Wajdi Mouawad : Le Sang des promesses (Littoral, Incendies, Forêts, Ciels)

En général, le théâtre m’intéresse assez peu, lorsqu’il ne m’ennuie pas profondément, mais lorsque, par hasard, j’ai découvert la pièce Incendies, j’ai été tellement frappé par la force d’évocation de son écriture que j’ai tout de suite voulu lire les 3 autres volumes de cette tétralogie, Le Sang des promesses. C’est avec ce sentiment incomparable de plaisir mêlé au vertige que j’ai découvert un auteur dont j’ai su d’emblée qu’il marquera durablement ma vie de lecteur… Ce billet est donc l’occasion de faire une retour sur cette œuvre, avec laquelle Wajdi Mouawad s’impose comme l’un des dramaturges majeurs de ce début de siècle.

Wajdi Mouawad

Disons-le d’emblée : il faut lire – ou mieux, voir – les 4 pièces du Sang des promesses, qui sont, dans l’ordre de création, Littoral (1999), Incendies (2003), Forêts (2006) et Ciels (2009). Les 4 histoires de ces pièces sont indépendantes entre elles, mais elles se rejoignent sur l’essentiel, pour former un tout cohérent et particulièrement frappant.

Alchimie de la mise en scène

Qu’est-ce que Le Sang des promesses ? Il s’agit d’un des thèmes communs à ces 4 pièces. La « promesse » est liée au « sang », ce qui peut avoir plusieurs sens : le « sang des promesses » désigne à la fois la cruauté (dans son sens étymologique, « qui fait couler le sang ») de paroles données et peut-être non tenues, mais aussi, si l’on considère le sang non plus dans son rapport morbide, ce qui fait vivre ces promesses, perpétuant aussi leur possible cruauté.  C’est une tension entre la vie et la mort, entre des promesses tenues ou trahies : nous sommes bien dans l’univers de la tragédie…

« Quand on regarde Littoral, Incendies, Forêts, et peut-être un peu Ciels, un peu moins, mais quand même, on peut facilement se dire « Ah, c’est un spectacle sur la question des origines, c’est un spectacle sur la guerre du Liban, etc. » alors que ce n’est que la surface des choses, et j’avais envie par ce titre d’envoyer le regard des gens sur autre chose, de plus intime, de plus invisible : c’est que dans chacune de ces pièces, et je m’en suis rendu compte moi-même que plus tard, il y a toujours quelqu’un qui promet quelque chose à quelqu’un d’autre, et il ne tient pas ses promesses.Et de cette promesse non tenue, découle des tragédies, découle des peines, des chagrins immenses. Qu’est-ce que c’est de dire à quelqu’un de dire « Je te promets que » et puis, ne pas être en mesure de tenir cette promesse ? Qu’est-ce que c’est que de se faire promettre quelque chose et qu’on se sente trahi, comment on se relève après ça ? Et ce que j’essaie de dire, de raconter, plus, à travers ces spectacles, c’est un peu cet équilibre impossible dans lequel on essaie de se mettre entre le collectif et le privé, entre le personnel et l’intime et l’Histoire et le grand mouvement du monde, comment on fait pour être à la fois heureux personnellement et malheureux collectivement, comment on fait pour à la fois faire partie d’une communauté, mais à la fois libre dans sa propre histoire. »
Wajdi Mouawad.

Les 4 titres du Sang des promesses évoquent chacun un espace et un élément différent, qui se retrouvent dans ces récits de manière à la fois littérale et métaphorique, pour constituer un ensemble qui fonctionne particulièrement bien : l’eau (Littoral), le feu (Incendies), la terre (Forêts), et l’air (Ciels). Ces pièces, bien qu’indépendantes les unes des autres, sont pensées pour constituer un univers cohérent, grâce auquel l’auteur élabore une alchimie du verbe et de la mise en scène, aboutissant dans la dernière pièce à la création d’une poésie contemporaine, belle et terrible, dans un geste final de destruction et de création.

Des tragédies modernes…

Les exemples sont malheureusement quotidiens : la tragédie est une forme pertinente pour évoquer l’état du monde contemporain, mais ce genre littéraire, très codifié, et pour tout dire, quelque peu désuet, se fond difficilement dans nos habitudes de narration actuelles : le tour de force de Wajdi Mouawad est d’avoir modernisé la tragédie tout en s’appuyant fortement sur ses origines antiques, au point d’en faire des œuvres qui évoquent particulièrement bien l’air du temps.

Petit tour d’horizon des particularités de ces pièces :

À l’exception de Ciels, les pièces mélangent des temporalités différentes, parfois même à l’intérieur de certaines scènes : on assiste ainsi à des flashbacks permettant de faire revivre le passé des personnages, ou encore à des chevauchements de temporalités, certains épisodes se situant à des époques différentes étant joués en même temps, dans un exercice de style virtuose permettant de dévoiler des phrases, des souffrances, des échos qui traversent le temps et les générations. Une écriture très moderne, mais qui finalement fait référence aux malédictions qui frappaient des familles sur plusieurs générations dans les tragédies antiques…

qui mettent en scène des enquêtes…

Car les 3 premières pièces du Sang des promesses ont un enjeu commun : celui de dénouer une situation présente en menant une enquête nécessitant de remonter loin dans le passé pour comprendre quels traumatismes ont pu perdurer, aussi bien à cause de décisions personnelles qu’à cause de « l’Histoire avec sa grande hache » (Perec), qui broie les individus avec la fatalité inexorable du destin.

Il y a des vérités qui ne peuvent être dévoilées qu’à la condition d’être découvertes »
Incendies, Wajdi Mouawad.

Ainsi, l’ordre habituel des tragédies se trouve parfois inversé, puisque les personnages-enquêteurs vont découvrir, à la fin des pièces, ce qui a constitué l’élément tragique de leur histoire : si les pièces se terminent donc par un événement tragique, souvent celui-ci appartient en fait au passé, et les personnages, en dévoilant ces traumatismes jusque là enfouis, peuvent alors les dépasser et briser le cercle de la violence. Une catharsis moderne, en forme de résilience…

mais aussi du cinéma…

Le mélange des genres est aussi essentiel dans ces pièces : ainsi, si les références au théâtre antique, et particulièrement à la tragédie, abondent, l’auteur se sert également d’influences extérieures pour moderniser le genre. On y trouvera ainsi ainsi des références cinématographiques, par exemple grâce à l’utilisation des flashbacks déjà mentionnés, mais aussi à des fondus enchaînés (!), ou encore à des références filmiques plus ou moins directes. On pensera ainsi à certains films de Kiarostami (pour la pièce Littoral, notamment), ou à des classiques du cinéma évoqués plus ou moins explicitement, tels que Le Voyeur, de Michael Powell, pour la scène de présentation du personnage de Nihad, dans Incendies.

Dans Le Voyeur, le personnage principal fixe une arme sur sa caméra, pour filmer les derniers instants de ses victimes. Si vous avez lu Incendies, vous savez de quoi je parle…

de la musique…

Ce même Nihad me permet de faire une transition vers d’autres références, puisque dans la scène où il apparaît la première fois, il se rêve dans une émission de télé-réalité, chantant « The Logical song » de Supertramp. Si les allusions à la télévision sont rares, les musiques – et plus particulièrement, le travail sur le son – ont une importance considérable dans les pièces puisque, si l’on trouve plusieurs personnages chanteurs (dont, bien sûr « la femme qui chante » d’Incendies), l’aspect sonore fait partie intégrante à la dramaturgie, appuyant certains passages de manière expressive, presque expressionniste.

document de travail de Wajdi Mouawad pour Incendies (la scène du bus…)

Cette recherche sonore atteint son apogée dans Ciels, dans laquelle certaines voix sont travaillées comme un matériau uniquement sonore, indépendamment de leur sens… Ainsi, je n’ai pu lire cette pièce sans avoir en tête en sorte de rêverie musicale, m’appuyant sur les didascalies, les bribes de dialogues s’apparentant à un brouhaha, et les voix synthétisées déclamant de la poésie, qui m’ont fait penser aussi bien au traitement des voix dans certains groupes de post-rock ou encore au glaçant « Fitter happier » de Radiohead…

des expérimentations littéraires…

Je parlais du travail sur la langue, qui est utilisée comme un matériau sonore : dans la scène 3 de Ciels, les enquêteurs captent plusieurs conversations téléphoniques en même temps, qui sont fragmentées, puisqu’on a accès à la voix d’un seul interlocuteur pour chaque discussion et puisqu’elles forment un entremêlement hétéroclite de conversations sur des sujets sans rapport les uns avec les autres. La didascalie initiale de cette scène précise d’ailleurs :

3. Rhizomes de vies invisibles
Interceptions de tranches de vie formant un labyrinthe sonores où des conversations indépendantes se croisent et s’entrecroisent.

Seule la version texte de Ciels permet de lire ces conversations indépendamment les unes des autres, grâce à un tableau dans lequel chaque conversation peut se lire verticalement.

Cette expérimentation textuelle a un précédent illustre, puisqu’elle emprunte la technique d’écriture du cut-up à William Burroughs (que nous avons évoqué ici), consistant à découper un texte de manière aléatoire et à le réorganiser en un texte nouveau. Cette technique est également mentionnée dans le classique Watchmen d’Allan Moore, à travers le personnage controversé de Veidt-Ozymandias, qui prend le pouls du monde en regardant plusieurs écrans de télévision en même temps, « avec un changement de chaîne aléatoire toutes les 100 secondes », ce qui produit un discours qui est censé faire la synthèse de l’air du temps tout en projetant ce qui pourrait constituer son avenir.

Un peu plus tard dans le livre, Veidt déclarera ceci :

Observation. La vision sur écrans fut anticipée par la technique cut-up de Burroughs. Il réorganisa mots et images pour qu’ils échappent à toute analyse et laissent filtrer des fragments subliminaux venus du futur. Monde exotique à venir, visible de sa propre périphérie. Pour les sens, ces informations simultanées sont l’équivalent cinétique d’un tableau abstrait ou impressionniste. Des points se juxtaposent, des significations jaillissent du chaos et retournent à l’incohérence. Objets transitoires, fugaces. À saisir dans l’instant. L’image de synthèse imprègne d’une futurité hallucinatoire les choses les plus banales. Les chaînes musicales diffusent de l’information condensée, offrant des choix personnels illimités… Ces points de référence posés, une vision du monde en émerge, qui se condense au contact de la neige des médias. Ce puzzle de demain s’agence pièce après pièce, certaines zones spécifiques étant bien sûr obscurcies par les impondérables. Toutefois, il est possible de définir à grands traits ce que sera ce futur. Possible d’imaginer son ambiance, sa psychologie probable. Étant donné l’accélération technologique massive prévue pour la fin du millénaire, cette mosaïque de cathodes laisse entrevoir le schéma d’une ère de merveilles et de possibilités nouvelles.
… Où tout ce qui est possible se réalisera… L’ère du virtuel devenue concret… Du miracle devenu quotidien…N.B., la méthode a un précurseur antérieur à Burroughs dans la tradition shamanique de divination par les entrailles éparpillées de chèvres. Peut-être conviendra-t-il d’étudier cela plus tard.

En résumé, cette expérimentation, qu’elle soit textuelle chez Burroughs, visuelle chez Moore, ou auditive chez Mouawad, renvoie à des pratiques shamaniques ancestrales ayant pour but de substituer au discours cohérent sur le monde une autre forme de discours, fragmentée, chaotique, hallucinée, mais aussi et surtout divinatoire, car dans Ciels, les personnages veulent déjouer un projet d’attentat, ils ont donc besoin de savoir ce qui se passe au moment présent, ce qui s’est passé avant et qui a pu mener certains à se lancer dans une entreprise criminelle, mais aussi et surtout, à anticiper – et donc prédire – l’avenir, avec leurs moyens techniques d’écoutes téléphoniques à grande échelle…

de la poésie…

Ce traitement du langage est aussi en lien avec un travail poétique tout à fait conséquent, puisque la poésie occupe une place de tout premier ordre dans Le Sang des promesses. Ainsi, dans Incendies, alors que le langage des personnages est généralement élaboré de manière très épurée, très simple, sans effets de style, ou au contraire avec de nombreuses familiarités voire des injures (surtout pour Jeanne et Simon), les lettres de Nawal, écrites en vers libres, très imagées et très touchantes, sont de très beaux moments de poésie.

Dans Forêts, c’est carrément l’élément déclencheur du récit de la pièce qui est de la poésie, car il s’agit d’un événement irrationnel, mais qui n’est pas traité sur le mode du fantastique : il est en fait une pure métaphore, qui trouve une incarnation – brutale – sur scène. Des extraits de poèmes de Robert Davreu sont aussi cités dans cette pièce.

Sans trop en dire, la poésie est également au centre de Ciels, autant du point de vue de l’écriture que de ce qu’elle implique dans notre rapport au monde…

de la peinture…

Ciels introduit un autre type de référence, puisque le tableau L’Annonciation du Tintoret est au cœur de l’intrigue, et il est mis en lien avec un projet d’attentats qu’essaie de contrecarrer une cellule d’écoutes et de cryptographie, qui est un écho à la NSA…

Un des tours de force de Ciels est de mêler culture classique et histoire contemporaine…

(…) Cette coïncidence détermine Valéry à faire un saut dans son interprétation du tableau et le convainc qu’il tient le fil qui lui permettra de défaire, peu à peu, toute l’énigme à laquelle nous faisons face. Il se met alors à regarder le tableau d’une toute autre manière, y percevant soudainement toute la violence qu’il contient. (…)
Ciels, scène 13.

Difficile d’en dire plus sans déflorer une partie de l’intrigue…

… ou encore notre histoire contemporaine.

Dernière référence, absolument essentielle : l’Histoire, et particulièrement les tragédies et les cycles de violence qu’elles provoquent. L’histoire d’Incendies, par exemple, prend sa source dans la guerre du Liban, car Wajdi Mouawad s’est inspiré de témoignages directs de cette guerre, dont Souha Bechara, une résistante qui a tenté d’assassiner le chef des milices chrétiennes du Sud-Liban, avant d’être incarcérée pendant 10 ans dans une prison clandestine…

L’auteur se sert donc d’un ancrage dans la réalité contemporaine, même si c’est pour s’en détacher par la suite et donner à cette guerre une valeur universelle (« C‘est la guerre. – Quelle guerre ? – Qui sait ? Personne ne comprend.« ).

Sans trop en dire ici, les guerres sont en centre de chacune des pièces, et ce thème trouve une conclusion dans Ciels, qui, une fois terminée, permet de relire les pièces précédentes sous un angle nouveau…

Résumé des pièces

Avant de procéder à un résumé des pièces (très rapide, je m’en voudrais de trop en dire tant le plaisir de la lecture repose sur le dévoilement et la découverte), je voulais juste terminer en disant que Wajdi Mouawad me paraît être un auteur incontournable, tant son œuvre est novatrice, intelligente, sensible, puissante, expressive et énigmatique : je ne saurais que trop vous recommander la lecture de ses pièces et, si vous en avez l’opportunité, allez voir l’une d’elles au théâtre. Je n’ai pas eu la chance d’assister à une représentation, mais leur simple lecture m’a provoqué des rêveries très intéressantes sur leurs possibilités de mise en scène.

Ces quatre pièces, je le disais, sont indépendantes les unes des autres, vous pouvez donc les lire dans l’ordre qui vous conviendra. Je vous conseillerais cependant, si vous n’êtes pas sûr de tout lire, de commencer par Incendies, qui me semble être la plus percutante, et la plus facile d’accès. Son adaptation au cinéma par Denis Villeneuve est assez décevante car, si la transposition est plutôt fidèle dans le propos, ce qui fait l’intérêt de la pièce (sa poésie et son expressivité notamment) est évacué par une mise en scène bien trop neutre. Enfin, je vous conseillerais fortement de terminer par Ciels, car elle fait la synthèse des trois pièces précédentes, tout en apportant une conclusion et un nouvel éclairage à l’ensemble.

Voici donc des résumés très rapides des pièces du Sang des promesses dans lesquels je vais essayer d’en dire le moins possible :

Littoral :

Un homme veut enterrer son père. Il est suivi par le fantôme de celui-ci, mais aussi par un chevalier en armure et une équipe de cinéma. Il rencontrera plusieurs personnages dans un pays en guerre, dont une femme qui transporte des annuaires. Derrière ce kamoulox géant se cache une très belle histoire.

Wajdi Mouawad, Littoral, éditions Actes Sud, collection Babel, 1999. 7.70€

Incendies :

Après la mort de leur mère, Jeanne et Simon, deux jumeaux, se retrouvent chez le notaire, qui leur remet deux lettres écrites par leur mère. L’une d’elle est à remettre à leur père, qu’ils croyaient mort depuis longtemps, et l’autre est à remettre à leur frère, dont ils ignoraient l’existence. Absolument bouleversant.

Wajdi Mouawad, Incendies, éditions Actes Sud, collection Babel, 1999. 7.70€

Forêts :

Une femme est prise de crises d’épilepsie qui la font délirer et vivre des événements d’un passé très lointain. Ces crises sont causées par un mal mystérieux, et sa fille, accompagnée d’un paléontologue, mène l’enquête. Très déroutant et très émouvant.

Wajdi Mouawad, Forêts, éditions Actes Sud, collection Babel, 1999. 7.70€

Ciels :

Une cellule antiterroriste se sert d’un système d’écoutes téléphoniques à grande échelle pour déjouer un mystérieux projet d’attentats. Alors que l’un de ses membres semblait sur le point d’empêcher cet attentat, il se suicide, laissant des messages cryptés. Il y sera aussi question de poésie, de mathématiques et d’un tableau du Tintoret… Une pièce à la fois un peu à part et pourtant essentielle à l’ensemble.

Wajdi Mouawad, Ciels, éditions Actes Sud, collection Babel, 1999. 6.50€. Celui-là est moins cher que les autres, ne me demandez pas pourquoi…

Bonne lecture.

 

Louis.

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4 commentaires

    1. Oui, ces pièces sont d’une richesse incroyable, et je ne saurais que trop vous les conseiller. Pour ma part, je ne connais pas ses autres œuvres, mais dès que j’ai un peu de temps (ça risque d’être long avant que ça arrive), je m’y mets !

      Aimé par 1 personne

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