Avez-vous déjà lu… une contrainte artistique ?

Des contraintes littéraires, nous vous en parlons depuis la création de ce blog à travers nos nombreux articles sur les oulipien·ne·s et autres bidouilleur·euse·s de mots que l’OuLiPo appellent les « oulipien·ne·s par anticipation » : des palindromes aux vers holorimes, en passant par les lipogrammes ou encore les tautogrammes, la contrainte littéraire s’est faite depuis des siècles le chantre d’une littérature expérimentale, ludique et créative. Tant et si bien qu’elle s’étend à des champs plus vastes que la littérature et devient un moteur de créativité dans des domaines annexes, notamment la bande dessinée. Dans la bande dessinée, la contrainte littéraire se fait contrainte artistique, alliant à la fois texte et visuel, jouant sur la composition des planches et les formes graphiques.

Crée en 1992, l’OuBaPo — l’Ouvroir de bande dessinée potentielle — est un comité de bande dessinée sous contrainte artistique volontaire qui s’inscrit dans la lignée de l’OuLiPo, placé sous l’égide de la maison d’édition L’Association. 6 Oupus ont déjà été publiés, ainsi que des œuvres non-collectives des membres et des sympathisants de l’OuBaPo. Ses membres actuels sont Ibn Al Rabin, François Ayroles, Alex Baladi, Anne Baraou, Gilles Ciment, Jochen Gerner, Thierry Groensteen, Patrice Killoffer, Andréas Kündig Étienne Lécroart, Matt Madden, Jean-Christophe Menu et Lewis Trondheim. Comme pour l’OuLiPo, la démarche de l’OuBaPo va bien évidemment au-delà de l’aspect ludique et divertissant de la contrainte qui, au contraire, devient révélatrice de l’essence-même de la BD qui s’inscrit au-delà de la simple représentation, sans hiérarchiser textes ni dessins qui dépendent l’un de l’autre pour produire ensemble un discours.

On trouve plusieurs types de contraintes formelles, qui ont été initialement classées dans le premier Oupus par Thierry Groensteen dans Un premier bouquet de contraintes. L’oubapien y distingue les contraintes génératrices — qui interviennent dans le processus même de création — des contraintes transformatrices — qui interviennent sur un travail déjà préexistant.

Quelques exemples de contraintes artistiques génératrices

Une itération iconique consiste à raconter une histoire en utilisant pour chaque case le même dessin et en changeant seulement le texte.
Voici une itération iconique par Étienne Lécroart, extraite du deuxième Oupus.

Inversement, une itération textuelle consiste à raconter une histoire en utilisant pour chaque case le même texte et en changeant seulement le dessin.
Voici par exemple une itération textuelle partielle d’Andréas Kündig, extrait du sixième Oupus.

 

Très connu, le pliage permet à une BD de contenir deux histoires en une planche, sans et avec pliage.
Par exemple, le pliage ci-dessous de François Ayroles, extrait du troisième Oupus, permet deux lectures : l’histoire d’une femme en surmenage qui décide de tout plaquer pour partir au soleil et l’histoire d’une femme qui a un accident de voiture.

Tout comme la contrainte littéraire, la contrainte artistique du palindrome consiste à raconter une histoire qui se lit dans le sens traditionnel de lecture, c’est à dire de gauche à droite, mais qui se lit aussi dans l’autre sans, de droite à gauche.
Voici un palindrome par Étienne Lécroart, extrait du troisième Oupus.

La plurilecturabilité consiste quant à elle à raconter plusieurs histoires dans une même planche en jouant sur les sens de lecture.
Par exemple, Quatre-vingt- quinze d’Étienne Lécroart génère 95 strips de 4 cases : à chaque symbole fléché la lecture peut se poursuivre horizontalement ou en bifurquant obliquement. Cette planche est un peu l’humble équivalent en bande dessinée des Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau.

Quelques exemples de contraintes artistiques génératrices

Une hybridation consiste à raconter une histoire en empruntant des cases à d’autres bandes dessinées.
Par exemple, voici une hybridation entre Placid et Muzo font du judo de Nicolaou et les Premiers dialogues de Platon, par François Ayroles, extrait du premier Oupus.

Une réduction consiste à supprimer des cases d’une histoire existante.
Par exemple, voici une réduction en une seule planche des Cigares du pharaon d’Hergé par Gilles Ciment, extrait du premier Oupus.

 

Au-delà du Premier bouquet de contraintes oubapiennes, on trouve quantité de contraintes artistiques dans la bande dessinée, les oubapien·ne·s ne manquant pas de créativité pour en inventer de nouvelles, pour notre plus grand plaisir !
Notons à ce propos l’hommage de Matt Maden à Raymond Queneau et ses Exercices de style, qui a également décliné, à la manière du fondateur de l’OuLiPo, une même histoire racontée de 99 fois, selon 99 contraintes, jouant sur les points de vue et les prises de vue, les styles et les genres graphiques, la composition de la planche, le nombre de cases, le ton, etc. Voici les 3 premières planches de 99 exercices de style :

… Maintenant, oui !

Anne

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