Avez-vous déjà lu… un poème graphique ?

Nous connaissons tous les calligrammes d’Apollinaire, poèmes très visuelles, dont le texte est disposé de manière à former un dessin. À ce propos, si le calligramme vous intéresse, n’hésitez pas à consulter notre article sur un étonnant roman calligrammatique ! Mais il est une forme de poésie, également visuelle, dont la finalité n’est pas un travail direct sur la forme : il s’agit de la poésie graphique qui joue sur les variations typographiques (lettres capitales ou bas-de-casse, italique, gras, taille des lettres…) et une mise en page non-conventionnelle. Cette forme poétique novatrice a été initiée en 1897 par un illustre avant-gardiste…

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Stéphane Mallarmé, par Édouard Manet, huile sur toile, 1876

Il s’agit du poète Stéphane Mallarmé qui a écrit Un coup de dé n’abolira jamais le hasard, poème hermétique paru en 1897 dans la revue Cosmopolis. Ce poème initie ce qu’on appelle la poésie graphique ou poésie typographique car elle joue, comme son nom l’indique, sur les variations typographiques et sur une mise en page singulière, sans volonté de créer un lien entre le propos du texte et sa forme.

Mallarmé déploie son poème sur 11 doubles pages, il choisit de l’établir « hors d’anciens calculs », c’est-à-dire qu’il rejette toutes les formes métriques traditionnelles, proposant à la place des vers déconstruits et segmentés, hésitant entre prose et vers, éclatant la composition du poème en plusieurs bribes de textes, à la fois autonomes et liées. Le dispositif typographique a une grande importance dans ce texte, aussi, Mallarmé a-t-il préparé une maquette à l’intention d’Ambroise Vollard, marchand de tableaux et éditeur. Ce dernier a confié à Odilon Redon le soin d’illustrer le texte de planches lithographiques. Le poète avait soin de proposer une lecture spirituelle et spectaculaire à ses lecteurs. Malheureusement, cette version ne fut jamais publiée, Mallarmé mourut avant sa réalisation.

Ce poème évoque un « maître » dont le navire fait naufrage et qui s’apprête à lancer une dernière fois les dés pour défier le Ciel déserté depuis la mort de Dieu. La déconstruction formelle du poème déconstruit également le sens, hermétique, ambigu, allusif et non évocateur…

Voici quelques extraits tiré de l’édition de Ypsilon Éditeur :

Un coup de dé n’abolira jamais le hasard extrait1 Un coup de dé n’abolira jamais le hasard extrait2 Un coup de dé n’abolira jamais le hasard extrait3

Ce poème inspira beaucoup de mouvements artistiques, notamment les dadaïstes, qui ont repris cette forme rejetant toutes les conventions éditoriales et métriques au travers d’œuvres telles que des collages, peintures, poèmes, affiches, etc. Voici quelques exemples évocateurs :

Hausmann-Elasticum

Raoul Hausmann, Elasticum, collage et gouache, 1920

Francis Picabia L'œil cacodylate

Francis Picabia, L’œil cacodylate, huile sur toile et collage de photographies, cartes postales, papiers divers découpés, 1921

Hugo_ball_karawane

Hugo Ball, Karawane, poème, 1917

festivaldadagaveau1920

Affiche du Festival Dada du 26 mai 1920, salle Gaveau à Paris

Maintenant oui…

Anne

Un coup de dé n’abolira jamais le hasard, Stéphane Mallarmé, Gallimard, 1993, 21€
Il existe une superbe édition, onéreuse, mais avec 3 compositions d’Odilon Redon :
Un coup de dé n’abolira jamais le hasard, Stéphane Mallarmé, Ypsilon Éditeur, 2010, 38€

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