Eve raconte le destin de deux pauvres créatures sans défense, enfermées dans un lieu de souffrance nommé Éden, par un Démiurge se faisant passer pour Dieu. Le fruit défendu – celui de la connaissance, donc, étymologiquement, de la gnose – permettra au premier couple de se sauver. Renversement des valeurs : le Démiurge, qui se fait passer pour Dieu, est un être profondément mauvais, et utilise son complice Satan comme repoussoir pour mieux passer comme le bienfaiteur. Pour les gnostiques, le monde est une « prison de mort », ou une « prison de fer noir », en tous cas un « décor en carton-pâte » créé par le Démiurge pour mieux enfermer l’humanité dans les tourments de la culpabilité. En ce sens, ce Démiurge est un pervers, au sens psychiatrique du terme : un bourreau qui parvient à faire croire à sa victime qu’elle est responsable de ses propres malheurs, et que, pour parvenir à trouver une rédemption toujours repoussée, elle doit obéir inconditionnellement à celui qui la tourmente.

Pour les gnostiques, le vrai Dieu est caché, et il est en chacun de nous, et en chacun des êtres vivants, y compris les plus faibles. De là découlent plusieurs principes. Le premier est qu’il est impensable de se nourrir d’animaux, puisque ce serait une atteinte à la part de divinité qui existe en eux. Ensuite, qu’il serait impensable d’avoir la prétention d’exercer un pouvoir sur quiconque (même raisonnement, si Dieu est en toi, je ne peux te commander…) : l’un des noms donnés par les gnostiques est celui qui donne son titre à l’essai : les « Sans-Roi ». Si l’on prend l’exemple de la société des Cathares, cela donne cela :

« Les Cathares n’étaient rien d’autre que des Sans-Roi, c’est à dire des hommes qui voulaient vivre en accord avec les paroles de Jésus. Comme les basilidiens et les manichéens, ils ne mangeaient ni viande ni laitage, mais ils s’autorisaient le poisson (parce que les amis de Jésus mangent du poisson dans les Évangiles). Ils s’interdisaient absolument de tuer et de mentir, libéraient les animaux pris au piège des chasseurs, vivaient pauvrement et n’avaient pas plus de considération pour le mariage ou l’enfantement que leurs prédécesseurs. Ils furent très courageux devant la mort et préférèrent se jeter dans les flammes plutôt que d’abjurer leur foi ou de manger de la viande. Les chrétiens de Goslar, d’une cruauté crasse, pendirent les hommes qui refusèrent de tuer un poulet devant eux : signe de leur appartenance à l’hérésie albigeoise. Les Cathares refusaient la propriété privée, estimant que la terre ne devait appartenir qu’à celui qui la travaillait. Tous les Parfaits devaient exercer un travail manuel. Ils aimaient énormément la nature et accordaient beaucoup d’importance à la marche à pieds. (…) En outre, toutes les religions pouvaient s’exercer librement dans leurs territoires et juifs et musulmans y trouvèrent momentanément un havre de paix. Les chrétiens ne s’y trompèrent pas : l’esprit de Jésus était de retour. Il fallait donc s’en débarrasser, au plus vite. »

Je ne développe pas davantage sur tous les détails et les subtilités d’une religion underground qui sont présentés avec érudition et efficacité dans cet ouvrage. En bref, c’étaient des gens bienveillants, et qui à cause de cela, se sont attirés les foudres du pouvoir. La société « Sans-Roi » des Cathares, écologiste, végétarienne, anarchique (au sens premier d’« ordre sans chef »), égalitariste, prônant la liberté de culte et la bienveillance à l’égard de tout, de toutes et de tous, fait écho aux utopies modernes : les « zadistes » (habitants des « ZAD », acronyme de « zones à défendre ») de Notre-Dame-Des-Landes ou de Sivens sont les héritiers de cet esprit « Sans-Roi » et, si le pouvoir actuel a heureusement abandonné les méthodes de l’Église contre les Cathares, les interventions des forces de l’ordre reposent sur les mêmes principes : anéantir un projet de société alternatif de manière spectaculaire, même contre toute logique rationnelle. Il ne fallait rien de moins que 1800 gendarmes, quatre blindés et 11 000 grenades tirées pour évacuer 200 personnes d’un champ et raser des cabanes en bois…

Une anarchie moderne

A peu près dans la même période, j’ai aussi lu Comment je suis devenue anarchiste d’Isabelle Attard et je vous le conseille vivement : dans la première partie du livre, elle retrace son parcours de nouvelle députée (Europe Écologie les Verts) de 2012 à 2017 : elle essaie de mettre en place un mode de travail égalitaire entre elle et ses collaborateurs·trices (ce qui est vu d’un mauvais œil par ses collègues), elle s’engage dans des réformes à contre-courant sur la culture, les institutions publiques, etc… mais elle se heurte, dans le meilleur des cas, à l’inertie, sinon à la malveillance, de ses collègues.

Pardon pour la comparaison quelque peu douteuse, mais dans cette partie du livre, j’ai vraiment eu l’impression de lire quelque chose comme le récit de l’arrivée d’Hermione Granger à la cour des Lannister : une brillante idéaliste, pleine de bonnes intentions, qui refuse de jouer le jeu pernicieux du pouvoir, qui se fait dénigrer avant de se retrouver carrément éjectée en 2017 par l’équipe de politicien·ne·s la moins brillante et la moins idéaliste qui soit, mais qui s’insère parfaitement dans un jeu politique dont ils maîtrisent les codes. Isabelle Attard en tire une leçon : les règles du jeu sont pipées, pour une raison simple : le pouvoir corrompt, peu importe dans quel camp les politiciens se trouvent. La soif du pouvoir règne, au mépris des engagements démocratiques. Pour Isabelle Attard, le constat est accablant : le système démocratique actuel ne permet pas de servir le peuple français, il n’est qu’un moyen pour les Tartuffe de se hisser toujours un peu plus haut – et d’accumuler toujours un peu plus de richesse personnelle – tout en faisant mine d’être « au service de la France ».

Un autre système doit donc être envisagé, un système dans lequel tout le monde aurait voix au chapitre, où les richesses seraient réparties équitablement, où les outils de production appartiendraient à ceux qui les utilisent, un système féministe, strictement égalitaire et libertaire, écologiste et novateur… L’anarchie.

Isabelle Attard rappelle que, pour les dictionnaires, reflet de l’acception courante du mot, « anarchie » est synonyme de « désordre », de « chaos », de « confusion », d’ « émeute ». Or, c’est bien du contraire dont il s’agit, puisqu’étymologiquement, « anarchie » signifie « sans pouvoir ». Pour ses défenseurs, l’« anarchie » est « l’ordre sans le pouvoir », voire même « le plus haut degré de liberté et d’ordre auquel l’humanité puisse parvenir » (Pierre-Joseph Proudhon).

Comment en est-on parvenu à faire en sorte qu’un mot puisse désigner l’exact contraire de ce qu’il signifie originellement ?

Dans la deuxième partie du livre, Isabelle Attard revient sur bon nombre d’exemples de sociétés anarchistes : en Chine, aux États-Unis d’Amérique, en Argentine, en Ukraine, en Grèce, en Espagne, au Chiapas (Mexique) ou au Rojava (Syrie), où, en pleine guerre, une grande partie de la région Nord du pays s’est autoproclamée « Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie », instaurant dans leur Constitution les principes fondateurs de démocratie, de laïcité, d’égalité des sexes et d’écologie ! Isabelle Attard revient également sur les expériences françaises, dont l’actualité concernant la société autogérée de Notre-Dame-des-Landes a été particulièrement brûlante ces dernières années.

Or, il se trouve qu’à chaque fois, ces expériences de liberté et d’égalité dérangent le pouvoir. Non que ces sociétés autogérées s’attaquent directement à lui (elles n’auraient, de toutes façons, aucun moyen de gagner…), mais tout fonctionne comme si leur existence même était un affront, une faute impardonnable. Le réflexe des dominants (qu’ils soient capitalistes, communistes, peu importe…) est donc d’écraser au plus vite cette rébellion, qui les renvoie sans doute inconsciemment à leur propre vacuité. Et, tant qu’à les écraser, il faut, à chaque fois, dans chaque pays, faire les choses de manière spectaculaire pour affirmer la toute-puissance de l’ordre établi. Alors, on blesse, on mutile, on tue, on écrase, on anéantit, pour asseoir à nouveau la légitimité de l’État. A Notre-Dame-Des-Landes, je l’ai déjà évoqué, la répression est sans commune mesure avec l’objectif à atteindre, sauf si l’on considère qu’elle devait être – avant tout – spectaculaire. En Espagne une révolution sociale est réprimée par la violence et aussi le symbole, puisque l’Histoire parviendra à gommer l’expression « révolution sociale » au profit de « guerre civile », synonyme de « chaos ». En Ukraine, le mouvement révolutionnaire paysan (d’une démographie – excusez du peu – de 7 millions d’habitants !) fut réprimée d’une manière extrêmement violente par les bolcheviks, qui les accusèrent ensuite d’être des terroristes poseurs de bombes. A chaque fois, le même schéma se répète : des idéalistes forment une société anarchiste plus ou moins grande ; le pouvoir en place accuse ces anarchistes d’être violents ; il anéantit spectaculairement cette expérimentation libertaire, de manière à graver dans tous les esprits l’idée – erronée – selon laquelle l’anarchie serait, par définition, chaos, désordre, violence. Quelques anarchistes parviennent même à leur donner raison.

Pour en revenir au sujet de départ, non seulement les gnostiques étaient bien des anarchistes puisqu’ils refusaient l’autorité de l’Église (et ils se sont d’ailleurs fait réprimer comme tels par cette même Église), mais l’anarchie est au cœur d’un combat symbolique – ou magique – puisqu’il est un enjeu de représentation du pouvoir. On peut revenir à la citation de Moore : «  L’art, comme la magie, consiste à manipuler les symboles, les mots ou les images pour produire des changements dans la conscience. » L’art n’a pas le monopole de cette magie : la politique aussi travaille les consciences à l’aide de violence, d’images et de mots ; elle marque dans la chair et les esprits l’impossibilité de la dissidence…

Retour aux Sans-Roi… et à leur victoire

On l’a vu, les anarchistes modernes sont les descendants des premiers gnostiques et, dans son essai, Pacôme Thiellement montre en quoi ces « Sans-Roi » comme il préfère les appeler (comme des précurseurs du « ni dieu ni maître ») sont victorieux malgré la répression dont ils furent les victimes : ils ont réussi à disséminer leurs idées, qui ont traversé les siècles de manière souterraine, aussi bien littéralement (leurs écrits enfouis sous terre, dans une jarre) qu’au sens figuré.

Leur pensée, même parvenue de manière très fragmentaire (jusqu’à la découverte de ces fameuses jarres contenant la bibliothèque de Nag Hammadi), a curieusement infusé sa pensée au fil des siècles, et il est très surprenant de découvrir à quel point elle se retrouve presque en contrebande, cachée au beau milieu d’œuvres célèbres de poètes (Maurice Scève avec Délie (1544), Gustave Flaubert avec La Tentation de Saint-Antoine (1874), ou encore les récits hallucinés de Gérard de Nerval dans Aurélia ), de romanciers (absolument tout Philip K. Dick pour ne citer que lui), et du pan gigantesque de la culture populaire (films, séries, musique…) qui a été influencé par ces auteurs… Le gnosticisme est une clé de lecture ouvrant sur un nombre d’œuvres vertigineux.

« Choisis la pilule bleue et tout s’arrête, après tu pourras faire de beaux rêves et penser ce que tu veux. Choisis la pilule rouge : tu restes au Pays des Merveilles et on descend avec le lapin blanc au fond du gouffre. »
Matrix, ou comment mettre en scène le choix de la révélation gnostique…

C’est précisément en cela que les « Sans-Roi » sont les victorieux évoqués dans le titre du livre de Pacôme Thiellement : s’ils ont été scrupuleusement anéantis, si leur pensée et leurs valeurs ont été dévoyées, la part irréductible de leur savoir est s’est disséminée dans le monde entier, et a triomphé à partir des années 1960 avec le développement de la culture pop de masse.

(…) La culture classique est toujours une culture de la domination des faibles par les forts. Seule la culture pop des années 1960 a pu vouloir reconnecter son public avec la pensée des Sans Roi. Seule celle-ci a pu marquer une véritable rupture dans l’Histoire culturelle parce qu’elle entretenait avec les disciples de Simon une relation viscérale qui sera appuyée par les conséquences de la découverte des textes de Nag Hammadi. Ce sera démontrable pour les Beatles et Jimi Hendrix, pour Philip K. Dick et pour toutes les grandes séries télévisées.

You may say I’m a dreamer, but I’m not the only one

Le troisième et dernier essai de Thiellement dont il sera question ici porte le beau titre de Sycomore Sickamour. L’auteur fait une analyse très poussée de l’œuvre de Shakespeare, vue sous le prisme de la femme sombre, personnage énigmatique et captivant, ayant semble-t-il partagé la vie de l’auteur et se retrouvant sous diverses formes dans ses écrits. Cette femme sombre est pour Shakespeare à l’origine d’un sickamour, un amour malade qui va se métaphoriser par un glissement sonore dans l’image du sycomore, cet arbre dont l’auteur va détourner la symbolique chrétienne et égyptienne « pour en faire le lieu de naissance d’un amour qui ne peut se résoudre que par le passage dans la mort ». Or, et le fanboy du cinéma de David Lynch que je suis n’a pas pu réprimer un frisson à l’idée de ce rapprochement, les sycomores ont une importance capitale dans son cinéma : celles et ceux qui sont encore traumatisé.es par l’entrée de l’agent Dale Cooper dans le cercle des douze sycomores à la fin de la saison 2 de Twin Peaks sauront à quel point Sycomore Sickamour est une lecture indispensable.

De Shakespeare à Lynch, en passant par Nerval, Rivette ou Lennon, l’essayiste montre d’une manière fulgurante comment la pensée philosophique et mystique des Sans-Roi se retrouve dans la culture occidentale, en passant à chaque fois par des chemins détournés, des œuvres underground, des mystères à décrypter pour qui la vie est un labyrinthe initiatique, et pour qui accepte de considérer la beauté comme une affaire capitale et subversive. Subversif, Shakespeare ? Oui, car :

La Renaissance hermétique est le moment où la découverte (…) [que] l’intuition que la divinité s’exprimera désormais à travers des formes d’art populaire. C’est encore vrai aujourd’hui, où la plupart d’entre nous ont ressenti l’intuition du divin, non à travers les livres sacrés des trois monothéismes, mais à travers des disques de pop, des films ou des séries télévisées. « Au début du XVIIe sècle, écrire pour le théâtre était un travail littéraire aussi secondaire qu’écrire aujourd’hui pour la télévision ou le cinéma » rappelle Borges au sujet de Shakespeare. C’est parce qu’il prenait au sérieux le caractère divin de l’art populaire que ce dernier réalisa un théâtre qui officia comme voir d’accès à la dimension miraculeuse de la représentation.

Vouloir trouver de la divinité dans l’art, aux endroits mêmes où les œuvres sont dédaignées, c’est à dire dans cette culture dédaigneusement appelée populaire, par opposition à la vraie, la grande, la seule et l’unique Culture est, en soi, un acte subversif : il s’agit de déplacer la figure d’autorité culturelle en cessant de se soumettre à une culture dominante (car hiérarchisée) pour participer à une culture horizontale, populaire dans son sens non péjoratif, c’est à dire accessible à toutes et à tous.

Un anarchisme culturel considérant que le sens du divin peut se trouver dans chacune des œuvres, et que ces révélations peuvent faire évoluer les mentalités, et notamment le fait que les discours dominants, éminemment raisonnables, forment bien souvent un carcan culpabilisant et fondé sur une pensée magique.

Une culture underground qui fait de chacun et de chacune d’entre nous des exégètes en puissance, qui nous donne non pas nécessairement les clés, mais du moins la possibilité de prendre une part active dans la construction du sens des œuvres, et, puisqu’elles en sont le miroir, du sens de nos propres existences.

Les événements que tu es amené à vivre ne sont pas les conséquences de tes actes ; ce sont les salauds qui disent ça. Ce sont les égoïstes et les faux sages. Ce n’est pas parce que tu as été gentil que tes vœux seront exaucés. Il n’y a pas de justice immanente. Les événements que tu es amené à vivre sont un mélange de déterminisme social, de dons aléatoirement reçus à ta naissance, de hasards, de rencontres. Mais la façon dont tu es amené à les vivre, elle, naît de ce que tu as contribué à y faire germer. La fleur naît de ton cœur et, plus tu auras travaillé à fondre le plomb du malheur en toi de sorte qu’il ne se transforme pas en colère ou en bile noire, plus tu seras capable de bonheur. C’est le secret de Shakespeare qui apparaît à la fin du Conte d’hiver : par l’action désintéressée, tu accumules assez de lumière dans ton âme pour voir le miracle qui sinon te serait resté invisible, pour apercevoir la beauté de la vie qui sinon t’aurait été occultée. Depuis le début, ce n’était qu’une question de qualité de regard…

C’est le seul sens du divin qui puisse me plaire, ou en tous cas que je puisse appréhender sans larguer complètement les amarres de la raison : une « qualité du regard » iconoclaste, une magie bien concrète, propre à dynamiter les faux-semblants prétendument raisonnables tendus tous les jours devant nos yeux paresseux.

C’est un monde de vérités à découvrir et à construire.

C’est un monde de culture populaire et de recherches savantes.

C’est un monde de mages, de sorcières et de gens ordinaires.

C’est un monde d’étranges beautés et de frissons intenses.

C’est un monde sur lequel les cons, les salauds et les profiteurs de tous poils n’ont pas de prise.

Toutes les politiques d’émancipation commencent par des actes politiques invraisemblables, aberrants. Toutes les politiques d’émancipation commencent par des hommes et des femmes qui veulent être libres. Ils ne savent pas encore comment faire mais ils le veulent et c’est largement suffisant pour commencer. (…) Toutes les politiques d’émancipation commencent par des hommes et des femmes qui disent : Aujourd’hui je fais autre chose. Ce monde, c’est plus possible. Cette société, j’en veux plus. C’est la puissance du refus initial qu’il faut retrouver en soi. Si notre refus est vraiment fort et notre création vraiment originale, le reste du monde sera obligé de s’adapter. (…)

Inventons une manière d’être qui soit merveilleuse, devenons un authentique Sans Roi et, autour de nous, tout changera, tout s’adaptera, tout s’améliorera. Cessons de pester sur les hommes politiques racistes, sexistes, policiers, capitalistes et militaires et ils le deviendrons un peu moins malgré eux ; parce qu’ils n’auront pas le choix. Ils seront obligés de s’adapter. Ne leur donnons pas le choix : soyons magnifiques.

Ne laissez pas l’hystérie des discours mortifères ou faussement bienveillants vous pourrir la vie. Faites comme moi, et comme bien d’autres : vivez lucides ; vivez en Poésie.

Louis.

PS : Merci à vous toutes et vous tous de nous avoir lus jusque là, portez-vous bien, et restez curieuses et curieux.