Tana Hoban, la beauté quotidienne révélée aux enfants

tana_hobanTana Hoban est une photographe américaine qui a consacré une grande partie de sa carrière à l’édition jeunesse. Elle est la première à créer, dans les années 70, des livres de photographies pour enfants, donnant ainsi naissance à un genre nouveau en termes de littérature jeunesse. Ces ouvrages, adaptés pour les plus jeunes et les nourrissons, invitent les petits lecteurs à poser sur leur environnement quotidien un regard nouveau, curieux et émerveillé, leur proposant par là même une vision existentielle à la fois poétique et profonde.

Une pédagogie de l’observation et l’expérience de Bank Street

Tana Hoban est une prestigieuse photographe américaine, spécialisée dans les photographies d’enfants qui ont été notamment exposées au Musée d’Art Moderne de New York en 1949. Néanmoins, l’artiste fait au début des années 1970 une rencontre décisive avec l’éditrice Susan Hirschman : elle décide alors de publier des livres pour les enfants, créant ainsi les premiers ouvrages photographiques de la littérature jeunesse.

shapes and thingsDeux livres sont alors publiés : Shapes and Things (1970) est parfaitement à l’image de productions futures de Tana Hoban ; il s’agit d’un album photographique représentant des objets du quotidien qu’on peut trouver dans une maison. Le style graphique de cet ouvrage est très reconnaissable : des contrastes forts, noirs et blancs, des objets qui apparaissent tels des silhouettes, sans volume. Ce type d’ouvrage est particulièrement adapté aux nourrissons, car, comme le souligne la photographe, il n’est jamais trop tôt pour éduquer la perception de son enfant ! Cet ouvrage n’est pas, à ma connaissance, édité en France, mais de nombreux autres petits albums reprennent le même principe, comme je vais vous en parler dans la suite de cet article.

look again
Regarde bien !
(1971) est un livre interactif invitant les enfants à poser un regard progressif sur un élément : d’abord, l’enfant découvre un détail photographique (par exemples des tâches noires et blanches) à travers un rond, puis l’élément se révèle (un pingouin avec des tâches noires et blanches) quand on tourne la page noir avec le trou rond qui a laissé apparaître le détail, et enfin, sur la page suivante, on découvre une vue élargie, en contexte (une groupe de pingouins sur la côté). Ce livre nous apprend qu’il est essentiel d’avoir plusieurs angles de vues pour bien saisir la nature et l’essence même de ce qui nous entoure. Il nous enseigne ainsi l’importance de l’observation.

Cette démarche pédagogique mettant en exergue l’exercice de la perception des plus jeunes a été renforcée par ce que Tana Hoban appelle « l’expérience de Bank Street » : cette anecdote va profondément marquer l’artiste et l’inciter à poursuivre son œuvre. Plusieurs élèves de l’école new-yorkaise de Bank Street ont été interrogés sur ce qu’ils avaient retenu du trajet de leur foyer à leur école, et à cette question, ils ont été nombreux à répondre : « Rien. » Tana Hoban s’est depuis attachée à proposer à nos enfants des livres les incitant à porter un regard nouveau, curieux, enthousiasmé, affiné, sur le monde qui nous entoure.

Des livres pour exercer sa perception depuis la naissance

Tana Hoban est l’auteur de nombreux ouvrages spécialement destinés aux nourrissons. Quand l’enfant nait, ses facultés oculaires ne sont pas encore matures : à la naissance, il ne voit nettement qu’à une distance de 18 à 20 cm, il voit relativement bien les contrastes forts entre ce qui est pâle et foncé, il manifeste une préférence pour les images nouvelles et les visages. Ce n’est qu’a deux mois qu’il commence à distinguer les détails : il voit nettement le contour des objets et les motifs. À 3 mois, il commence à distinguer les couleurs, le rouge et le vert sont les premières qu’il voit ; à 4 mois, il est capable de voir les couleurs comme un adulte, mais il est davantage attiré par les couleurs primaires (rouge, jaune, bleu). À 6 mois, il commence à percevoir les distance et distingue nettement les reliefs, il commence à chercher du regard les objets cachés.

Afin de proposer aux bébés des livres respectueux de leurs capacités oculaires, Tana Hoban a publié une série de livres photographiques en noir et blanc reprenant le même principe que Shapes and Things : des silhouettes très contrastées (noir et blanc) permettant aux bébés de les distinguer, aucun volume afin que l’enfant puisse regarder et comprendre les illustrations avant ses 6 mois (date où il commence seulement à percevoir les distances), des contours très précis pour exercer la perception visuel des bébés, des objets familiers, comme un nounours, un biberon, un mobile, une feuille d’arbre, divers jouets, des animaux domestiques, etc. C’est le cas de livres Blanc sur Noir, Noir sur blanc, Qu’est-ce que c’est ? et Qui sont-ils ? édités en France chez Kaléidoscope dans un petit format (16x16cm). Parfaitement adapté à la vision des nourrissons, ces livres captent l’intention des petits, les familiarisant ainsi avec les objets qu’ils vont être amenés à voir quotidiennement, mais aussi avec les livres !

blanc sur noir noirsurblanc questcequecest quisontils

Tana Hoban a également publié des imagiers très colorés, pour les plus grands bébés en âge de percevoir les couleurs (dès 4 mois). C’est le cas notamment des très jolis albums photographiques 1, 2, 3, imagier sur le thème des nombres, et De quelle couleur ? sur le thème des couleurs. 1, 2, 3 propose une approche pédagogique réfléchis des nombres : il ne s’agit pas d’associer un objet à un nombre au hasard, mais de témoigner du lien essentiel ou social entre un objet et son dénombrement : par exemple, le nombre 2 est associé à la paire de chaussure, le nombre 5 est associé aux 5 doigts de la main (ou plus précisément d’une adorable petit main de bébé !), le nombre 6 est associé aux 6 œufs dans leur boîte, etc. On retrouve cette même pédagogie sur les couleurs, associées de manière totalement vraisemblable et essentielle aux objets du fait du choix photographique de l’illustration. De plus, les couleurs primaires sont d’abord présentée, suivies des couleurs secondaires. Ces deux albums sont également édités en France chez Kaléidoscope.

123 couleurs

Grandir et observer

Tana Hoban n’a pas seulement œuvré pour les enfants de moins de 1 an et propose, pour les plus grands, des livres photographiques pédagogiques. On retrouve alors des thèmes classiques, comme les formes ou les contraires, thèmes de nos jours déclinés en quantité d’albums !

Exactement le contraire tana hobanL’album Exactement le contraire est un imagier photographique avec une mise en page très lisible, ne nécessitant ainsi pas de texte : sur chaque doubles pages des images où apparaissent des oppositions se répondent : fermé / ouvert, chaud / froid, piquant /lisse, etc. Aucune légende n’aiguille les jeunes lecteurs qui doivent faire un travail certain de concentration et d’observation pour saisir les différences entre les deux photographies : il s’agit donc pour l’enfant de commenter les deux images, sans crainte de la mauvaise réponse (le côté intimidant du texte a disparu) ! On voit bien sur la couverture ci-contre des différences : lacé/non-lacé, propre/sale ou usé/neuf, etc. L’interprétation de ces visuel demeure subjective et ouverte. De plus, Tana Hoban a choisi de mettre en scène des éléments quotidiens et familiers de l’enfant, comme les lacets des chaussures, un panier d’œufs, des animaux… Parfait pour éveiller le sens de l’observation et permettre à l’enfant de saisir des concepts très abstraits !

Toutes sortes de formesAutre imagier remarquable, Toutes sortes de formes : il s’agit ici de repérer dans notre quotidien des formes géométriques. L’album présente dans un premier temps onze formes : cercles, rectangles, carrés, triangles, étoiles, trapèzes, arcs… S’ensuit une série de photographies, souvent urbaines, mettant en scène des éléments familiers aux enfants, comme un pont, une petite fille jouant à la dînette, une marelle, etc. Ces images foisonnent de détails et permettent ainsi aux jeunes lecteurs de trouver ces formes dans un cadre familier : la voile du bateau devient un triangle, les fenêtres deviennent des rectangles, la marelle une succession de carrés, etc. Il s’agit ici de porter sur le monde un regard différent, en quête des formes géométriques. Ici non plus, pas de bonnes ou mauvaises réponses ! L’enfant est libre d’exercer son regard et d’affûter sa perception à son rythme.

Tana Hoban a conçu d’autres ouvrages pour enfants de ce type, tout aussi remarquables, suivant cette même approche pédagogique et cette même philosophie, rendant le banal extraordinaire, le quotidien merveilleux et le familier étonnant. À travers l’affûtage de la perception visuelle et l’affinement du sens de l’observation, c’est tout une approche existentielle que Tana Hoban nous laisse comme héritage. À nous maintenant de la transmettre à nos enfants.

Anne

Blanc sur Noir, Tana Hoban, Kaléidoscope, 1993, 10 pages, 6.10€
Noir sur blanc, Tana Hoban, Kaléidoscope, 1993, 10 pages, 6.10€
Qu’est-ce que c’est ?, Tana Hoban, Kaléidoscope, 1996, 10 pages, 6.10€
Qui sont-ils ?, Tana Hoban, Kaléidoscope, 1998, 10 pages, 6.10€
1, 2, 3, Tana Hoban, Kaléidoscope, 2008, 10 pages, 7.10€
De quelle couleur ?, Tana Hoban, Kaléidoscope, 2008, 10 pages, 7.10€
Exactement le contraire, Tana Hoban, Kaléidoscope, 2002, 28 pages, 16€
Toutes sortes de formes, Tana Hoban, Kaléidoscope, 2004, 40pages, 12.50€

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s