Avez-vous déjà lu… une parodie de guide de voyage ?

MolvanieUn grand éclat de rire secoua la France en 2006 lorsque Flammarion publia la collection « Jetlag travel guide » (« le guide du décalage horaire » en VF), dont la devise est : « On vous emmène là où vous n’avez pas envie d’aller ». Un premier petit livre qu’un lecteur non avisé pourrait quasiment confondre avec n’importe quel autre guide touristique : même format de poche, même maquette, même visage d’autochtone souriant… à un détail près !

Les trois auteurs, Santo Cilauro, Tom Gleisner et Rob Stich ont imaginé ce petit guide à destination de voyageurs voulant se renseigner sur ce pays imaginaire, la Molvanie, concentré de tous les clichés portés habituellement sur les pays d’Europe de l’Est. Pauvre, sordide, gangrénée par la corruption, la criminalité et l’absence d’hygiène, totalement rétive à toute forme de modernité et de bon sens, la population molvanienne nous renvoie à nous propres clichés sur les pays d’ex-URSS.

Le présentation du livre

MolvanieLe livre suit aux détails près la présentation attendue pour un guide de voyage traditionnel. Ainsi, la lecture commence par la présentation des auteurs (fictifs, bien entendus) : on y trouvera Philippe Miseree, l’inconditionnel du voyage extrême, pour qui un séjour dans un pays étranger sans kidnapping et demande de rançon n’est guère digne d’intérêt, Recz Jzervec, le Molvanien de souche, qui a quitté son pays natal à 12 ans pour fuir le service militaire, ou encore Trudi Dennes, spécialiste du Japon, qui ne connait rien à la Molvanie, mais qui, « suite à une erreur d’affectation » a été engagée pour ce guide.

MolvanieLe guide est ensuite divisé en sept chapitres, qui correspondent respectivement à la présentation générale du pays, à la capitale et aux quatre grandes régions du pays, puis à des informations diverses (cartes, conversions), un poème d’adieu (!) et même une fausse publicité pour un tour-operator molvanien…

Il va sans dire que le livre se parcours avec un plaisir à chaque fois renouvelé, chaque infime détail du guide révélant des aspects hilarants de ce pays. Florilège :

Une histoire du pays :

Après des siècles de royauté, la république de Molvanie fut enfin proclamée en 1834 et les dirigeants du pays entreprirent la rédaction d’une constitution moderne. Le document qui en résultat conférait tout le pouvoir exécutif à un Grand Sorcier, dont les décisions ne pourraient être contredites qu’à la pleine lune. Le structure fut par la suite encore modernisée. Elle constitue le fondement du mode actuel de gouvernement. Czez Vaduz fut le premier Premier Ministre élu démocratiquement. Il gouverna jusqu’à sa mort, en 1871. Sa popularité et son charisme étaient tels qu’il fut réélu l’année suivante.

Une ville :

Incontestablement la meilleure blague du livre.

Incontestablement la meilleure blague du livre.

Vajana : ce bourg médiéval était encore récemment un ramassis de taudis agglutinés autour d’un lac pollué, non loin des contreforts suppurants du mont Toxyk, jonché de détritus. Bref, une destination peu alléchante pour le vacancier.

En 1976, la commune a pourtant reçu le label  » Ville propre « . Cette distinction inaugura une ère nouvelle pour Vajana, qui offre aujourd’hui un grand confort et une vie nocturne trépidante – malgré le couvre-feu de 22 h imposé par les militaires.

Un restaurant :

Juste à l’Ouest de la Grand-place, on traverse le pont majestueux qui traverse le ruisseau Vorja pour arriver au Erdjesz, aussi populaire auprès des habitants qu’auprès des gens de passage. Cuisine typiquement molvanienne : lourde, copieuse, avec plein de morceaux marron non identifiables.
À noter : L’été, une terrasse permet de dîner en plein air. (Charme supplémentaire : elle se situe à la cave.)

Un hôtel :

À un jet de cocktail Molotov du centre, vous trouverez Miltajkadetka, ancien pénitencier transformé en auberge de jeunesse d’État. Les chambres sont exiguës mais calmes, ce qui ne surprendra pas quand on saura que ce sont des bunkers en béton profondément enfouis sous terre. Certaines parties ont été conservées en l’état et ouvertes au public, dont le mess (transformé en café) et le parcours du combattant (transformé en hall).
À noter : Le stand de tir, pourtant très couru, a malheureusement dû être fermé, suite à des plaintes répétées de l’école primaire contiguë.

Une formule de politesse :

MolvanieDans l’Ouest du pays, lorsqu’on rend visite à quelqu’un, la formule de politesse traditionnelle est : Drubzko vlob attrizo. En revanche, lorsqu’on rencontre quelqu’un sur son lieu de travail, la formule correcte est plutôt : Klawzitz vlob attrizo. Les deux expressions signifient « Ne tirez pas ».

Un musée :

De nombreux visiteurs ont déjà entendu parler de la galerie d’art Gyrorik. L’institution a fait les gros titres il y a quelques années, lorsque son conservateur, Vbrec Mzecjenj, soupçonna qu’un paysage de Rembrandt, appartenant à la galerie, recouvrait en fait un autoportrait du maître batave d’une valeur bien plus élevée. La couche supérieure fut donc minutieusement grattée. Ce travail de restauration dura 16 mois et révéla qu’il n’y avait rien en dessous. Ne resta donc plus du chef-d’œuvre original que le cadre, au milieu duquel est exposé aujourd’hui la lettre de démission de Mzecjenj.

Une innovation technologique :

En juin 1987, Sasava fut la première ville de Molvanie à enterrer ses fils électriques jusqu’alors suspendus. Outre sa dimension esthétique, cette initiative municipale a permis de décimer la grouillante population des lapins et des taupes.

Il existe dans la même collection San Sombrero, le pays des carnavals, des cocktails et des putschs, et Phaic Tan, Sunstroke on a shoestring (en anglais), qui reprennent les mêmes procédés : Phaic_TanSan_Sombrero
Des lectures que nous vous conseillons fortement, tant sont rares les livres aussi drôles.

Une tradition de satire

Si ces livres sont à ma connaissance les premiers à parodier les guides touristiques, le genre consistant à inventer des lieux imaginaires pour mieux critiquer par la moquerie nos sociétés n’est pas nouveau, même s’il a été relativement peu utilisé.

L’exemple le plus illustre se trouve bien sûr dans les Voyages de Gulliver, roman écrit par Jonathan Swift en 1721. Au XVIIIe siècle, il n’était pas rare qu’un auteur feigne de traiter d’un sujet apparemment anodin ou dont l’action concernerait des personnages très éloignés de ses contemporains pour mieux critiquer, à mots à demi couverts, la société de son époque. Ainsi, Swift, sous couvert de raconter les aventures extravagantes du capitaine Lemuel Gulliver, propose à ses lecteurs de véritables pamphlets de la société de son temps en racontant par exemple l’histoire faussement naïve des Lilliputiens, qui se faisaient la guerre à cause d’un monarque qui avait voulu imposer la manière dont son peuple devait casser les œufs à la coque ! L’auteur montre que cette prise de position absurde et risible a néanmoins des conséquences désastreuses, puisqu’elle est à l’origine d’une guerre opposant les Lilliputiens aux Blefusciens, autrement dit les Gros-boutiens aux Petit-boutiens (ceux qui cassent les œufs par le gros bout et ceux qui les cassent par le petit bout).

Plus récemment, on lira aussi dans Les Annales du Disque-monde de Terry Pratchett des évocations de pays faussement fantasques : ainsi, la ville d’Ephébie, parodie de la Grèce antique, est régie par un pouvoir démocratique dans lequel les citoyens élisent un tyran tous les cinq ans. Ici, la satire est double : puisque l’auteur feint de se moquer de la Grèce antique à travers un univers médiéval-fantastique pour mieux dénoncer les abus de pouvoir des démocraties actuelles.

… Maintenant, oui !

Louis.

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