Enfin de l’art pour les enfants !

Max et les maximonstres, Les Trois Brigands, Petit-Bleu et Petit-Jaune… Autant de titres mémorables qui font renaître en nous de jolis souvenirs d’enfance ! Tous ces albums ont ceci en commun qu’ils sont nés dans les années 60, période remarquable de l’histoire de la littérature jeunesse. Je vous propose ici de revenir sur certains albums marquants de cette audacieuse décennie.

Dans la première moitié du XXe siècle, la littérature jeunesse propose une production assez variée, visant à éveiller l’enfant dans une démarche purement pédagogique. L’image est alors indissociable du texte : elle a une valeur uniquement illustrative. Les années 60 vont révolutionner cette conception des livres pour enfants en apportant notamment une valeur artistique à la notion d’illustration.

Sensibiliser l’enfant à l’esthétique

Impossible de parler d’albums jeunesse des années 60 sans mentionner Robert Delpire. Cet éditeur propose en effet une production jeunesse aux exigences artistiques. Soucieux de proposer des livres de qualité aux enfants, il a pris de grands risques éditoriaux, notamment en publiant dès les années 50 le curieux livre-objet Les Larmes de crocodile d’André François.

les larmes du crocodile
L’album se présente sous un improbable format oblong (26,7 x 8,4 cm), dans un étui en carton avec la mention « Attention fragile » qui prend la forme d’un colis postal. Ainsi, l’enfant qui le reçoit en devient le destinataire unique. Son auteur, André François, est un peintre qui a illustré notamment des livres de Céline, Vian, Queneau, Jarry, Prévert, c’est à dire des livres dits « adultes ».

Rien n’est trop beau pour les enfants, aussi, Robert Delpire s’entoure d’artistes et d’artisans de l’image, illustrateurs et affichistes, dans le but d’éveiller chez ses petits lecteurs un sens esthétique. Selon cette honorable et audacieuse exigence, des albums graphiquement novateurs vont être édités en France.

Première de couverture de C'est le bouquet !illustration de Sindbad le marin
Parmi les nombreux illustrateurs édités chez Delpire, Alain le Foll a une production variée et particulièrement remarquable. Notons le magnifiquement coloré C’est le bouquet ! de Claude Roy (1964), un album psychédélique et poétique, et Sinbad le marin de Bernard Noël (1969), tout en noir et blanc. Ces deux ouvrages, à l’identité visuelle très marquée, sont devenus deux chefs d’œuvre de la littérature jeunesse. Quel dommage qu’il soit si difficile de les dénicher aujourd’hui !

Première de couverture de Max et les maximonstres
Nous devons également aux éditions Delpire la première publication française du célébrissime Max et les maximonstres de Maurice Sendak, en 1967. Cette publication s’accompagne d’une polémique avec la psychanalyste Françoise Dolto qui juge les illustrations trop effrayantes pour les petits. Ce livre traite de la colère des enfants et de la manière dont elle gonfle et les submerge à travers d’habiles métaphores visuelles. Cet ouvrage fut réédité en France par l’École des loisirs.

Conter en images : pour une réception émotionnelle

Autre éditeur capital dans l’histoire de la littérature jeunesse, Jean Fabre, fondateur de L’École des loisirs, propose dès 1965 des ouvrages novateurs, aux mises en pages créatives. Il importe notamment de l’étranger des albums permettant de repenser le rapport entre le texte et l’illustration. Autour d’une réflexion sur l’aspect émotionnel du livre, il éditera nombre d’albums cultes, utilisant l’abstraction pour stimuler l’imaginaire des enfants. Aussi, le texte s’efface-t-il des livres au profit de l’image.

Première de couverture des Aventures d'une petite bulle rouge illustration des Aventures d'une petite bulle rouge
Les Aventures d’une petite bulle rouge de Iela Mari (1968 pour la publication française) est sans doute l’un des ouvrages les plus marquants des années 60. Dépourvu de texte, ce qui est révolutionnaire à l’époque, l’album suit une petite bulle rouge qui gonfle puis se transforme, de page en page, de manière très poétique. Graphiquement épuré, ce livre a une portée émotionnelle très forte, c’est personnellement le livre qui m’a le plus touchée enfant.

Première de couverture de Petit-Bleu et Petit-Jaune
Dans un style également très abstrait, Petit-Bleu et Petit-Jaune de Leo Lionni (1970 pour la publication française) développe les thèmes de l’amitié et de la différence, entre deux personnages représentés par un rond bleu et un rond jaune, mais auquel les enfants s’identifient sans aucun souci. C’est d’ailleurs la force de cet album dont l’influence dans la littérature jeunesse est indéniable.

Première de couverture des Trois Brigands
Le célèbre illustrateur Tomi Ungerer est l’auteur du fabuleux livre Les Trois Brigands (1968 pour la publication française). Cet ouvrage a une identité graphique très forte. Le trait est accentué, presque synthétique, les couleurs sont vives et très contrastées avec le noir. L’album raconte comment trois brigands terrifiants vont devenir des bienfaiteurs sous l’influence d’une petite fille. La peur est au cœur de ce livre tant au niveau de l’histoire que des illustrations, favorisant une réception émotionnelle chez l’enfant qui, nous le savons bien, adore avoir peur !

Tous ces très beaux albums ont des styles très modernes et très différents, mais tous font la part belle à l’image qui devient une valeur ajoutée au texte, et va même jusqu’à le supplanter. Et bien sûr, aucun de ces livres ne se dispensent de la vocation première de la littérature jeunesse : apporter du plaisir à nos enfants !

Certains de ces albums sont toujours réédités :
Les Larmes de crocodile, André François, Gallimard Jeunesse, 40 pages, 6 €
Il est en cours de réédition aux éditions Delpire, dans son format original (en savoir plus)
Sinbad le Marin, Bernard Noël, Actes Sud Junior, 37 pages, 12 € 20
Max et les maximonstres, Maurice Sendak, L’École des loisirs, 48 pages, 12 € 70
Les Aventures d’une petite bulle rouge, Iela Mari, L’École des loisirs, 24 pages, 11 € 20
Petit-Bleu et Petit-Jaune, Leo Lionni, L’École des loisirs, 40 pages, 10 € 20
Les Trois Brigands, Tomi Ungerer, L’École des loisirs, 40 pages, 13 € 20

Anne

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