Odyssées francophones : Milan Kundera

Depuis la semaine de la francophonie, je vous propose une série de dossiers sur quelques livres majeurs, qui font tous des relectures originales de l’Odyssée d’Homère. En effet, beaucoup d’écrivains étrangers, partis de chez eux pour la France, puis revenus après un long séjour d’errance dans leur pays natal, ont raconté ce voyage géographique et intellectuel en s’inspirant du parcours d’Ulysse, qui quitta Ithaque pendant 20 ans, retenu par une guerre et par le courroux d’un dieu vengeur…

Milan-Kundera

Milan Kundera

Lire ici le premier livre de cette série : Cahier d’un retour au pays natal, Aimé Césaire, 1939.
Deuxième livre de cette série : L’Ignorance, de milan Kundera, 2000.
Lire ici le troisième livre de cette série : Le Dit de Tianyi, François Cheng, 1998.

L’ignorance de la nostalgie

Ce court roman nous présente deux personnages principaux : Irena, qui a quitté la Tchécoslovaquie pour la France peu après l’invasion russe de 1968, et Josef, qui a lui aussi émigré de Tchécoslovaquie à la même période, mais pour aller au Danemark.  Ces personnages déracinés vont se retrouver à Prague, peu après l’écroulement du régime communiste, en 1989. Deux Odyssées différentes, et un « Grand Retour » au pays natal après une longue errance.

Milan Kundera nous explique très tôt le titre de ce roman, dans son style très reconnaissable, mélangeant son récit fictionnel avec un discours analytique sur ce même récit. Dès le chapitre 2, à la fin d’un paragraphe consacré aux traductions du mot « nostalgie » dans les langues européennes, l’écrivain nous donne une des clés d’interprétation du titre :

En Espagnol, añoranza vient du verbe añonar (avoir de la nostalgie) qui vient du catalan enyonar, dérivé, lui, du mot latin ignorare (ignorer). Sous cet éclairage étymologique, la nostalgie apparaît comme la souffrance de l’ignorance.Tu es loin, et je ne sais pas ce que tu deviens. Mon pays est loin, et je ne sais pas ce qui s’y passe.

L’ignorance serait donc liée au départ du pays natal, à l’exil voulu ou contraint, et à cette nostalgie qui étreint le cœur de tous les déracinés. Mais pourquoi le préférer au classique « nostalgie » ? Sans doute parce qu' »ignorance » dit mieux le manque, le vide qui se creuse chez tout émigré dès lors qu’il part de chez lui sans savoir s’il reviendra un jour. Irena s’étonne, en parlant à d’autres émigrés, que tous ont en commun des pensées contradictoires : le jour, c’est la nostalgie qui domine (« Le jour était illuminé par la beauté du pays abandonné »), mais la nuit, la peur du retour les submerge (« la nuit, l’enfer qu’elle avait fui »). Une telle opposition ne peut se comprendre qu’à travers l’añoranza, cette nostalgie qui repose sur une incertitude à laquelle les émigrés tentent vainement de répondre à travers l’idéalisation ou les cauchemars.

L’ignorance du présent, de l’avenir et du passé

Toutefois, le titre est trompeur : en utilisant l’article défini « la » (ou plutôt, ici, la forme élidée « l' »), l’auteur indique que cette « ignorance » dont il est question est une notion univoque, connue et identifiable précisément par ses lecteurs. Or, c’est bien d’une multiplicité d’ignorances dont il s’agit dans le livre. Dès la quatrième de couverture, reprenant un extrait du chapitre 39, Kundera écrit :

Sur l’avenir, tout le monde se trompe. L’homme ne peut être sûr que du moment présent. Mais est-ce bien vrai ? Peut-il vraiment le connaître, le présent ? Est-il capable de le juger ? Bien sûr que non. Car comment celui qui ne connaît pas l’avenir pourrait-il comprendre le sens du présent ? Si nous ne savons pas vers quel avenir le présent nous mène, comment pourrions-nous dire que ce présent est bon ou mauvais, qu’il mérite notre adhésion, notre méfiance ou notre haine ?

De l’ignorance de l’avenir découle donc l’ignorance (de la valeur du) du présent. À cela s’ajoute évidemment les distorsions de la mémoire, qui, comme disent les philosophes, est la faculté d’oublier.

Car que peut-elle vraiment, la pauvre ? Elle n’est capable de retenir du passé qu’une misérable petite parcelette sans que personne ne sache pourquoi justement celle-ci et non pas une autre (…). On ne comprendra rien à la vie humaine si on persiste à escamoter la première de toutes les évidences : une réalité telle qu’elle était quand elle était n’est plus ; sa restitution est impossible.

Ainsi, Joseph, de retour dans son pays natal, retrouve-t-il son journal intime d’adolescent, restant perplexe devant les écrits de ce « morveux », ne retrouvant pas son enfance perdue, mais lisant le récit d’un autre, qui ne lui apparaît que comme « du vraisemblable plaqué sur de l’oublié ». Joseph « n’aime pas son enfance » car, nous dit le narrateur, il souffre de « déformation masochiste de la mémoire » : sa « mémoire malveillante » ne lui rappelant que les souvenirs les plus honteux, lui présentant son moi enfant par le biais d’un miroir déformant – et parcellaire.

Ignorance du passé, donc, qui double le deuil de nos morts d’un oubli progressif et inéluctable. C’est ainsi que Josef tente en vain de faire revivre en lui le souvenir de sa femme disparue : « les efforts pour la ressusciter dans son esprit devinrent-ils bientôt torture » :

Après la mort de sa femme, Josef constata que, sans conversations quotidiennes, le murmure de leur vie passée s’affaiblissait. Pour l’intensifier, il s’efforça de faire revivre l’image de sa femme, mais l’indigence du résultat l’affligea. Elle avait une douzaine de souvenirs différents. Il obligea son imagination à les redessiner. Il échoua.(…) Un jour, il se demanda : s’il additionnait ce peu de souvenirs qui lui restaient de leur vie commune, combien de temps cela ferait-il ? Une minute ? Deux minutes ?

Un thème abondamment traité en littérature, Antoine de Saint-Exupéry qualifiant l’enfance de « grand territoire d’où chacun est sorti » (sous-entendu : définitivement), Jean-Baptiste Evette inventant le mot-valise « enfantôme » pour désigner l’enfance irrémédiablement intangible, ou encore Marcel Proust, parti à La Recherche du temps perdu pour, au bout de 3000 pages, en n’avoir retrouvé qu’un seul : celui de la littérature.

On notera également que cette ignorance frappe aussi la société toute entière, particulièrement lors de grands bouleversements, « la Grande Hache de l’Histoire » (Perec) faisant aussi table rase du passé. L’exemple le plus marquant du livre est le sort réservé à la mémoire de l’écrivain Franz Kafka après l’effondrement du communisme :

(…) Franz Kafka qui, malheureux toute sa vie dans cette ville, en était devenu grâce aux agences de voyage le saint patron.

… Ironie suprême, Irena achètera même

un tee-shirt avec la tête morne d’un tuberculeux et une inscription en anglais : « Kafka was born in Prague »

Cette ignorance n’est plus due à un défaut de mémoire, c’est ici une critique du capitalisme triomphant qui absorbe et assimile tout à ses desseins, quitte à trahir la mémoire d’un écrivain qui n’avait pourtant pas besoin d’une trahison de plus…

Le sentiment de trahison de mémoire qui frappe les personnages de retour dans leur pays natal repose aussi sur les évolutions de la langue :

A une vitesse inespérée, Prague oublia la langue russe que, quarante ans durant, tous ses habitants avaient dû apprendre à l’école primaire et, impatiente de se faire applaudir sur l’estrade du monde, elle s’exhiba aux passants parée d’inscriptions anglaises : skateboarding, snowboarding, streetwear, publishing house, National Gallery, cars for hire, pomonamarkets et ainsi de suite.

Kundera mentionne le fait que, lorsqu’Ulysse revint sur les rives de son Ithaque natale après vingt ans d’exil, il retrouva son pays tel qu’il l’avait laissé en le quittant ; mais dans le cas d’un pays qui n’existe plus tel qu’il était vingt ans auparavant, qui a changé de nom, de langue et de mémoire, un « Grand Retour » tel que décrit dans l’Odyssée est-il encore possible ?

L’ignorance de l’autre

Comme toujours chez Kundera, l’intime rejoint l’expérience collective et le couple, en tant que métaphore de la société toute entière, n’échappe pas à cette ignorance, cette incompréhension mutuelle que l’on trouvait déjà dans le fameux « dictionnaire des mots incompris » de L’Insoutenable légèreté de l’être.

On le remarque dans le couple Irena / Gustav, dont la relation va s’empirant. Dans une quiétude supposée au début du récit, les incompréhensions entre ces deux personnages vont peu à peu apparaître. C’est tout d’abord Gustav, qui, suite à l’effondrement du bloc communiste, a « suggéré à sa firme d’ouvrir une agence à Prague ». Il prend donc la décision de s’installer là-bas avec Irena, choix naturel pour lui, puisqu’il considère Prague comme la ville de sa compagne.

« Je suis ravi d’entrer en contact avec ta ville », dit-il.
Au lieu de se réjouir, elle ressentit une vague menace. »Ma ville ? Prague n’est plus ma ville, répondit-elle.
– Comment ! » s’offusqua-t-il.
(…) Il la voyait exactement comme tout le monde la voyait : une jeune femme qui souffre, bannie de son pays.

L’intime rejoint les préjugés de toute une société. C’est à partir de la décision de Gustav qu’Irena va cesser de l’aimer, pour enfin le détester franchement : Gustav a cessé d’être un individu aimant et unique pour représenter à ses yeux l’incompréhension, l’ignorance – voire le mépris – de toute une société à son égard.

La deuxième ignorance concerne le couple Irena / Josef. Irena retrouve Josef. Elle le salue, ils se donnent rendez-vous au bar de son hôtel à Prague. Là, ils échangent sur leurs expériences d’expatriés : ils ont enfin chacun l’occasion de parler avec quelqu’un qui n’ignore pas les problèmes qu’ils ont pu rencontrer, sans pour autant se perdre dans un sentimentalisme de mauvais augure. Une communion finale ? Un Happy end, dans un roman de Kundera ??? Ne rêvons pas… Car Irena, toute à sa joie de retrouver Josef, ignore que celui-ci… ignore complètement qui elle est. Une jolie femme l’aborde ; il en profite.

(…) elle était amicale, coquette et agréable, dans la quarantaine, jolie, et il ne savait pas du tout qui elle était. C’est gênant de dire à quelqu’un qu’on ne se souvient pas de lui mais, cette fois-ci, doublement gênant car, peut-être ne l’avait-il pas oubliée, seulement il ne la reconnaissait plus. Et avouer cela à une femme était une goujaterie dont il n’était pas capable.

En bon gentleman, il décide donc de ne rien dire, et de profiter d’elle jusqu’au bout. Et lorsque, après l’amour, elle réalisera qu’il ignore qui elle est, en bon gentleman, il mettra sa crise de larmes et de colère sur le compte de l’alcool. Pas d’idylle dans un roman de Kundera. Il fallait s’y attendre.

L’ignorance de ceux restés au pays

De même que personne, à Ithaque, n’a demandé à Ulysse de raconter son périple, personne ne demande à Irena ou Gustav de raconter leur vingt ans d’existence passés à l’étranger.

(…) Je pourrais vivre à nouveau avec eux, mais à condition que tout ce que j’ai vécu (…) avec les Français, je le dépose solennellement sur l’autel de la patrie et que j’y mette le feu. Vingt ans de ma vie se changeront en fumée au cours d’une cérémonie sacrée. Et les femmes chanteront et danseront avec moi autour du feu avec des chopes de bières dans leurs mains levées. C’est le prix à payer pour que je sois pardonnée. Pour que je sois acceptée. Pour que je redevienne l’une d’elles.

La mention de la bière ici n’est pas fortuite. Lorsqu’ Irena retrouve ses amies, elles boivent ensemble pour célébrer leurs retrouvailles, mais Irena marque malgré elle un changement dans sa culture : elle leur a apporté du vin, que ses amies n’aiment pas et qu’elles refusent, préférant, comme toutes leurs compatriotes, les grosses gorgées de bières à la finesse du vin. Ce détail, apparemment anodin, est le révélateur de la distance qui les sépare désormais : ses amies veulent ignorer les changements qui se sont opérés en Irena et, en ne lui parlant que de leur passé commun comme si rien n’avait pu évoluer en vingt ans, refusent ce qu’elle est devenue pour tenter de la retrouver telle qu’elle était.

Elle est désormais une étrangère dans son propre pays. Ou bien : ce pays n’est plus le sien. Irena va jusqu’à utiliser la métaphore de l’amputation pour expliquer ce phénomène :

D’abord, par leur désintérêt total envers ce qu’elle a vécu à l’étranger, elles l’ont amputée d’une vingtaine d’années de vie. Maintenant, (…) elles essaient de recoudre son passé ancien et sa vie présente. Comme si elles l’amputaient de son avant-bras et fixaient directement la main au coude ; comme si elles l’amputaient des mollets et joignaient ses pieds aux genoux.

En revenant au pays natal, elle a le sentiment d’avoir été amputée d’une partie de sa vie, comme si ces vingt années n’avaient été qu’une parenthèse futile.

« Tout le monde pense que nous sommes partis pour avoir une vie facile. Ils ne savent pas combien c’est difficile de se faire une petite place à soi dans un pays étranger. Tu te rends compte, quitter le pays avec un bébé et en avoir un autre dans le ventre. Perdre son mari. Élever ses deux filles dans la misère… »

D’ailleurs, et sauf erreur de ma part, il n’y a pas plus de mot français pour désigner « ceux qui sont restés au pays » (par opposition à ceux qui en sont partis : « émigrés », « exilés », « expatriés ») que pour désigner ceux qui reviennent au pays natal après en être partis pendant de longues années. Bien sûr, on pourra utiliser le terme d' »autochtone » (« originaire du lieu où il habite et que ses ancêtres ont également habité »), mais, strictement parlant, ce terme peut s’appliquer aussi bien à ceux qui sont restés qu’à ceux qui sont partis, puis revenus. Encore une fois, on ignore une grande partie de leur vie.

L’ignorance d’une terre d’accueil

Kundera n’est pas tendre non plus avec les Français. Inutile de revenir sur la manière dont les immigrés sont accueillis dans notre pays, ce comportement honteux est aujourd’hui devenu une norme, au point d’en être devenu un argument de poids dans la vie politique française. Toutefois, l’auteur en donne dans ce livre un aspect nouveau, en insistant sur les préjugés culturels et politiques des Français.

En effet, Irena sera perçue par les Français comme « Une jeune femme qui souffre, bannie de son pays« , car L’Odyssée d’Homère a déterminé notre perception de l’exil ainsi que les valeurs qui s’y rattachent. Ainsi, Pénélope est toujours préférée à Calypso, qui a aimé Ulysse durant les sept ans de leur vie commune (« pourtant on exalte la douleur de Pénélope et on se moque des pleurs de Calypso »), et la terre natale est toujours glorifiée, aux dépends de la terre d’accueil, lieu transitoire par excellence. « Qu’est-ce que tu fais encore ici ! » est la première phrase du livre : maintenant que le communisme est tombé, Irena est sommée de rentrer « chez elle ». Cet accueil est aussi empreint de préjugés politiques :

Dans les années cinquante et soixante, un émigré des pays communistes y était peu aimé ; les Français tenaient alors pour seul vrai mal le fascisme : Hitler, Mussolini, l’Espagne de Franco, les dictatures d’Amérique latine. Ils ne se sont décidés que progressivement, vers la fin des années soixante et durant les années soixante-dix, à concevoir aussi le communisme comme un mal, quoique un mal d’un degré inférieur, disons, le mal numéro deux.C’est à cette époque, en 1969, qu’ Irena et son mari ont émigré en France. Ils ont vite compris qu’en comparaison avec le mal numéro un la catastrophe qui était tombée sur leur pays était trop peu sanglante pour impressionner leurs nouveaux amis.

Ce qui, dans ce livre, sauve ce comportement, c’est qu’à la différence de ceux-qui-accueillent-ceux-qui-reviennent-dans-leur-pays-natal-après-un-long-voyage (si quelqu’un trouve un mot plus pratique, par pitié…), les Français, eux seuls, demandent aux immigrés de raconter leur histoire. Et, une fois de plus, l’auteur compare ce comportement avec ce qui est décrit dans l’Odyssée.

Pendant vingt ans [Ulysse] n’avait pensé qu’à son retour. Mais une fois rentré, il comprit, étonné, que sa vie, l’essence même de sa vie, son centre, son trésor, se trouvait hors d’Ithaque, dans les vingt ans de son errance. Et ce trésor, il l’avait perdu et n’aurait pu le retrouver qu’en le racontant.
Après avoir quitté Calypso, pendant son voyage de retour, il avait fait naufrage en Phéacie où le roi l’avait accueilli à sa cour. Là, il était un étranger, un inconnu mystérieux. À un inconnu, on demande : « Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Raconte ! » Et il avait raconté. Pendant quatre longs chants de l’Odyssée, il avait retracé en détail ses aventures devant les Phéaciens ébahis.

On sait les rapports conflictuels qu’entretient Milan Kundera avec la France… D’ailleurs, L’Ignorance a d’abord été publiée en traduction (en 2000) avant de paraître dans sa langue d’origine, le français, trois ans plus tard (2003). La faute, dit-on, à l’accueil trop mitigé en France de ses précédents ouvrages. Toutefois, la France, avec tous ses défauts, a été, pour un écrivain expatrié, le seul endroit où il a pu raconter cette histoire, retrouver le « trésor » de « l’essence même de sa vie ».

Pour une fois, le substantif « ignorance » est ambivalent : il désigne certes un manque, mais qui a besoin d’être comblé par le discours. J’ignore qui tu es ; raconte-moi qui tu es. C’est tout l’intérêt de la littérature francophone : devenir une terre d’accueil, et comme les Phéaciens, être le seul endroit où, du moins pour un temps, la littérature devient possible.

L’Ignorance, Milan Kundera, 2000, Gallimard, 181 pages, 16.50€

Louis.

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