Nos meilleurs psychopathes de la littérature

Pour la troisième année, nous vous proposons un billet sur la littérature horrifique pour célébrer Halloween ! Si l’année dernière, nous nous sommes intéressés à la figure du fantôme, cette année, nous nous orientons vers une littérature non plus fantastique mais tristement réaliste, car elle met en valeur non pas une créature issue de notre imaginaire collectif, mais un monstre créé par non sociétés viciées : le psychopathe ! Voici donc un petit panorama, non-exhaustif évidemment, des psychopathes de la littérature, suivi du top 5 de nos meilleurs fous-furieux…

Don Quichotte se battant contre des moulins qu’il prend pour des géants, illustré par Gustave Doré

La folie, ce grand thème qui traverse la littérature ! On trouve effectivement de nombreux fous dans notre culture, depuis l’Antiquité, avec les mythes narrant des accès de démence comme la folie d’Héraclès qui jette tous ses enfants au feu, à nos polars contemporains mettant à l’honneur les psycho-killers, en passant par les romans de chevalerie avec par exemple le fameux épisode de la folie d’Yvain qui, perdant la raison, s’en va vivre nu dans les bois, par Don Quichotte qui se fantasme chevalier dans une Espagne moderne, ou par des représentations plus romantiques, avec notamment les textes de Nerval qui s’abandonne à sa propre la folie, ou encore avec les nombreux personnages rendus fous de mélancolie que dépeint Allan Edgar Poe dans ses nouvelles. La folie est dépeinte sous toutes ses coutures, du simple d’esprit au dément, mais l’avènement de la psychiatrie, qui considère la folie sous un aspect médical à partir du XIXe siècle, permet des représentations plus précises et aussi plus inquiétantes, car elle relève d’une inadaptation à vivre dans nos sociétés. En effet, la psychose se définit comme une « pathologie mentale grave dont le malade ne reconnait pas le caractère morbide ». Le psychopathe ignore donc son état pathologique et se caractérise par un comportement antisocial, une absence de remords et d’empathie, ainsi qu’une volonté de porter atteinte à l’intégrité physique et psychique d’autrui. Et des tarés de cet acabit, la littérature moderne en regorge !

Vue d’artiste d’une attaque de Jack l’éventreur parue dans un numéro de la Police Gazette, en 1888.

Parmi les psychopathes de la littérature, la figure qui nous paraît la plus caractéristique est celle du serial-killer. On trouve en effet de célèbres et terrifiants noms de l’Histoire dans de nombreuses fictions, à commencer par l’effroyable Jack l’éventreur, surnom donné à l’assassin coupable d’une série de meurtres sur des femmes, dans le district londonien de Whitechapel, en 1888. Assassin notoire qui, dans la mesure où son identité n’a jamais été découverte, s’est élevé au rang de mythe moderne, Jack l’éventreur peuple de nombres récits, romans et nouvelles pour la plupart, dont les auteurs y vont de leurs interprétations : Jack l’Éventreur serait un boucher qui se cache parmi les juifs de l’East End londonien selon Margaret Harkness (In Darkest London), un illuminé sacrifiant des femmes pour assurer son immortalité selon Robert Bloch (Yours Truly, Jack the Ripper), un des ennemis jurés de Sherlock Holmes dans de nombreux récits pastiches de Conan Doyle, etc. D’autres serial-killers ont aussi influencé des écrivains, comme l’allemand Peter Kürten, alias le « Vampire de Düsseldorf » qui inspira Fritz Lang pour le film M le maudit, et plus modestement les auteurs Marcel Schneider et Philippe Brunet. On peut aussi trouver de nombreux ouvrages de non-fiction relatant des crimes réels de serial-killers, tel que Helter Skelter écrit par Vincent Bugliosi, le procureur qui a instruit l’affaire « Charles Manson ».

Mais la figure du serial-killer n’a pas toujours besoin d’un modèle historique pour inspirer nos auteurs, et l’on retrouve quantité de tueurs en série fictifs notoires. Parmi les plus célèbres, il est impossible d’omettre le terrible Hannibal Lecter, personnage créé par Thomas Harris pour sa célèbre tétralogie – composé de Dragon Rouge, Le Silence des agneaux, Hannibal et Hannibal Lecter : Les Origines du mal – et magistralement incarné au cinéma par Anthony Hopkins (en une) ! Psychopathe dandy, il tue et cuisine de manière gastronomique ses victimes, ce qui lui vaut le surnom de « Hannibal le Cannibale ».

Représentation du Joker extraite de The Killing Joke de Alan Moore et Brian Bolland

Autre dandy dégénéré, le super-vilain Joker, ennemi juré de Batman dans le comics créé par Bob Kane et Bill Finger, est reconnu comme l’un des plus grands méchants de l’histoire de la bande dessinée et pour cause ! Psychopathe surdoué et sadique, il met en œuvre de nombreux crimes dans des mises en scène alliant farce et horreur de manière particulièrement créative ! Les comics regorgent d’ailleurs de super-vilains psychopathes notoires, mais le Joker est assurément le plus emblématique ! Dans une veine plus fantastique, le fameux manga le Death Note de Tsugumi Ōba et Takeshi Obata met en scène un jeune lycéen surdoué, révolté par les crimes du monde dans lequel il vit, qui va tenter de le purger de ses criminels grâce au cahier d’un dieu de la mort : en y inscrivant un nom, celui qui le porte meurt systématiquement. Le jeune homme se fantasme alors justicier et, sous le surnom de Kira, devient le plus grand serial-killer de criminels. Ce manga met en valeur ici un renversement des valeurs, le héros devenant malfaisant en souhaitant faire le bien. Le bien et le mal est aussi le sujet du roman fantastique de Robert Louis Stevenson, L’Étrange Cas du Docteur Jekyll et de M. Hyde, qui raconte l’histoire d’un docteur qui met au point une drogue lui permettant de séparer sa personnalité bénéfique de celle maléfique qui prendra d’ailleurs le dessus. Ainsi, le Dr Jekyll se transforme en l’abominable criminel M. Hyde, coupable de nombreux forfaits. La figure du serial-killer inspire ainsi de nombreux genres littéraires et se décline selon de nombreuses fantaisies, la folie meurtrière étant finalement un thème très ouvert !

 

Parmi les serial-killers marquants, la bande de psychopathes traitée dans Les Racines du Mal de Maurice G. Dantec se pose là ! En effet, l’auteur commence son polar en racontant dans les moindres détails la folie meurtrière d’Andreas Schaltzmann, dit « le vampire de Vitry », un personnage inspiré par le tueur en série américain Richard Chase, aussi appelé « le vampire de Sacramento », qui souffrait de sociopathie et de délires hallucinatoires : il pensait que quelqu’un lui avait volé ses artères pulmonaires, qu’il devait dévorer cru et boire le sang de divers animaux, puis d’humains, pour éviter que son cœur ne s’atrophie, et qu’il était la victime d’ovnis et de nazis… Dantec reprend les traits principaux de Chase pour son personnage ouvrant son roman, avant de développer la véritable intrigue du livre, qui cristallise les peurs les plus vives de Schaltzmann, puisqu’il sera effectivement victime d’un complot : non seulement quelqu’un d’autre essaie en effet de le rendre coupable de crimes qu’il n’a pas commis, mais ces crimes, commis à grande échelle, semblent être l’œuvre d’un groupe de psychopathes fascinés par le nazisme… Les nazis sont d’ailleurs une source d’inspiration indéniable pour nos psychopathes fictifs. On pense notamment au jeune Todd Bowden, personnage principal de la nouvelle de Stephen King L’élève doué, qui va nouer une relation malsaine et complice avec un ancien SS. La psychopathie chez les enfants est un thème récurrent dans l’œuvre du maître de l’horreur : on pense notamment au sociopathe Patrick Hockstetter qui, dans Ça, s’amuse à martyriser de petits animaux, ou encore aux terrifiants Enfants du Maïs qui exterminent les adultes.

Monique Mélinand incarnant Solange dans Les Bonnes de Jean Genet dans sa première mise en scène par Louis Jouvet. Paris, théâtre de l’Athénée, avril 1947.

Si les enfants atteints de psychose sont rarement représentés dans la littérature, les femmes le sont encore moins. En effet, l’imaginaire collectif associe souvent l’image du psychopathe sanguinaire à celui d’un homme adulte. Cet imaginaire vient des statistiques concernant les profils de serial-killers : les femmes ne représenteraient que 5 et 10 % de ces meurtriers. À notre connaissance, la proportion de psychopathes féminines dans la littérature est encore plus basse ! En effet, la femme tue principalement pour deux raisons dans la littérature : elle tue passionnellement, comme La Mère Sauvage de Maupassant ou la terrible Médée (la mythologie gréco-latine regorge d’ailleurs de femmes vengeresses), ou pour se libérer, comme Thérèse Desqueyroux de François Mauriac. On relève cependant des femmes qui, si elles ne sont pas précisément psychopathes, sont particulièrement cruelles, froides et manipulatrices. C’est par exemple le cas de la terrible Marquise de Merteuil des Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos, femme sadique et sans remords qui se joue de la rigidité des conventions de son époque, ce qui en fait un personnage ambigüe et tout à fait fascinant, car elle est absolument libre. On peut aussi citer Folcoche, l’épouvantable mère de Vipère au poing d’Hervé Bazin qui maltraite violemment ses enfants, ou encore l’empoisonneuse Milady de Winter des Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas, archétype de la femme fatale dénuée de scrupules et prête à tout pour parvenir à ses fins. Néanmoins, on est ici loin des représentations sanguinaires et glaciales des psychopathes. Dans cette optique, on pourrait citer la pièce de théâtre Les Bonnes de Jean Genet, inspirée de l’affaire des sœurs Papin et mettant en scène deux bonnes, Claire et Solange, s’entrainant mutuellement dans une folle spirale meurtrière. Néanmoins, il semble que les meurtrières de la littérature ont toujours un mobile, un raison d’agir criminellement, et s’éloignent ainsi de la figure « folklorique » du psychopathe.

Malcolm McDowell incarnant Alex Delarge dans l’adaptation cinématographique de L’Orange mécanique par Stanley Kubrick.

La caractéristique majeure du psychopathe, en littérature comme dans la réalité, est son caractère antisocial, c’est-à-dire sa tendance à ne pas tenir plus compte des sentiments et des droits d’autrui que des normes sociales. Ce genre de personnage est souvent utilisé par les écrivains pour parler des dérives de nos sociétés, qui accueillent particulièrement bien ces individus sans scrupules, prêts à tout pour parvenir à leurs fins. Ainsi, le personnage Bel-Ami du roman éponyme de Maupassant, s’il ne tue personne durant le récit, il se montre toutefois sans pitié envers ceux qui ont le malheur de croiser son chemin. Lors de la description de son personnage, au tout début du livre, l’auteur mentionne cependant les exactions précédentes qu’il a commises durant son service militaire en Afrique du Nord, tuant des Arabes et pillant leurs biens avec une cruauté sadique. Tout au long du roman, l’auteur mentionne d’ailleurs une intrigue politique révélant le pillage des colonies françaises, Bel-Ami n’étant finalement que le miroir de sa propre société. On retrouve ce genre de personnages violents et sans scrupules et qui parviennent à se trouver une place très confortable dans la société dans de nombreux romans réalistes, depuis Balzac avec Jean-Frédéric Taillefer (L’Auberge rouge, La Peau de Chagrin, La Maison Nucingen, Splendeurs et Misères des courtisanes) jusqu’à des œuvres plus modernes telles que L’Orange Mécanique d’Anthony Burgess, racontant les aventures sordides d’Alex DeLarge et de sa bande de criminels, évoluant dans un monde lui aussi sordide et criminel…

Top 5 de nos meilleurs psychopathes de la littérature

5- Barbe-Bleue, d’après le conte éponyme de Charles Perrault

Barbe bleue par Gustave Doré

Commençons par l’évidence : les mythes et les contes regorgent de personnages malveillants, de parents qui abandonnent leurs enfants dans la forêt, d’ogres, de loups, de dieux et de sorciers qui n’attendent qu’une proie innocente pour assouvir leur fureur meurtrière… Pourtant, celui qui se rapproche le plus du psychopathe moderne, au point d’en être une figure quasiment moderne, est Barbe-Bleue.

On peut trouver plusieurs raisons à la fascination qu’il continue à exercer sur nous, à commencer par la couleur de sa barbe, qui est déjà un élément étrange, plaçant ce personnage dans un cadre inquiétant, ni tout à fait réaliste, ni tout à fait surnaturel… Il y a ensuite un objet qui change de statut : la clé que sa nouvelle femme ne doit utiliser sous aucun prétexte se révèle être magique, acquérant une valeur symbolique dans un récit au réalisme terrifiant. En ouvrant la porte interdite, sa femme découvre en effet les corps des précédentes épouses de son mari, et, terrifiée, laisse tomber la clé dans le sang, qui restera tachée à jamais : c’est donc la femme qui devient coupable à la place de son mari, et le lecteur, qui s’est identifiée à elle, devient, comme elle, coupable à son tour… Enfin, Barbe-Bleue, c’est aussi du suspense ! « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? » ne cesse de répéter l’infortunée épouse attendant un improbable secours extérieur alors que son mari, ayant découvert sa faute, la laisse sadiquement patienter un moment avant de l’égorger à son tour.

Barbe-Bleue, premier vrai psychopathe de l’histoire de la littérature ? En tous cas, pour nous, le père de tous…

4- Patrick Bateman, American Psycho de Bret Easton Ellis

Patrick Bateman est un Golden-boy, un riche new-yorkais travaillant dans la finance dont la préoccupation principale est son apparence : il est irréprochable dans le choix de ses costumes, sait quelle eau minérale ou quel cocktail il est de bon ton de commander dans les restaurants et les boîtes de nuit en vue, est capable de monologuer des heures sur le dernier gadget hi-tech ou sur un produit cosmétique, ne fréquente que des célébrités, et subit des crises de panique lorsqu’un collègue ringard s’est fait faire de plus belles cartes de visites que lui… Il est l’élite américaine, une nouvelle race de flambeur qui n’existe que par et pour le fric et la frime, il incarne une sorte de rêve américain complètement décomplexé, dégénéré et outrancier, celui des années Reagan, durant lesquelles le monde de la finance entamait une course folle avant de s’effondrer brutalement durant le « lundi noir » d’octobre 1987, pour repartir ensuite de plus belle vers d’autres bulles financières, d’autres krachs, et d’autres victimes laissées indifféremment sur le carreau…

Car Patrick Bateman est à l’image de la société de son temps : son apparence particulièrement lisse et bien mise cache en réalité une noirceur extrême… Dans son monde d’hommes, Bateman séquestre, viole, tue et torture des femmes, le roman suivant ses exactions dans un récit à la première personne, qui enchaîne de manière indifférente ses considérations sur la mode, sur ses discussions dans des endroits chics ou sur ses meurtres, le tout avec un luxe de détails tout à fait glaçant… Un tueur sans autres émotions que sa fureur et son souci du paraître, qui laisse derrière lui des victimes dont personne ne semble se soucier. A moins que, dans sa folie destructrice qui l’éloigne de plus en plus de la réalité, il n’ait imaginé ses crimes… Après tout, quelle société laisserait de tels comportements se produire sans réagir ?

3- Jack l’éventreur d’après From Hell d’Alan Moore et Eddie Campbell

Jack l’éventreur. Tout un mythe. La fascination unanimement partagée pour ce tueur de femmes (encore un !) sévissant dans Whitechapel, le quartier pauvre du Londres de la fin du XIXe siècle, se perçoit à travers la montagne d’œuvres, documentaires ou fictives, littéraires ou filmées, qui lui sont consacrées. Pourtant, il est un livre qui est la référence absolue sur le sujet : From Hell d’Alan Moore (au scénario) et d’Eddie Campbell (au dessin). À propos, évitez l’adaptation hollywoodienne qui en a été faite à l’écran, avec Johnny Depp : aucun (mais vraiment, aucun !) rapport avec le livre, si ce n’est le titre.

Mais, si le personnage est le même dans toutes les œuvres un tant soit peu sérieuses, pourquoi préférer une version particulière ? Justement parce qu’il n’est jamais tout à fait le même : à ce jour, Jack l’éventreur n’a toujours pas été identifié formellement, et son identité réelle reste inconnue ; il change donc d’identité à chaque récit qui lui est consacré… Nombreux sont ceux qui ont enquêté à son sujet, le mystère qui l’entoure encore aujourd’hui contribue à la fascination qu’il continue à exercer !

Or, il se trouve que la version de Jack qu’en ont fait Moore et Campbell est la référence en la matière, puisque From Hell, en plus d’être documenté avec une minutie confinant à la folie obsessionnelle, fait de Jack une synthèse de tout ce qui a pu être dit, écrit ou montré à ce jour, tout en y apportant un point de vue qui fait que le livre dépasse le simple objet documentaire pour créer un personnage mythologique, faisant la synthèse du monde victorien de la fin du XIXe siècle à travers des rituels occultes permettant d’accueillir le XXe siècle sous les plus funèbres auspices… Ajoutez à cela le dessin d’Eddie Campbell, qui mêle une noirceur charbonneuse et des hachures que l’on dirait faites au couteau de meurtrier, vous aurez un livre dense, brutal, et dont la folie assumée est contagieuse.

2- Annie Wilkes, Misery de Stephen King

Nous l’évoquions plus haut, les femmes psychopathes ne sont pas légion dans la littérature. Néanmoins, il en est une sur laquelle tout le monde tombera d’accord pour dire qu’elle est aussi effrayante qu’instable, aussi rusée que sadique, aussi violente que paranoïaque ! Il s’agit évidemment d’Annie Wilkes, la terrible héroïne de Misery de Stephen King – difficile de faire un top d’Halloween sans le mentionner – qui est incarnée sur grand écran par la formidable Kathy Bates. Annie Wilkes est une infirmière à la retraite, vivant seule dans une petite ferme isolée du Colorado. Elle est pieuse, d’apparence gaie et lit des romans à l’eau de rose. Elle a plusieurs animaux, dont une truie qu’elle appelle Misery, en hommage à Misery Chastain, l’héroïne romantique de la série romanesque à succès de Paul Sheldon. Mais sous cette apparente et inoffensive banalité, se cache une psychopathe ultra-violente qui va faire de la vie de son écrivain favori un véritable enfer.

Paul Sheldon, auteur à succès de romans d’amour, souhaite produire une littérature plus gratifiante et décide de mettre fin à sa série à succès en tuant son personnage principal, Misery Chastain. Parti au Colarado pour écrire un nouveau roman, il rentre une fois sa tâche achevée, mais sa voiture est prise dans une tempête de neige et accidentée. Les jambes cassées, Paul sera recueilli par sa plus grande admiratrice, Annie Wilkes, qui l’amènera chez elle pour le soigner. Peu à peu, Paul va se rendre compte qu’il est aux prises d’Annie qui découvrira, furieuse, le destin que l’écrivain réserve à son héroïne préférée. Elle le séquestrera alors, le forçant à écrire un nouvel épisode des aventures de Misery Chastain, lui infligeant des tortures et maltraitances en tous genres, de la privation de nourriture à de spectaculaires mutilations ! Une bonne psychopathe sanguinaire et frappadingue comme on les aime !

1- Polza Mancini, Blast de Manu Larcenet

2009. Alors que nous suivions depuis quelque temps déjà le travail de Manu Larcenet, qui était tour à tour drôle, émouvant, grinçant, subversif, poétique, punk ou grand public, l’auteur lança un gros pavé dans la mare, après lequel rien ne serait plus tout à fait comme avant : le premier tome de Blast, joliment intitulé Grasse Carcasse, était paru. Suivront ensuite 3 autres tomes : L’Apocalypse selon Saint Jacky, La Tête la première, et Pourvu que les bouddhistes se trompent. En tout, 800 pages de poésie et de violence crue, de silences et de hurlements, d’une histoire qui ne peut laisser aucun lecteur indifférent.

Tout commence par l’arrestation d’un gros bonhomme, d’apparence placide et affublé d’un nom étrange : Polza Mancini. Cependant, les policiers qui doivent l’auditionner nous avertissent : Polza est instable, et non seulement il a laissé derrière lui une victime, une dénommée Claire Oudinot, qui meurt de ses blessures durant son audition, mais on apprend aussi que les policiers le recherchent depuis longtemps. Pour quelle raison exactement ? Pardon pour le spoil, mais vous vous doutez bien de la teneur de la suite, puisque nous avons placé Polza en tête de nos psychopathes préférés… Toutefois, il faudra attendre la fin du dernier tome pour avoir la version de la police, car Blast, c’est avant tout le récit de Polza, qui décide de raconter son histoire, en prenant son temps, en s’attardant sur des détails d’apparence insignifiante, en mentant aussi de temps en temps, ses mensonges révélant aussi une part importante de sa personnalité.

Blast, c’est donc le récit d’un écorché vif qui se clochardise, qui, du jour au lendemain, laisse tomber sa vie de civilisé pour aller vagabonder dans les forêts, les friches industrielles et les maisons vides, recherchant sans cesse ce qu’il nomme « le blast ».

Le blast désigne en anglais « l’effet de souffle produit par une explosion, et qui peut endommager les organes internes de quelqu’un », et c’est aussi une technique de batterie utilisée dans les musiques extrêmes pour provoquer un effet de mur de son, d’explosion sonore. Marchant en silence dans la nature, se gavant d’alcool et d’à peu près tout ce qui peut altérer sa conscience, Polza est à la recherche de ce qu’il nomme « le blast », et qui est pour lui un moment de détachement de soi, un passage vers un monde étrange de plénitude et de légèreté, un moment mystique au sein duquel surgit, fascinante et effrayante, la figure insondable d’un Moaï, une de ces statues de l’île de Pâques. Visuellement, les « blasts » sont des moments forts dans ces livres, puisqu’ils mélangent le dessin sombre de Manu Larcenet avec ceux, naïfs et colorés, de ses enfants, qui viennent s’imposer en surimpression.

Blast, c’est 800 pages de cases de BD qui sont comme autant de tableaux que l’on peut contempler longtemps pour s’imprégner de leur beauté. Blast, c’est aussi la quête destructrice et sauvage d’un homme qui, rejeté de la société, la rejette à son tour. Mais, le Blast, c’est aussi l’effet de souffle produit par la lecture de cette œuvre, et qui endommagera définitivement les organes internes de ses lecteurs.

On se quitte ici, en proie à une folie qui nous domine… N’hésitez pas à nous parler dans les commentaires de vos psychopathes préférés de la littérature. Et à tous, nous vous souhaitons un effroyable Halloween !

Anne et Louis

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8 réflexions sur “Nos meilleurs psychopathes de la littérature

    • Oui, effectivement, certains psychopathes savent se montrer très créatifs ! On n’avait pas pensé au fantôme de l’opéra, mais il aurait tout à fait eu sa place dans l’article. Merci pour ton commentaire.

      J'aime

  1. Super article ! Je ne lis plus beaucoup d’histoires de psychopathes, mais j’ai adoré De sang froid de Truman Capote. On pouvait penser aussi à L’adversaire d’Emmanuel Carrère. Ces deux romans s’appuient sur des faits divers monstrueux. Du côté de la fiction, j’avais aussi beaucoup apprécié Le Parfum de Suskind, original et très bien écrit. Plus récemment, on peut penser à Cannibales de Régis Jauffret (cannibalisme fantasmé). En tout cas, votre billet donne plein d’idées…horribles ! Happy Halloween !

    Aimé par 1 personne

    • Je n’avais pas pensé à De sang froid : effectivement, le profil psychiatrique, fort complexe, des assassins est donné à la fin du livre. Truman Capote tend tellement à les humaniser pendant l’ensemble du texte qu’il est difficile de ne les considérer que comme des psychopathes, ce qu’ils sont assurément. Truman Capote aborde vraiment la question avec une approche très moderne. Ce livre est un vrai chef d’œuvre, merci de l’avoir mentionné. Et merci également pour les autres références 🙂 Joyeux Halloween !

      Aimé par 1 personne

  2. Pingback: leventdanslespages

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