Les Contes des Saisons

Depuis Le Peuple migrateur sorti en 2001, Jacques Perrin a réalisé avec son acolyte Jacques Cluzaud plusieurs films très contemplatifs sur la nature, comme le majestueux Océans ou, le dernier en date, Les Saisons, retraçant l’histoire de la forêt européenne depuis la fin de la dernière période glaciaire jusqu’à aujourd’hui. Dans ces films, le discours écologique est fort : on nous y rappelle la magnificence du monde naturel et l’impact dévastateur des activités humaines. Personnellement, je trouve ces films très émouvants, empreints d’une valeur pédagogique non-négligeable. Actes Sud Junior a d’ailleurs sorti 3 livres à destination des enfants directement inspirés du film les Saisons, dont un très bel album illustré abordant les mêmes questions soulevées dans le film de manière parfaitement accessible pour les petits lecteurs. Car il n’est jamais trop tôt pour éveiller les consciences et porter un regard responsable sur la nature qui nous entoure.

Le film Les Saisons relate l’histoire de la forêt européenne ces 20 000 dernières années au travers des différents bouleversements occasionnés par des activités humaines, notamment les défrichements et le développement de l’agriculture.


Comme on peut le voir dans cette bande-annonce, le propos se veut le moins anthropocentrique possible, et donne la vedette aux animaux, dans toute leur diversité, souvent présentés en plan serré. Il s’agit de mettre en valeur la biodiversité des zones forestières et rurales, mais aussi de proposer un discours politique et écologique en montrant comment les activités humaines influencent ce monde. On peut certes trouver ce message très simpliste, mais je pense que c’est une bonne manière de sensibiliser les enfants (et certains adultes d’ailleurs) à l’écologie et leur révéler une beauté pas toujours accessible.

couv_contes_des_saisonsL’album édité chez Acte Sud Junior, Les Contes des Saisons,  prend le parti d’une mise en scène très différente du film (c’est normal, il s’agit d’un livre avec une cible différente) pour amener différents contes inspirés des Saisons. Le conteur est mis en valeur : il s’agit d’une chouette blanche, une chouette harfang précisément, nommée Noctiluca. Telle un saltimbanque, cette magicienne parcourt le monde, accompagnée d’une pie prestidigitatrice et d’un rat savant, pour raconter aux animaux l’histoire de leur monde. Les jeunes lecteurs découvrent ainsi et le spectacle monté par Noctiluca, et les contes qu’elle narre durant le spectacle. Ces fables sont directement inspirées du film de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud.

Pour commencer, il y a l’ère glaciaire, avec en vedette les rennes ! Afin d’expliquer aux plus jeunes les changements climatiques et les bouleversements écologiques subis par la Terre, l’auteur, Stéphane Durand, utilise des métaphores et personnifications assez poétiques, mais aussi très pertinentes. Par exemple, la fin de la dernière période glaciaire s’explique par un changement climatique dû à modification orbitale de la Terre, la rapprochant du Soleil, cet événement est expliqué ainsi dans l’album : « Et puis un jour, les forces mystérieuses du cosmos firent trembler le ciel et les étoiles… à moins que ce ne fût la Terre qui frissonnait… Les étoiles prirent les positions qu’on leur connaît aujourd’hui et, d’un coup, le royaume des glaces disparut. » Les contes, suivant un ordre chronologique historique, expliquent aux enfants comment l’homme fut sauvé en imitant les animaux, comment la rivière s’insinue dans les terres forestières, la faune dans les champs de blé, etc.

Il ne s’agit nullement de transposer la réalité comme dans les contes étiologiques (je vous parle de ces contes par ici), mais de raconter l’évolution du monde de manière simple et romancée. Cette exigence se retrouve d’ailleurs dans l’écriture de ces contes, textuellement riches, avec des tournures complexes, un vocabulaire précis et soutenu, les temps narratifs du passé (ce qui est assez rare pour les petits où on utilise le plus souvent le simple présent de narration) : cette démarche témoigne d’une estime et d’un respect manifeste pour les petits lecteurs, ce qui est évidemment appréciable. Le travail de Claire de Gastold participe également à l’aspect pointilleux de l’album, avec des illustrations près précises, graphiques, colorées et très élégantes. J’ai tout d’abord été attirée graphiquement par ce livre, avec de très beaux dessins, mais aussi une mise en page d’une qualité indéniable. Le livre en tant qu’objet est très beau, avec un grand format qui laisse s’épanouir textes et visuels dans la page. À dire vrai, c’est seulement en lisant le livre à ma fille que j’ai fait le lien avec les Saisons !

Noctiluca IMG_4597contes_des_saisons_4

contes_des_saisons3

« Il y avait là le geai et l’écureuil qui semaient les graines des arbres, il y avait la grande famille des pics qui aménageaient des palaces dans tous les troncs. Il y avait la grenouille et ces deux cent soixante têtards. Il y avait la lucane et la rosalie qui nettoyaient le bois mort… »

Textes et images mettent en exergue les animaux, de la même manière que le film. La diversité est un parti pris essentiel, aussi, dans cet ouvrage, un oiseau est-il une chouette harfang, une pie, un merle, un geai, un pic vert, une cigogne, un goéland, un roitelet, etc… La dimension pédagogique est amenée avec intelligence, mêlant l’explicatif au narratif à travers de jolies histoires. Il s’agit surtout de montrer aux enfants la beauté et la grande variété de la faune européenne, de mettre en valeur des animaux que l’on peut voir quotidiennement par nos fenêtres et de les regarder vraiment, de mesurer leur importance et leur beauté.

Aussi, cet album est assez exigeant, tant dans le fond, avec un discours responsable et environnementaliste, que dans la forme, avec des illustrations et des textes très riches. Le plus de cet ouvrage est le cd qui l’accompagne : sur ce disque, les histoires sont contées par Jacques Perrin lui -même, conférant d’emblée un charme manifeste à ces contes ! Les récits sont accompagnés non pas d’une musique insupportable mais de simples bruitages de la nature, ce qui participe à l’aspect contemplatif des contes des Saisons.

Anne

Les Contes des Saisons, Stéphane Durand, illustré par Claire de Gastold, Actes Sud Junior, 2015, 18€

Publicités

5 réflexions sur “Les Contes des Saisons

  1. Oui, moi aussi, je suis charmée par les illustrations. Je viens de faire un tour sur le site d’Actes Sud pour en voir davantage, et les textes également sont beaux. Richesse, comme tu dis, effectivement. Et comme toi, je suis toujours reconnaissante envers les auteurs, illustrateurs et éditeurs qui font du beau pour les enfants.

    Aimé par 1 personne

    • Merci pour ton commentaire. Actes Sud Junior a sorti trois livres autour des Saisons : l’album dont je parle dans le billet, ainsi qu’un livre documentaire et un livre d’activités. On trouve aussi chez Actes Sud le beau-livre Les Saisons entièrement dédié au film. J’aime beaucoup cette maison d’édition qui édite des livres de qualités, dans le fond et la forme. Comme tu le dis si justement, il est très appréciable de constater que des éditeurs font « du beau pour les enfants » 🙂 Je déteste les livres qui prennent les enfants pour des imbéciles, dénués d’intelligence et de sensibilité esthétique !

      J'aime

    • D’autant qu’on a aussi beaucoup à apprendre des enfants, qui portent encore un regard émerveillé et respectueux sur une simple coccinelle ou une toile d’araignée ! Merci pour votre commentaire 🙂

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s