Vernon Subutex, une polyphonie rock

En juin dernier, est sorti le tant attendu tome 2 de Vernon Subutex, publié chez Grasset, l’occasion de revenir sur le premier volume qui fut, pour moi, un véritable coup de cœur, tant pour le roman que pour son auteur, Virginie Despentes.

Une galerie de portraits, panorama de la société contemporaine

VernonSubutex1Vernon Subutex raconte la dérive de son personnage éponyme, un ancien disquaire qui squatte d’appartement en appartement, chez d’anciens amis de la glorieuse époque punk des années 90. La narration de ses errements est l’occasion pour Despentes de peindre la société naissante du XXIe siècle, dématérialisée, qui enterre les dernières bribes du XXe siècle. Pour cela, elle reprend une structure déjà expérimentée dans Apocalypse Baby : chaque chapitre est consacré à un personnage narrateur dont le portrait se révèle à travers ses propres pensées. Vernon apparaît, directement ou non, d’ellipse en ellipse, à tous ces personnages narrateurs : son errance est le fil conducteur du roman. En ce sens, il apparaît comme le témoin de cette société dans laquelle il peine à s’intégrer et qui le rejette, tour à tour. Peu à peu, le roman prend également des allures de polar : Vernon possède les vidéos « testaments » d’une vedette pop récemment décédée et dont le contenu intrigue davantage certains personnages que le lecteur lui-même.

Autour de cette histoire, Despentes multiplie les angles de vue à la manière de Gide dans Les Faux Monnayeurs. Cette profusions de points de vues est à l’image de la diversité sociale contemporaine. Parmi les personnages narrateurs, on retrouve, outre Vernon Subutex, la star du porno, la musulmane voilée, le mec qui bat sa femme, le trans, le facho, l’hystérique, le trader cocaïnomane, la SDF, etc. tous s’intégrant dans une galerie de portraits vitriolés. Le piège d’un tel procédé est de vite tomber dans les bons gros clichés sur les marginaux. Finalement, la virtuosité de Despentes rend totalement réducteur cette vision stéréotypée de la société et attribue à chacun un discours cohérent et juste, traité avec une infinie empathie. Elle offre un panorama très juste de la société française, dans le microcosme parisien. La ville de Paris, ainsi que sa topographie sociale, est en effet au cœur du roman, avec son métro et ses stations, ses parcs, sa foule, ses rues où l’on se perd et ses trottoirs où s’achève le roman.

Une écriture musicale

L’écriture de Despentes est acérée, mordante, elle est empreinte de justesse, mais aussi d’énergie, de rythmes, comme un morceau de punk tant aimé de Vernon Subutex. Je retrouve chez Despentes ce que je ne retrouve plus dans le rock d’aujourd’hui : une énergie révoltée, une colère qui prend le pas sur une mélancolie brute. Son regard sur la société est engagé, vivant, brutal, il n’est pas contemplatif. Il en découle une écriture très « rock », rythmé, vive, parfois frénétique ! Cette énergie est également très communicative : lire Vernon Subutex le soir, avant de s’endormir, c’est l’insomnie assurée !

Les derniers lignes du roman sont quant à elles plus lyriques et, à mon sens, virtuoses : j’ai réellement adoré la fin de Vernon Subutex 1 : la polyphonie devient cacophonique, la foule parle, les voix se multiplient à toute allure, se mêlent, s’enchevêtrent. Et tout tend vers ce dont l’on s’attendait dès les premières pages, « un clodo sur un banc perché sur une butte, à Paris ». Rien n’est résolu mais la boucle semble bouclée. Aussi, même si ce roman est le premier d’une trilogie, il forme une unité parfaitement cohérente, qui se suffit à elle-même.

Néanmoins, on attend impatiemment la suite, en juin, puis en septembre, juste pour pouvoir se délecter de l’écriture de Virginie Despentes…

Vernon Subutex, tome 1, Virginie Despentes, éditions Grasset, 2015, Paris, 19,90 €

Anne

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4 réflexions sur “Vernon Subutex, une polyphonie rock

  1. Là aussi ça fait envie… d’autant que je suis déjà insomniaque… mais j’ai pas mal de livres en route… Ce sera pour cet été…. Isabelle

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