Têtes de Matthew Van Fleet

Je n’ai pas chroniqué de littérature jeunesse depuis maintenant longtemps, mais j’ai dernièrement eu un gros coup de cœur pour un album animé, riche et intelligent, une petite merveille à destination des tout-petits : il s’agit de Têtes de Matthew Van Fleet, édité en France depuis 2011 aux Éditions Gründ. Ce ravissant ouvrage propose à nos enfants une découverte des animaux du monde, à travers un vocabulaire riche, précis et adapté, mais aussi un humour malin et malicieux, pour la joie des petits lecteurs !

En librairie, j’ai d’abord été interpelée par le format de cet album, à l’italienne, mais surtout par son épaisseur et sa robustesse. Les pages sont en effet très épaisses et creuses, dans la mesure où elles recèlent des mécanismes de tirettes assez élaborés, conçus de toute évidence pour résister aux mains malhabiles et parfois vives de nos bambins. Il en résulte un véritable livre-objet, sinon un livre-jeu, dont la dimension ludique est tangible dès la couverture. En effet, d’abord interpelée par l’objet, j’ai été immédiatement séduite par les adorables graphismes de Matthew Van Fleet, à la fois naïfs, expressifs et dynamiques, mais aussi et surtout par l’animation proposée dès la couverture, animation permettant de découvrir le titre de l’ouvrage, ce qui est malin, accrocheur et attendrissant : avant d’ouvrir le livre, j’étais conquise et me dirigeai déjà vers la caisse !

À la maison, j’ai découvert que le livre est composé d’une série de tableaux mettant en scène pêle-mêle de nombreux animaux issus du monde entier et d’univers très différents : il ne s’agit pas ici de classer les animaux selon les sempiternels thèmes archi-éculés de la littérature jeunesse (la ferme, la savane, les petites bêtes, la mer, la forêt, etc.), mais selon leurs particularités physiologiques. Ainsi, chaque tableau développe la thématique des têtes, évidemment, déclinée sous différents aspects, avec les cous, les oreilles, les bouches, les langues, les nez et les regards. On découvre ainsi le « long cou » de la girafe (classique), mais aussi le « cou dentelé » du lézard (déjà plus original) ou encore le « cou poilu » de l’axolotl (carrément inédit en littérature jeunesse !). Il en va de même pour chaque thème : il s’agit d’amener intelligemment l’enfant vers des savoirs variés et précis, notamment en termes de culture générale, avec une belle galerie d’animaux rarement représentés tels que le tamarin, l’ornithorynque, le singe nasique, le fennec, ou encre le capybara.

De plus, cet album comprend plusieurs animations, comme les tirettes déjà évoquées, mais aussi des matières à toucher. Cette animation est un classique du genre, me direz-vous, mais si vous êtes exigeants sur la qualité sensorielle de ce type d’ouvrages, vous avez peut-être remarqué que les livres à toucher proposent souvent les mêmes matières et finalement, un panel de textures assez pauvre (doux, rêche, moelleux, lisse), et souvent, des impropriétés avec l’adjectif proposé pour décrire la sensation. Ici, le vocabulaire est simple mais très précis et propre, tout en étant adapté aux plus jeunes. Le trio de langues à toucher (la « langue douce » de l’ourse, la « langue râpeuse » de la femelle lynx et la « langue collante » du fourmilier) est vraiment bluffant au toucher !

De plus, les textures n’amènent pas forcément une qualification tactile : par exemple, le lama et le tamarin affublés respectivement des textures classique « moelleuse » et « touffu » sont décrites selon leur aspect visuel, « têtes frisées » et « têtes raides », ce qui est aussi sensible au toucher et qui permet donc d’investir plusieurs sens autour d’un seul élément. C’est astucieux et original.

Enfin, car une grande place est consacré aux illustrations, les graphismes sont très jolis et détaillés. Chaque double page est composée de manière dynamique, mettant en scène plusieurs animaux issus d’univers très différents. Les animaux sont représentés de manière sophistiquée, assez proche du réel si ce ne sont les « visages », avec des expressions très nettes. Ces illustrations très expressives permettent différentes touches d’humour, notamment au niveau des animations, comme par exemple l’hippopotame qui « se régale » en mangeant avec l’excès humoristique des cartoons,

ou l’éléphant qui éternue en « arrosant » une singe nasique délicat.

Ces mises en situations donnent à ces illustrations une vivacité certaine, une malice humoristique qui amusera les petits lecteurs tout en leur apprenant l’importance de la précision du vocabulaire et de la diversité des animaux. Une belle surprise attend les enfants en dernière page, avec une baleine qui apparaît avec éclat et poésie dans une dernière animation, un volet à soulever avec tous les animaux de l’album et leur nom, pour les parents qui, comme moi, pourraient buter sur le singe nasique et le capybara par exemple !

Au final, Têtes est un album bien pensé pour les enfants (et les parents !), avec des dessins naïfs sans être niais, dynamiques et amusants, permettant aux enfants de développer leur vocabulaire et leur culture intelligemment. Un très bel objet qui plaît déjà à ma petite frimousse de 2 mois et qui amuse beaucoup sa grande sœur de 3 ans.

Anne

Têtes, Matthew Van Fleet, adapté en français par Bénédicte Perceval, Éditions Gründ, 2011, 14.95€

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4 réflexions sur “Têtes de Matthew Van Fleet

    • C’est un très bel album pour découvrir les livres, et j’espère qu’il plaira à ton p’tit prince autant qu’à mes deux minettes ! Pour l’instant, ma petite frimousse craque pas mal sur les livres très contrastés, comme les Tana Hoban, mais surtout sur les David A. Carter (« Qui suis-je ? », un pop-up avec une petite pieuvre timide toute mignonne, et « Mandarine, la petite souris », un livre-caresse très stylisé qui joue aussi sur les textures et les contrastes) : ce sont aussi de beaux albums pour apprendre aux petits à aimer les livres et les sensibiliser aux arts plastiques : il n’est jamais trop tôt 😉

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  1. Merci beaucoup pour tes références de livres pour les petits lecteurs, je te fais une confiance absolue. D’ailleurs, j’ai relu ta chronique au sujet des Contes des Saisons et je souhaite aussi vivement le faire découvrir à mon fils.

    Aimé par 1 personne

    • Chaque enfant est différent, je te conseille ce qui marche bien sur mes puces car je me rends compte qu’elles n’ont pas toujours les mêmes goûts que moi et que les livres qu’elles aiment ne sont pas forcément ceux auxquels je me serais attendu : par exemple, je trouve les Bébé Balthazar de Hatier Jeunesse super bien pensés, mais pour l’instant, ma petite frimousse n’accroche pas du tout !
      Les Contes des saisons est un album effectivement magnifique, dans quelques années, ton bonhomme devrait craquer dessus : ma grande le sort de temps en temps, mais c’est encore un livre que nous consultons ensemble car il suscite beaucoup de « pourquoi »; de « comment » et de « est-ce que » 😀

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