Balthazar, les sens en éveil

Extrait des Sons de BalthazarDepuis plus de 10 ans, la collection Balthazar chez Hatier Jeunesse propose des livres poétiques et tendres intégrant la pédagogie Montessori. Nous allons ici nous intéresser à 3 ouvrages qui, parmi les dernières parutions, abordent un apprentissage sensoriel. Ces livres sont destinés aux tout jeunes enfants à partir de 3 ans.

Marie-Hélène Place et Caroline Fontaine-Riquier pour les illustrations ont conçu des livres pédagogiques pour les enfants intégrant la pensée de Maria Montessori. Les 3 livres dont je vais vous parler sont donc à considérer comme un matériel sensoriel mis à la disposition de l’enfant pour participer au développement de son intelligence. Comment ? Selon la Maria Montessori, un matériel sensoriel permet à l’enfant d’expérimenter concrètement un concept et ainsi de découvrir une notion abstraite. Ce matériel est proposé à l’enfant en fonction de périodes sensibles où il est particulièrement disposé à un apprentissage. Concernant les ouvrages que nous allons aborder, nous évoquerons les périodes sensibles du raffinement des sens, de l’ordre et du langage. L’enfant est un explorateur sensoriel, et ses sens, des instruments d’investigation de la réalité, des organes de découverte et de compréhension du monde extérieur.

Les sons et l’ouïe

Les Sons de BalthazarAu quotidien, nous ne prêtons plus attention aux sons familiers qui nous entourent, mais ce n’est pas le cas des enfants dont le sens de l’ouïe, toujours en éveil et en alerte, est à l’affût des bruits qu’ils découvrent, qu’ils reconnaissent et qu’ils tentent d’identifier. Le livre Les Sons de Balthazar invite l’enfant reproduire des sons qu’il connait. Ce n’est pas un livre sonore à système comme on en voit beaucoup pour les tout-petits, avec un bouton ou une puce qui, quand l’enfant l’active, produit un son. Ici, tous les sons sont émis par l’enfant lui-même. Il comprend ainsi qu’un son peut être porteur d’un sens : c’est le début du langage.

Balthazar est sur la plage, il écoute dans son coquillage toutes sortes de sons et invite l’enfant à y en mettre de nouveaux : le petit lecteur doit donc reproduire plusieurs sons qu’il connaît, comme des bruits de la nature (le vent, la pluie – pas si facile que ça à !), des animaux (cheval, hibou), des bruits qu’il émet volontairement (se moucher, bisous, pleurs) ou involontairement (battements du cœur). Si vous avez un gros coquillage chez vous, n’hésitez pas à le donner à votre enfant pendant la lecture du livre, il sera ravi de mettre physiquement les sons dans son coquillage, exactement comme le petit héros Balthazar !

Chaque son à émettre est associé à une illustration. Aussi, l’enfant associe bruit et visuel, ce qui lui permet de mieux identifier le référent : le visuel est de cette manière un signe porteur d’un sens et d’un son s’y référant. Dans la dernière partie de livre, tous les sons sont mis à profit dans une histoire. Le texte intègre alors les visuels précédemment utilisés pour « s’entraîner » à faire les sons que l’enfant va reproduire à bon escient au moment de la lecture. Il ne faut pas hésiter à montrer le texte à l’enfant, en lisant avec le doigt : quand le doigt passe sous les illustrations, le petit lecteur imite le bruit de l’image, devenant ainsi lecteur à part entière ! Il ne se contente plus d’écouter l’histoire, il la lit avec nous ! Le visuel est ainsi utilisé comme un mot, c’est un signe renvoyant à un référent concret que l’enfant identifie et dont il imite le son. On peut proposer ce livre assez tôt à un enfant, à mon avis bien avant 3 ans, dès que l’enfant dit ses premiers mots et commence à imiter le bruit des animaux, vers 12 mois.

Les couleurs et la vue

Balthazar et les couleurs de la vie et des rêves aussiTrès tôt, l’enfant est capable de distinguer les couleurs, mais il lui faudra du temps pour apprendre à les nommer. Classer les couleurs et leur donner du sens en repérant les couleurs des objets de son environnement peuvent l’y aider. Pour l’album Balthazar et les couleurs de la vie et des rêves aussi, Marie-Hélène Place et Caroline Fontaine-Riquier proposent un très joli pop-up, particulièrement bien construit. En effet, les couleurs y sont classées : on aborde dans un premier temps les 3 couleurs primaires (bleu, rouge et jaune), l’une après l’autre, puis, les couleurs secondaires.

Par un jour ensoleillé, Balthazar cueille des fleurs pour sa maman, quand soudain, un nuage passe devant le soleil et il se met à pleuvoir brièvement. Apparaît ensuite un arc-en-ciel, en un très joli pop-up, contenant « presque » toutes les couleurs. C’est donc avec poésie et tendresse que les enfants sont invités à entrer dans le si charmant univers de Balthazar ! Les couleurs primaires sont ensuite abordées sur les pages en vis-à-vis : sur la page de droite, un gros rond coloré sur un fond blanc permet à l’enfant d’identifier clairement la couleur, sans informations parasites et, sur la page de gauche, Balthazar et son doudou Pépin sont mis en scène dans un décor mettant en valeur la couleur présentée. De cette manière, l’enfant peut clairement identifier la couleur et la chercher ensuite sur la page d’à côté. De plus, le même ton de bleu, de rouge et de jaune est utilisé pour le rond de couleur et l’illustration, facilitant ainsi le travail d’identification de l’enfant.

Pour les couleurs secondaires verte, violette et orange, issues du mélange de deux couleurs primaires, les auteurs ont eu l’excellente idée de proposer, à la place du rond de couleur sur la page de gauche, des disques mobiles, transparents et colorés, permettant à l’enfant d’expérimenter concrètement le mélange des couleurs. Par exemple, pour créer du vert, l’enfant superpose deux disques, un jaune et un bleu.

Disques de couleurs dans Balthazar et les couleurs de la vie et des rêves aussi
Cependant, pour créer du violet, mélange de rouge et bleu, et de l’orange, mélange de rouge et jaune, les disques censés être rouges sont en fait magenta, qui est une teinte de rose, non de rouge. Le violet et l’orange ainsi obtenus sont certes très beaux, mais je ne pense pas que l’esthétique doit l’emporter sur la pédagogie, d’autant plus pour un ouvrage dont l’argument principal de vente est la pédagogie Montessori ! Je trouve effectivement gênant de montrer à un enfant apprenant les couleurs qu’on obtient du orange en mélangeant du jaune et du rose, et non du jaune et du rouge. Dommage ! C’est le seul bémol de cet ouvrage !

Il est aussi question, plus brièvement du rose, du blanc, du marron, du gris et du noir, couleurs représentées par un référent. À la toute fin du livre, un jeu pédagogique est mis à la disposition de l’enfant : la roue des couleurs. Il s’agit d’associer à un objet ou un animal évoqué dans l’album sa couleur. Cet exercice peut permettre à l’enfant qui ne sait pas encore nommer les couleurs ou qui rencontre quelques difficultés à parler de les identifier malgré tout. C’est très malin et très respectueux de la diversité des enfants !

Les matières et le toucher

Balthazar et les matières à toucherPour finir, nous évoquerons l’album Balthazar et les matières à toucher. Ce livre permet à l’enfant d’affiner son sens du toucher grâce à de nombreuses pages tactiles, mais surtout, à enrichir son vocabulaire en attribuant à chaque matière des adjectifs précis et justes. Je trouve cette idée excellente, car elle permet à l’enfant d’appréhender la richesse de son environnement. Nommer, c’est faire exister ! Ainsi nommer une sensation permet à l’enfant de mieux l’envisager, la comprendre et s’en souvenir.

C’est carnaval et Balthazar attend ses invités qui doivent venir costumés. Dans la première partie de l’album, on découvre tous les petits copains de Balthazar et leur déguisement composé d’une matière à toucher : il y a la fée et sa robe de soie, Carabosse et son tablier en toile de jute, Robin des bois et sa cape de feutrine, etc. Chaque matière à toucher est explicitement nommée et associée à un ou plusieurs adjectifs très précis décrivant la sensation qu’elle procure. Ainsi, la soie est dite « lisse et glissante », la toile de jute « rugueuse », la feutrine « moelleuse », etc. Les matières sont décrites avec précision et justesse, ce qui contribue d’une part à affiner le sens tactile de l’enfant et d’autre part à enrichir son vocabulaire.

Après cette présentation approfondie des matières, plusieurs jeux pédagogiques et inventifs sont proposés au petit lecteur. Les yeux bandés ou fermés, il doit reconnaître les matières en fonction de leurs caractéristiques : il faut devinez quelle matière est rugueuse, laquelle est feutrée, où est le yéti, etc. La mémoire de l’enfant est fortement mise à contribution dans cet exercice : en effet, il doit faire appel à sa mémoire perceptive ou sensorielle (reconnaître au toucher) et sa mémoire sémantique (associer la matière à un vocabulaire précis et à un déguisement), ce qui contribue également à la formation d’une culture.

Un jeu de devinettes, très astucieux, clôt l’album. Il s’agit pour l’enfant de s’interroger sur son environnement et faire appel une fois de plus appel à sa mémoire et ses connaissances : le jeu consiste à trouver ce qui est lisse, rugueux, doux et poilu. Des exemples sont donnés à l’enfant, des exemples donnés par les invités de Balthazar par rapport à leurs costumes, et des exemples donnés par Balthazar hors du contexte du carnaval. Ensuite, l’enfant est invité à trouver lui-même ce qui est lisse, rugueux, doux et poilu, par rapport à sa propre culture et son propre savoir. Ce jeu est très intéressant car l’enfant prend pleinement conscience qu’il a depuis longtemps appréhender le monde avec son toucher et qu’il a une mémoire sensorielle. Il peut alors redécouvrir le monde avec ses nouvelles compétences langagières ! De plus, il me paraît essentiel pour l’enfant de prendre conscience très tôt de l’importance du vocabulaire et de l’utilisation du mot juste, ce que permet fort malicieusement cet album.

Les Sons de Balthazar, Marie-Hélène Place et Caroline Fontaine-Riquier, Hatier Jeunesse, 2014, 32 pages, 5€30
Balthazar et les couleurs de la vie et des rêves aussi, Marie-Hélène Place et Caroline Fontaine-Riquier, Hatier Jeunesse, 2011, 26 pages, 16€20
Balthazar et les matières à toucher, Marie-Hélène Place et Caroline Fontaine-Riquier, Hatier Jeunesse, 2014, 40 pages, 12€75

Anne

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