Avez-vous déjà lu… l’auteur qui inspira le bestiaire de Donjons et Dragons ?

Est-ce qu’il est encore besoin de présenter Donjons et Dragons ? Créé en 1974 par les américains Gary Gygax et Dave Arneson, Donjons et Dragons s’imposent rapidement comme la référence absolue en matière de jeu de rôle médiéval-fantastique sur table. Le jeu s’étoffe en 1978, avec une refonte des règles initiales et la publication de suppléments permettant de jouer à tous les niveaux : le Guide du maître du Donjon, le Manuel du joueur et, celui qui nous intéresse spécialement, le Manuel des monstres, contenant tout le bestiaire de l’univers du jeu. Et ce bestiaire a lui-même puisé dans le folklore et les mythologies du monde entier, s’inspirant notamment d’un étrange ouvrage encyclopédique élaboré par un célèbre écrivain, et recensant, à quelques exceptions près, toutes les créatures légendaires formant cette « zoologie des songes »…

etres_imaginaires_borgesIl s’agit évidemment du Livre des êtres imaginaires, El Libro des les seres imagnarios, compilé et écrit par le célèbre auteur argentin Jorge Luis Borges. L’ouvrage est aujourd’hui publié dans sa version française dans la collection L’imaginaire de Gallimard. Il existe deux éditions de cet ouvrage encyclopédique : la première parue en 1957 sous le titre Manual de zoología fantástica et la seconde, version, parue dans sa version définitive en 1969. Cet ouvrage a pour vocation de recenser tous les êtres de l’imaginaire. Pour ce faire, Borges a puisé dans les littératures, les mythologies, les folklores et les religions du monde entier, cataloguant quelques 120 références classées par ordre alphabétique. Notons que Borges a exclu toutes créatures issues des transformations de l’être humain, comme le vampire ou le loup-garou. Aussi, trouve-t-on en parcourant ce livre des articles sur des créatures très populaires de par le monde, qu’elles soient universelles comme les dragons, les sirènes ou les fées, ou plus régionales, comme le troll, le kraken, le golem ou le sphinx. On y découvre aussi l’unique occurrence de certaines créatures, comme l’animal rêvé par Franz Kafka, celui rêvé par C. S. Lewis ou encore celui rêvé par Edgar Allan Poe, présentées par les citations originales.

Le livre présente de belles curiosités, telles que le singe de l’encre, un adorable animal chinois inventé Wang A-Hai qui « est très amateur d’encre de Chine, et quand quelqu’un écrit, il s’assied, une main sur l’autre et les jambes croisées, en attendant qu’il finisse, puis il boit le reste de l’encre ». Il y est aussi question des péritios, des êtres mi-cerf mi-oiseau dont « la particularité la plus étonnante consiste, quand ils sont au soleil, à projeter l’ombre d’un être humain au lieu de celle de leur propre corps ». Le livre de Borges est le premier à mentionner cette créature puisque le seul traité sur les péritios a été perdu en 640 lors de l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie ; Borges s’est appuyé sur les quelques paragraphes qui ont été retranscrits avant le drame. Cette créature est très populaire chez les rôlistes !

Borges prévient en préface l’impossibilité de l’exhaustivité d’un tel ouvrage, mais notons un travail d’archive et de recherche extrêmement précis, très fouillé et documenté. C’est un livre à feuilleter plus qu’à lire d’une traite, une curiosité pour les amateurs de littérature de l’imaginaire et une source documentaire indéniable. En préface, Borges explique également avoir souhaité continuer le travail de Flaubert qui avait commencé un inventaire semblable, à propos des monstres médiévaux et classiques dans la Tentation de Saint-Antoine. Il explique aussi sa motivation, mettant en avant ce que les êtres de l’imaginaire révèlent des civilisations :

Nous ignorons le sens du dragon, comme nous ignorons le sens de l’univers, mais il y a dans son image quelque chose qui s’accorde avec l’imagination des hommes, et ainsi le dragon apparaît à des époques et sous des latitudes différentes. C’est, pourrait-on dire, un monstre nécessaire, non pas un monstre éphémère et accidentel, comme la chimère ou le catoblépas.

Maintenant, oui…

Anne et Louis

Les Livre des êtres imaginaires, Jorge Luis Borges, avec la collaboration de Margarita Guerrero, traduit par Françoise Rosset, Gonzalo Estrada et Yves Péneau, Gallimard, L’imaginaire, 1987, 8.90€

Publicités

5 réflexions sur “Avez-vous déjà lu… l’auteur qui inspira le bestiaire de Donjons et Dragons ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s