Avez-vous déjà lu… le premier poème en vers holorimes ?

Affiche du Chat noir, cabaret fondé par Rodolphe SalisOn dit que deux vers sont « holorimes » quand ils riment parfaitement et entièrement entre eux, c’est-à-dire deux vers identiques phonétiquement. On trouve beaucoup de vers holorimes dans la poésie française, comme les célèbres :
« Et ma blême araignée, ogre illogique et las
Aimable, aime à régner, au gris logis qu’elle a » de Victor Hugo, ou les très jolis :
« Dans ces bois automnaux, graves et romantiques,

Danse et bois aux tonneaux, graves et rhums antiques » de Jacques Prévert. Mais en 1892, un poète s’est amusé à écrire un poème en utilisant uniquement des vers holorimes : il s’agit d’un sonnet, composé bien sûr de 14 vers, chacun ayant son homophone !

Il s’agit du sonnet Invitation composé par le chancelier Jean Goudezki, un habité du cabaret parisien du Chat noir où se réunissaient peintres, humoristes et écrivains à la fin du XIXe siècle. Dans ce sonnet, le poète rend hommage à son ami Alphonse Allais, renommé pour sa plume légère, ses calembours et, évidemment, ses vers holorimes ! Fond et forme font ainsi sens.

Je t’attends samedi, car Alphonse Allais, car
À l’ombre, à Vaux, l’on gèle. Arrive. Oh ! la campagne !
Allons — bravo ! — longer la rive au lac, en pagne ;
Jette à temps, ça me dit, carafons à l’écart.

Laisse aussi sombrer tes déboires, et dépêche !
L’attrait (puis, sens !) : une omelette au lard nous rit,
Lait, saucisse, ombre, thé des poires et des pêches,
Là, très puissant, un homme l’est tôt. L’art nourrit.

Et, le verre à la main, — t’es-tu décidé ? Roule
Elle verra, là mainte étude s’y déroule,
Ta muse étudiera les bêtes ou les gens !

Comme aux dieux devisant, Hébé (c’est ma compagne)…
Commode, yeux de vice hantés, baissés, m’accompagne…
Amusé tu diras : « L’Hébé te soûle, hé ! Jean ! »

Maintenant oui…

Anne

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6 réflexions sur “Avez-vous déjà lu… le premier poème en vers holorimes ?

    • Oui, on attribue souvent et à tort ces vers à Victor Hugo, mais ils ont en fait été écrits par Marc Monnier, un écrivain genevois. Par contre, je ne trouve pas le poème dont ils sont extraits. Une idée ?

      Aimé par 1 personne

      • Je pensais trouver la réponse à votre question dans mon dictionnaire des rimes, mais c’est un autre exemple qui y est cité :
        « Jeune, petit, raillé, cœur âgé, cœur usé,
        Je ne peux, tiraillé, que rager, que ruser ».
        (Daniel Mermié)
        Si j’ai une minute, je chercherai.

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    • Il y a d’autres petites erreurs (« déboires » / « des poires »), de là à parler d’erreurs grossières… C’est avant tout un texte qui se veut ludique, plaisant à lire. Les approximations n’enlèvent rien à son attrait.

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