Avez-vous déjà lu… un récit écrit sur plaques commémoratives ?

Il en est, des supports à nos textes de fictions aussi originaux qu’insolites ! On pense par exemple à l’impressionnant manuscrit de On the road de Kerouac, rédigé sur un immense rouleau de 36,5 mètres ou encore au plus petit livre du monde — validé par le Guinness book des records : Le Caméléon de Tchekhov reproduit par le miniaturiste russe Anatoly Konenko dans un ouvrage de 0,9mm sur 0,9 mm. Dans un autre genre, il existe un livre de plus de 20 kg, la Dotta Mano, considéré comme le plus beau du monde et doté d’une couverture en marbre reproduisant La Vierge à l’escalier de Michelangelo. Mais avez-vous déjà entendu parlé d’un récit de fiction qui se déploie sur l’ensemble de notre bonne vieille planète Terre à travers une multitude de plaques commémoratives et de monuments historiques fictionnels ?

Ce projet artistique et narratif ambitieux se développe depuis 2003 de par le monde, avec aux commandes l’américain Eames Demetrios, « géopraphe-au-sens-large » qui, par le biais de plaques commémoratives et de monuments historiques « écrit » ou « fabrique » un long récit de fantasy dont chaque page se trouve dans un lieu différent. Le nom de l’œuvre narrative comme celui du projet artistique est Kcymaerxthaere, un terme venant de deux mots issus de la langue fictive de cognate : kcymaara , signifiant « la vraie matérialité de notre planète », et xthaere, « qui est une forme ayant quasiment une infinité de dimension — une infinité moins 29, pour être précis ». Car Kcymaerxthaere, c’est aussi le nom du monde de l’œuvre de fiction décrite sur les plaques, un univers alternatif qui coexiste avec le nôtre, avec ses propres histoires, ses propres règles, et même ses propres lois physiques !

Monument de Kcymaerxthaere en Islande

La première plaque a été installée à Athens, en Georgie, aux États-Unis, le 31 juillet 2003. La dernière, intitulée Où la douceur commença, se situe dans la cour d’une belle église de la ville de Prazeres sur l’île de Madère, au Portugal. Pour l’instant, 142,5 installations ont été construites dans 30 pays (la demi-installation fait référence à celle prévue sur la Lune, rien que ça !) Parmi toutes ces installations, on peut trouver par exemple une plaque sous-marine en Écosse, à 30 mètres de profondeur, mais aussi un plaque en plein désert du Nouveau-Mexique. Aux alentours de la France, on en trouve dans la commune de Comillas, en Espagne, à Sankt-Alban-Rheinweg en Suisse et aussi à Londres.

Plaque sous-marine au moment de son installation au large de l’Écosse, le 21 février 2016
Monument dans le désert du Nouveau-Mexique

Les textes gravés sur les plaques — habituellement sur du bronze, du béton ou de la pierre — sont écrits en anglais et, dans les pays non-anglophones où ils sont installés, dans la langue du pays. On trouve donc un texte de Kcymaerxthaere rédigé en anglais et en français à Montréal, au Québec, à la Société des arts technologiques. Il s’intitule Cosmologies intimes :

Comme on le savait bien à l’époque de Kcymaerxthaere, gwome est un mot aparenté qui signifie « empreinte de la nation ». Et bien que la plupart soient assez unifiés d’un point de vue géographique — ou restent au sein d’un ensemble cohérent de jemvelac (les qualités de l’existence telles que le Temps, l’Espace ou ferylemt), d’autres gwomes sont plutôt comme des archipels de communautés dispersés parmi les mondes. Ce lieu était jadis un escarpement très haut dans un tel pays, celui des Wendaentz, dont le nom veut dire dans leur propre langue : « ceux qui savent anticiper qu’ils auront plus d’un amour véritable ». Ici, chaque fois que les gens tombaient amoureux, un nouvel univers naissait littéralement, juste pour eux. Chaque citoyen habitait typiquement plusieurs de ces cosmologies en même temps. Pour les Wendaentz, il n’est pas nécessaire que l’infidélité existe — seulement des univers, parallèles mais distincts, des moments durables ou des vies entières — tant que la passion et le désir demeurent authentiques et soutiennent chaque cœur.

Les gwomes voisins y voyaient généralement une liberté sauvage, mais ces élans du cœur n’étaient pas dépourvus de responsabilités ou de risques. Lorsque la fin venait, chaque individu avait le devoir, parfois impossible, de libérer cet univers sans irritation, de laisser ses frontières et ses horizons se dissoudre lentement, avec tendresse dans leurs successeurs, pour empêcher qu’il ne devienne une malveillance, envoûtante et toxique. En fait, beaucoup de communautés Wendaentz, comme ici, créaient des marchés quasi-légaux où les univers (et même les dimensions) endommagés ou indésirables étaient vendus ou recyclés, parfois avec des conséquences néfastes. De façon tristement célèbre, et près de ce lieu, une faction sans scrupule du clan Meliflua alla même jusqu’à échanger l‘amour endommagé contre une justice facile ; elle ne revit plus jamais ni l’un ni l’autre. Dans sa jeunesse, la remarquable Iralette avait vu cela d’ici et en avait bien gardé ces leçons— même avec son cher, et hésitant, Ventreven.

Pour l’auteur de cet œuvre, l’important est tout autant ce qui est écrit que l’endroit où le lecteur et la lectrice font l’expérience de cette lecture. L’un des principes du projet est de créer une expérience narrative au cours de laquelle le lecteur et la lectrice peuvent visiter quelque chose qui n’existe pas de manière tangible, une forme insolite de tourisme fictionnel, en somme ! Il en résulte une œuvre connectée et « connectante » dans la mesure où elle permet un lien entre les gens, les lieux, le réel et l’imaginaire. Elle tient aussi de la sérendipité en raison de la multiplicité des endroits qu’elle relie, pour le plus grand bonheur de ses nombreux admirateurs et ses nombreuses admiratrices ! Mais surtout, il émane de ce projet une belle poésie, entre universalité et singularité, où la littérature et l »imagination se révèlent sans limites…

Plaque à Taïwan

… Maintenant, oui !

Pour en savoir plus sur Kcymaerxthaere, rendez-vous sur le site consacré !

Anne et Louis

1 commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s