Avez-vous déjà lu… le poète le plus prolifique du monde ?

Un poète français compte à son actif plus de cent mille milliards de poèmes écrits entre 1937 et 1975. Mais nous allons nous intéresser plus particulièrement à son recueil le plus dense, composé en 1961 et contenant à lui seul 100 000 000 000 000 poèmes ! De surcroît, cet astucieux poète réussit l’exploit de réunir cet impressionnant volume de textes en seulement 10 pages…

Raymond Queneau

Il s’agit évidemment de Raymond Queneau et son étonnant livre Cent mille milliards de poèmes ! L’écrivain oulipien réussit alors un double exploit : littéraire et éditorial ! En effet, le recueil est une véritable curiosité, un livre-objet composé de 10 feuilles contenant chacune 14 languettes où est inscrit un vers. Le lecteur peut ainsi les combiner à sa guise et former des sonnets*, avec pour chaque vers 10 choix possibles. Il peut donc écrire 1014 poèmes, soit 100 000 000 000 000 poèmes ! On doit cette ingénieuse maquette à Robert Massin, une figure majeure du graphisme et de la typographie.

* Petit rappel : un sonnet est une forme très classique de la poésie ; il est composé de deux quatrains (strophes de 4 vers) suivis de deux tercets (strophes de 3 vers), le tout formant un poème de 14 vers.

Livre Cent mille millards de poèmes Livre Cent mille millards de poèmes

À la base, Queneau a écrit 10 poèmes, qui sont d’ailleurs particulièrement jouissifs, en respectant une forme, des rimes, des structures grammaticales et des thèmes communs. Il détaille ces contraintes dans le mode d’emploi du livre qui fait office de préface. Il y calcule également le nombre d’années de lecture contenu dans le livre :

« C’est somme toute une sorte de machine à fabriquer des poèmes, mais en nombre limité ; il est vrai que ce nombre, quoique limité, fournit de la lecture pour près de deux cents millions d’années (en lisant vingt-quatre heures sur vingt-quatre). […]
En comptant 45 s pour lire un sonnet et 15 s pour changer les volets, à 8 heures par jour, 200 jours par an, on a pour plus d’un million de siècles de lecture, et en lisant toute la journée 365 jours par an, pour : 190 258 751 années plus quelques plombes et broquilles (sans tenir compte des années bissextiles et autres détails). »

Autant dire que c’est LE livre à emmener sur une île déserte !

Avant de se quitter, je ne résiste pas au plaisir de vous composer un petit sonnet extrait du livre !

Le vieux marin breton de tabac prit sa prise
snob un peu sur les bords des bords fondamentaux
sur l’antique bahut il choisit sa cerise
qui sait si le requin boulotte les turbots ?

Je me souviens encore de cette heure exeuquise
on prépare la route aux pensers sépulcraux
nous avions aussi froid que nus sur la banquise
quand les grêlons fin mars mitraillent les bateaux

Le brave a beau crier ah cré nom saperlotte
on sale le requin on fume l’échalote
même s’il prend son sel au celte c’est son bien

Cela considérant ô lecteur tu suffoques
tu me stupéfies plus que tous les ventriloques
toute chose pourtant doit avoir une fin

Cent mille milliards de poèmes, Raymond Queneau, Gallimard, 1961, 39 €

Anne

Si la littérature expérimentale vous intéresse, n’hésitez pas à consulter nos articles sur le poème le plus court du monde et sur un poème pour bègue, écrits également par des membres de l’OuLiPo.

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